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| >Vous avez dit tabou... |
Bien sûr, le tabou n'est pas à la mode. "Jouir
sans entraves" disait-on en mai 68. Vivre sans tabou !
Parfait.
Mais faut-il rejeter pour autant le tabou aux poubelles de l'histoire ?
C'est à voir... |
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| >D'abord, qu'est-ce qu'un tabou ? |
Ce n'est pas une notion facile, d'autant plus qu'elle est d'un
usage élargi; usage courant ou usage scientifique, dans le champ de la psychanalyse et de l'ethnologie (avec
Levi-Strauss). Cela reste de plus, une notion bien vivante qui garde la poésie mystérieuse du sens
que chacun lui donne. Pour simplifier, le tabou représente un interdit censé protéger le primitif
des forces surnaturelles. Il fonctionne sur le principe de la pensée magique, c'est-à-dire une pensée
qui ne lie pas logiquement les moyens et les fins, et qui repose sur l'homologie (ici la confusion) entre la classification
sociale imposée par les tabous et l'ordre véritable du monde. Pour le primitif, il s'agit d'une force
d'action sur le monde par le canal du symbole, de la métaphore (un homme, un animal, par exemple) et de
la métonymie.
Le tabou serait donc l'interdit ! A rejeter ! |
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| >Tabou, source de désir... |
Attention, l'interdit, c'est aussi la borne nécessaire
du désir et même en quelque sorte son véritable ressort ! C'est du moins ce qui apparaît
dans les théories psychanalytiques. Autrement dit, l'inconscient, réservoir informe de pulsions,
stock de mémoire brute, doit être structuré pour permettre le désir et l'action.
C'est le rôle de l'interdit ! Serait-ce pour faire respecter la loi ? Oui et non. "En fait, la loi est
pour le sujet la borne autour de laquelle tourne son désir" (Encyclopédie Universalis, l'interdit)
et la transgression est toujours là, qui veille.
Donc le tandem tabou-désir se porte bien, alors, vive le tabou !
Une brève incursion dans l'imagerie populaire permet de l'illustrer simplement : le tabou de la nudité
renvoie par exemple au désir sexuel qu'elle peut provoquer, personne ne songe à le nier. Mais, en
fait, c'est la dialectique "voilé dévoilé" ( bien mise en oeuvre dans les défilés de
haute couture), qui est la plus forte source de désir. |
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| >Tabou et fantasme |
Ceci nous amène naturellement au fantasme, en particulier
au fantasme du "trou de la serrure", véritable paradigme du fantasme populaire selon certains.
Le fantasme n'est-il pas la mise en oeuvre fictive de la transgression d'un interdit ? D'ailleurs les explications
savantes reprennent généralement cette situation avec, aussi, un interdit que le sujet s'invente,
comme dans le rêve dit "de la bouchère", qui s'interdit le caviar (J. Lacan, "Subversion
du sujet et dialectique du désir"). Insistons encore un peu. Restons dans la comparaison illustrative.
Dans le domaine du cinéma, le désir brut, les psychanalystes diraient "la jouissance d'avant
l'interdit", serait le porno et le désir parlé, c'est-à-dire acoquiné du tabou,
serait le cinéma érotique. Ne trouve-t-on pas d'ailleurs distrayant de nombreuses bizarreries sexuelles
où l'éloignement de l'objet normal et de son rapport à ce dernier allume le désir !
Lire des extraits choisis du Krafft-Ebing en fin de soirée...
Mais que dire alors des sur-moi féroces, en particulier de l'auto-punition ? Peut-être est-ce le prix
à payer de l'humanité ? Et puis tout est question de mesure... |
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| >Tabou et société |
| La société primitive repose sur le tabou, dans
la mesure de son caractère autoritaire et plus ou moins immuable (contrairement à la société
moderne). Mais le tabou n'est pas, là non plus, qu'un interdit. Sa nature ambiguë se voit clairement
dans la fête. Freud en donne une définition très parlante dans "Totem et tabou" :
"une fête est un excès permis, voire ordonné, une violation solennelle d'une prohibition".
C'est une des clés de la mise en oeuvre sociale du tabou et donc de l'équilibre de la société.
Mais, allez-vous me dire, on ne peut plus parler véritablement de fête dans nos sociétés.
Plus grave encore, on y reviendra, il ne reste plus de tabou, ou alors ils ne sont plus très vivaces. |
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| >Crise sociale et tabou |
L'ordre social reposait sur le mythe freudien (la
psychanalyse est bien un mythe selon François Roustang) de l'autorité du Père, bien "pratique"
sur le plan familial et social. C'était bien un des fondements du droit, une domination particulièrement
économe en rapport de force ! C'est bien ce mythe qui protégeait par exemple la mère de l'insolence
de son gosse de treize ans et déjà voyou dans les quartiers à problèmes. Je laisse
ici le lecteur trouver ses propres exemples...
Sous le règne du tabou,
les banlieues n'étaient pas encore menacées
d'autodestruction. Bien sûr la fête, elle, est là dans l'esprit des gens, des jeunes en particulier.
Il y a les "raves", certes, mais aussi les incivilités, les incendies de voitures.
Ce sont peut-être parfois des sacrifices, mais ce ne sont pas des fêtes, au sens de Freud.
En simplifiant, le tabou passe par le mythe, le mythe passe par un minimum de culture. Le jeune garçon qui
n'a pas lu cinq pages de textes cohérents à quinze ans, où ira-t-il la chercher, cette culture
? Eh oui, me direz-vous, mais que faites-vous de la révolution démocratique ?
Certes, parler des malheurs, des grandes options ! Cela pose un vrai problème... Oui, mais parler sans oublier
le lien nécessaire entre citoyenneté, compétence et culture.
Alors, tabou or not tabou ? Je réponds tabou, en attendant mieux ! |
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