|
|
 |
| >L'Homme face à l'Idéal |
 |
|
Gustav Klimt, Sirènes
|
Un petit tour dans l'imaginaire des contes.
Et voici, soudain, l'histoire d'une sirène enchanteresse, mi-ange mi-démon, née dans l'Allemagne
des légendes, élevée par Grimm et appartenant au peuple particulier des ondins. Tantôt physique, tantôt
élémentaire, elle s'inscrit dans une dualité : à la fois terre et eau, elle contient
en elle un caractère de feu et une légèreté d'âme qui l'emportent, au fil des
lignes d'Aloysius Bertrand,
des larmes au rire. Et la font s'évanouir en giboulées ruisselantes. Femme éternelle, elle commettra
une erreur qui lui sera fatale : aimer un mortel, un chevalier qui la trompera.
« Sa
chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux
d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.
Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques
larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches
le long de mes vitraux bleus. »
Bertrand, Gaspard de la nuit
Mais qui est cette figure féminine sensuelle, qui caresse la terre et se moque des mortels ? C'est bel et
bien Ondine
qui à fait couler les encres de Giraudoux, Bachmann et Fouqué.
Si le dernier a repris le thème du conte de Grimm pour le développer par l'ajout d'éléments nouveaux, le premier
a conféré à Ondine un rôle de médiatrice entre lui-même et le lecteur. Par son histoire,
elle interpelle les hommes sur le vaste «
vivre en couple ».
L'amour est dans la liaison, non dans le mariage. Par son statut, elle critique la société des hommes. De son lac, observatoire calme ou agité selon son humeur, elle observe
en participant et pose un regard sévère de juge exigeant. L'homme est décidément faible
et craint la perfection. Il est simplement médiocre, désespérant.
Après cette critique acerbe, l'inquiétante
Ondine de Bachmann
s'élève. L'homme a peur, peur de l'Autre et de lui-même.
Pour éloigner ses angoisses, il cherche des refuges matériels et psychologiques tels un toit et une
famille. Il s'enferme volontairement dans une stabilité détestable pour ne pas avoir à affronter
ses pulsions profondes et ses désirs incontrôlés. Il se crée des contraintes.
Ainsi va le chevalier face à Ondine, ainsi va l'Homme face à l'Idéal.
L'aspect féminin se transformant, dès lors, en aspect universel, la forme littéraire laisse
place à des pièces musicales et l'on se laisserait mouiller par les pluies de notes de Ravel ou Debussy…
«
Ecoute ! – Ecoute ! – C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de la fenêtre
illuminée par les mornes rayons de la lune et voici en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple
à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.
« Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon
palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.
« Ecoute ! – Ecoute ! – Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent
de leur bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou
se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! »
Bertrand, Gaspard de la nuit |
Maitrise de lettres modernes de Caroline
Gauche (extraits)
Directeur de recherche : Jean-Joël Griesbeck
Spécialité littérature générale et comparée
Le thème d' Ondine dans les œuvres Undine de
Friedrich de la Motte
Fouqué,
Ondine de Jean Giraudoux et Undine geht d'Ingeborg Bachmann.
Soutenu en septembre 1999 à l'université de Metz. |
 |
 |
| > Les lecteurs ont la parole_! |
| Vous pouvez nous écrire, engagez vous dans le débat...
Vous pouvez nous écrire. N'oubliez pas de de préciser à quel article vous faites
référence. |
 |
|
|