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| >Citoyen de base... |
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L'expression « citoyen lambda » pour désigner
le citoyen de base, une sorte de numéro (celui que les organismes d'Etat nous attribuent, par exemple la
Sécurité sociale) parmi une multitude d'autres numéros supposés équivalents,
n'a rien de très élogieux. Elle revient parfois sous la plume ou dans les mots des journalistes de
la presse nationale ou des chaînes de télévision. On veut par cette expression assez banale,
dire une autre banalité : la condition du citoyen sans éclat, dont aucun mérite particulier
n'a été reconnu, et à qui, en conséquence, aucune distinction ou reconnaissance particulière
ne serait due.
« Lambda », ce terme désigne une lettre de l'alphabet grec, mais désigne donc aussi couramment
le quidam sans importance citoyenne, à l'opposé des hommes bien en vue qui nous gouvernent, ou des
vedettes du petit écran qui nous font « l'honneur » de meubler nos soirées quotidiennes,
« sans importance » elles aussi. Pourtant, cette expression plutôt péjorative demande,
surtout en tout type de régime politique de nature officiellement démocratique, une réflexion
au moins minimale sur l'éthique politique qu'elle renferme, en particulier de la part de ceux qui seraient
tentés de considérer ce citoyen basique comme une vulgaire quantité négligeable…
On connaît ces vers de la fable de La Fontaine (Les Animaux malades de la peste) : « Selon que vous
serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » La Fontaine avait
puissamment dénoncé dans cette fable l'essence et le processus de « lambdaïsation »
du citoyen basique, par nature « misérable », économiquement autant que politiquement.
Son état social le désigne directement à l'anonymat du sans grade, état dont peuvent
évidemment user et abuser les pouvoirs dont il relève. Quand un être humain est pauvre (matériellement
autant qu'intellectuellement) et incapable d'utiliser les réseaux d'influence dont usent ceux qui sont investis
d'un pouvoir sur leur vie, il ne lui reste plus qu'à se taire en s'estimant encore heureux de pouvoir faire
usage de la petite marge de liberté personnelle qui lui est « généreusement »
allouée au sein du groupe social dont il fait partie.
Or, c'est précisément en prenant conscience des pouvoirs abusifs, directs ou, pis encore, indirects,
dont il est le jouet ou parfois la victime potentielle, que ce citoyen « moyen » se doit de devenir
un authentique Citoyen (avec une majuscule !), responsable à son niveau propre et selon ses talents, des mécanismes démocratiques dont il est partie prenante… et non l'objet ou la victime réelle
ou potentielle. Pas facile de sortir de la condition « lambda », même en démocratie. Car
toute organisation sociale (de quelque pays qu'il s'agisse) vise à calcifier, à rigidifier les structures
autorisant la libre interactivité ou la collaboration entre personnes citoyennes. C'est même le seul
moyen d'obtenir la paix civile à moyen terme.
En toute logique, donc, en démocratie, il n'existe pas de « citoyen lambda », passif et incolore,
puisque chacun y est encouragé à participer activement aux discussions et décisions qui concernent
l'ensemble de la population. Pourtant, on ne peut que le constater avec amertume, les affaires politiques déshonorantes
en régime démocratique ne sont pas toujours appréciées judiciairement avec équité,
selon que vous êtes « puissant ou misérable », pour reprendre les mots du fabuliste. Les
décisions culturelles et politiques relèvent souvent plus, également, du pouvoir bien établi
(ne parle-t-on pas, par néologisme, de « l'établissement » !) que de la réelle
consultation des citoyens. Et ne peut-on pas aussi souvent constater que les syndicats eux-mêmes - et surtout
leurs dirigeants -, institutions de pression politique pourtant censées défendre l'intérêt
librement accepté et les choix librement consentis du « citoyen lambda », s'approprient malheureusement
sans vergogne les capacités de réflexion et de décision qui reviennent de droit à ce
dernier.
Dans la Cité, nous sommes représentés : là se trouve à la fois la force et la
faiblesse des démocraties parlementaires. Rousseau l'avait bien compris, qui explique dans Le Contrat social,
que la véritable démocratie ne se délègue point. Si les sociétés délèguent
à des représentants leur pouvoir de choix et de décision, c'est parce que les individus qui
les composent sont trop nombreux pour pouvoir exercer directement la démocratie. Raison de plus pour être
un citoyen vigilant : l'information quotidienne (quand elle n'est pas récupérée par des groupes
d'influence), qui fuse de toute part, y compris par le « robinet » géant de l'Internet, est
la matière première qui permet au citoyen de sortir de sa condition « lambda », de prendre
conscience de soi en tant que véritable Citoyen, avec des capacités critiques qu'il se doit d'exercer
pour ne pas mourir et tomber dans le gouffre de l'indifférence citoyenne, qui au demeurant se transforme
vite pour lui-même en une indifférenciation (« lambdaïsation »… que le lecteur nous
pardonne ce néologisme).
Le réseau Internet est sans conteste l'une des voies qui fera sortir le citoyen de son état de banalisation
élémentaire, à condition que l'information soit accessible à tous et partout, ce qui
n'est pas le cas actuellement. A terme, ce ne sont pas des instances de censure morale ou économique qu'il
faudra développer pour réguler (autoritairement à n'en pas douter) le réseau mondial,
mais bel et bien des sortes d'écoles de l'information permanente, au sein desquelles tout citoyen apprendra
à utiliser intelligemment l'information médiatique protéiforme. Ceci, dans le but très
noble et louable en vraie démocratie, de façonner inlassablement sa responsabilité d'homme
libre, c'est-à-dire son intelligence critique dans le bon sens de cette épithète : l'examen
aussi impartial que possible des idées, des formes et des catégories de pensée qui régissent
ou influencent souvent malgré lui, et surtout contre son intérêt, le misérable « citoyen lambda
». Souhaitons alors qu'il s'agisse d'une espèce de sinistre mémoire, en voie de disparition
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