|
|
 |
| >L'âgisme... |
Une nouvelle forme de discrimination est en voie d'apparition au coeur d'une
société qui vénère Le Jeune : l'âgisme.
Il ne fait pas bon être étiqueté « vieux » dans un système qui pratique
l'apartheid anti-vieux. L'âge tendre semble être devenu le seul critère de qualité. Et
il donne nécessairement raison, serait-ce contre le bon sens, la sagesse ou l'évidence... .
« De nos jours, me disait une jeune fille, pour publier son
premier roman, il faut être une jeune fille mignonne et normalienne... Et pour sortir son premier CD, il
faut non seulement être une jeune lolita bandante, mais il faut être prête à tout moment
à le montrer sous toutes les coutures... »
Seul, le
label Jeune ouvre les portes de la reconnaissance - sociale, affective...Tout
ce que vous voudrez, pourvu que vous soyez jeunes, c'est-à-dire que vous introduisiez du désir dans
l'atmosphère... Gueule d'amour ou gueule d'atmosphère ? Notre société, fascinée
par le mouvement, l'impétuosité et l'insolence consomme du jeune, produit du jeune, lance du jeune
à toute vitesse. Elle fait des jeunes rappeurs et autres tagueurs de banlieue
La Référence Culturelle Obligée.
L'Entreprise ne jure que par les moins de trente ans, gains de productivité et baisse de la masse salariale
obligent... La peau lisse, la
chair fraîche et ferme vous garantissent une citoyenneté
en première classe, vous donnent le droit de prendre la parole sur tout et n'importe quoi - et de faire
aboutir n'importe quel « projet
» généreusement sponsorisé par le contribuable...
Mais alors, quelle place notre dévotion pour
la jeunesse laisse-t'elle aux plus de trente ans ?
Une place en peau de chagrin, à la mesure de leur avenir de plus en plus limité : celle des perdants.
C'est-à-dire de ceux qui l'ont perdue, leur jeunesse - et leur attractivité érotique... Notre
société aux traits lisses les écarte allègrement de son train de vie -un véritable
train d'enfer qui s'en va à l'envers du dé-corps. C'est-à-dire droit dans le mur de l'infantilisation,
de l'irresponsabilité de masse - et vers nulle part...
C'est que l'âge est devenu un handicap rédhibitoire. Physique, mais aussi économique, avec
l'exclusion du marché de l'emploi des plus de trente ans.
Quant aux retraités, « on » leur dénie purement et simplement toute « utilité sociale » - l'on s'indigne même de leur prétention à vouloir prolonger
leurs jours « aux dépens de la collectivité
»...
C'est une guerre des générations qui couve, là où la solidarité entre générations
s'impose. |
 |
 |
| >Du fait juvénile à la juvénilisation de la société |
Mais qu'est-ce donc que cette « Jeunesse »
tant vénérée, convoitée, capitalisée ?
Ce n'est qu'un moment de la vie - un moment de grâce et un éphémère état de grâce
- que l'on semble avoir beaucoup de mal à laisser échapper... Elle se distingue des autres âges
de la vie par son caractère de liminalité : située entre les marges mouvantes de la dépendance
enfantine et de l'autonomie des adultes, aux franges de l'immaturité et de la maturité sexuelles,
de l'absence d'autorité et de l'acquisition de pouvoirs.
Or, cette jeunesse dépend davantage de déterminations culturelles variables selons les sociétés
et les époques que d'une évolution physiologique. L'appartenance à une classe d'âge
(l'âge juvénile, donc) étant un état provisoire que les individus ne font que traverser.
C'est la brièveté plus ou moins grande de cette traversée, conjuguée à ce caractère
de « liminalité » qui caractérise ce que nous appelons si communément
« La jeunesse »... Bref, c'est l'âge où l'on cherche sa place parmi ses semblables...
Mais depuis les années 50 où les teenagers américains se posaient en communauté séparée,
aux intérêts radicalement distincts de ceux des adultes, jusqu'à l'actuelle juvénilisation
de la société, nous assistons à une survalorisation générale de la catégorie
« Jeunesse ". Devenue un impératif catégorique. Il faut rester jeune à tout
prix - enfin, le paraître...
La période d'indétermination propre à la jeunesse s'allonge et l'apparence juvénile
s'étend à tous les secteurs de la société qui utilisent l'image de la jeunesse et exaltent
les « valeurs » juvéniles (beauté, force, énergie, vitalité, insolence,
liberté...)
Le cinéma nous renvoie de l'homme l'image d'un
sempiternel « adulescent » indécis et déresponsabilisé : c'est
l'avènement de la société « adolescentrique
» déjà annoncé dès
1980 par
le psychiatre Tony Annatrella...
Pourtant, depuis quelque années déjà, le pouvoir des jeunes perd de sa force tant dans l'imaginaire
que sur le marché de la consommation de masse. D'autres images, plus « séduisantes »,
le remplacent - comme celle des enfants... Quantité de tragédies révélées ces
dernières années depuis la médiatisation de « l'affaire Dutroux »
n'y changent rien. Mais est-ce l'enfant, ou est-ce Moloch, le
Prince de la Cité ? |
 |
 |
| > Les lecteurs ont la parole_! |
| Vous pouvez nous écrire, engagez vous dans le débat...
Vous pouvez nous écrire. N'oubliez pas de de préciser à quel article vous faites
référence. |
 |
|
|