|
|
 |
| >Le printemps arrive |
Le printemps arrive, les fleurs bourgeonnent, on papillonne.
Attention, montées d'hormones a la saison des amours.
Mais que sont devenus les amoureux des bancs publics, se sont-ils mariés, divorcés ou encore recomposés,
ailleurs, en amoureux ?
La déliaison amoureuse.
De la fusion romantique au désir d'indépendance.
(Chaumier Serge, La déliaison amoureuse, coll. Chemins de traverse, Armand Colin, Paris, 1999)
" Au désir de fusion, hérité du romantisme, encore omniprésent dans les idéaux
amoureux et les représentations sociales de l'amour, s'oppose l'exigence d'indépendance et d'autonomie
de l'Homme moderne (…) Ce conflit entre deux tendances, fusion et individualisme, fait apparaître de nouveaux
modèles socio-affectifs (…) Après le temps de la fusion, émerge le modèle de la fission
amoureuse. "
L'idéal transcendant de l'unité des partenaires qui se fondent l'un dans l'autre (l'un
plus que l'autre ?), qui caractérise beaucoup de relations n'est valable qu'au commencement. C'est alors
l'époque de la passion amoureuse, de l'innamoramento (amour naissant). Mais avec le temps va, tout s'en
va. La routine s'installe, on ne voit plus trace des effusions du début. Serait-ce entre ce temps de passion
et celui ou s'installe la monotonie que devrait se " construire " et non plus subir la relation amoureuse
?
Le monde change, et avec lui nos façons de se le représenter, de le vivre. Alors dans notre société
que devient non pas
l'amour mais la façon de le vivre ?
Selon Serge Chaumier, sociologue, ce serait vers le modèle de la " fission amoureuse "
que se transforme celui de la fusion. |
 |
 |
| >Le problème du modèle fusionnel |
La difficulté réside dans l'antinomie entre la fusion passionnelle
et l'affirmation de l'identité individuelle qui caractérise la césure responsable de la crise
du couple. En effet "les amants modernes demandent à la flamme de durer. Ils demandent à la
fois l'exclusivité du romantisme, car les sentiments attachés à l'individualité et
l'unicité ne souffrent pas le partage et à la fois la liberté et l'ouverture que réclament
la passion, le désir et les sens. Les amoureux veulent à la fois fusion et individualisation, disparition
dans l'unité et autonomie de la personne."
De plus il y a rarement fusion en une entité nouvelle, mais plutôt imposition d'une des deux personnalités
sur celle de l'autre (longtemps au détriment de la femme). Or il est impensable de nos jours qu'un des partenaires
se sacrifie pour réaliser le couple (sauf a partir d'un certain degré de négation de soi ou
de masochisme).
" L'individu face à lui-même est seul, il peut rencontrer l'autre sans s'y perdre, ou au contraire
s'y réfugier et disparaître. " |
 |
 |
| >Le problème du " tiers " |
Conquérir c'est vouloir posséder. Et posséder
c'est dominer.
Sans possession, il n'y a pas de jalousie. Et la jalousie, par l'idéal autosuffisant du contrat exclusif,
est amplifiée par le manque de confiance en soi, par la peur de ne pas être en mesure de faire face
à la relation, " ne pas être à la hauteur ", peur de la concurrence d'un rival plus
audacieux et plus expérimenté, notamment sur le plan sexuel. Plus la relation est ancienne, institutionnalisée,
usée, plus cela est vrai !
" La jalousie est une peur du Tiers : Une voix vous crie : ce plaisir si charmant, c'est ton rival qui en
jouira'' (Stendhal). On exagère le bonheur du rival et on s'enfonce ainsi dans le comble du tourment, malheur
illusoire car ce que l'on trouve désirable ne l'est pas nécessairement pour autrui. Le jaloux est
jaloux de la jouissance d'autrui. Il est dans la peur du manque et du fantasme d'une jouissance demeurée
jusque-là inaccessible (…), on est toujours jaloux de deux personnes à la fois :
Je suis jaloux de qui j'aime et de qui l'aime. "
" L'instinct " de possession est contradictoire avec l'essence de l'amour. C'est-à-dire que l'amour
doit être considéré comme un flux qui nous inonde et non comme un objet que l'on possède.
Mais si on ne peut s'approprier l'amour, on peut du moins essayer d'entretenir la source de ce flux qui réside
en l'être aimé. De la même manière l'être aimé ne souffre plus de se faire
posséder, du moins totalement.
L'amour romantique (dans toutes ses expressions, sentiment, passion) est un modèle qui vise historiquement
à l'exclusion du tiers. Celui-ci y est toujours clandestin, il est honteux et masqué par la bourgeoisie
surtout, malgré certaines résistances minoritaires souvent proches des milieux artistiques (Fourier,
Nietzsche, Strindberg…) souvent caractéristique des milieux populaires du XIXe siècle. Ce genre de
promiscuité va se vivre aussi en marge dans les milieux homosexuels. " Les relations ne sont plus parallèles
mais successives. Les unions s'enchaînent avec de plus en plus de rapidité, évoquant une polygamie
séquentielle. Mais le changement social essentiel vient du fait que l'ouverture [du couple] se vit de plus
en plus au niveau du symbolique, de l'imaginaire, des représentations, et semble l'être de moins en
moins au niveau des pratiques. La monogamie est en passe de se réaliser, non pas que le couple s'auto suffise,
mais parce que le tiers est de plus en plus relégué dans des expressions imagées, des vécus
virtuels. " |
 |
 |
| >Le nouveau modèle de l'amour fissionnel |
" Les nouvelles relations développées dans
la société contemporaine consistent en la pleine reconnaissance des deux subjectivités-individualités.
C'est-à-dire des deux un, pour construire une relation qui représente une tierce histoire. "
Trois types essentiels de relations sont aujourd'hui repérables :
" (…) Le couple à autonomie limitée, chacun fait sa vie jusqu'à un certain point, le
contrat est établi sur la confiance, la fidélité connaît une limite. Ainsi, le couple
se permet une autonomie de chacun, mais se promet une exclusivité sexuelle et affective. Cependant cette
union n'est jamais à l'abri d'un tiers qui s'immisce dans le duo : la remise en cause peut surgir à
tout instant, ce qui est facteur d'une plus grande angoisse (…) "
" (…) Le couple "open", la fidélité est exprimée dans le temps, non dans le
rapport physique. Le partenaire peut vivre des expériences avec des tiers. L'idée est qu'il n'y ait
jamais remplacement mais complémentarité. Il ne peut donc pas y avoir rupture, tout au plus éloignement.
Le problème de ce modèle est (…) [de] ne pas retomber dans le modèle fusionnel, d'autant plus
quand l'histoire d'amour est nouvelle et que la passion pousse au fusionnel amoureux (…) et quand la relation est
ancienne et que les habitudes poussent au fusionnel mimétique ! "
" (...) L'amour fissionnel n'est pas un amour qui concrétise forcément des relations sexuelles
vis-à-vis de tiers, même si elles peuvent potentiellement survenir. La caractéristique de ce
mode relationnel est surtout sa grande adaptabilité aux situations nouvelles. Les individus peuvent (…)
décider, pour des raisons professionnelles ou par projet de vie individuelle, de reprendre pour un temps
plus ou moins long leur indépendance, (…) avant de revenir à une vie commune. (…) L'amour fissionnel
échappe au passionnel et propose bien sûr un autre modèle de rapport au tiers (…) sa pleine
reconnaissance et acceptation. "
Dans le monde du couple, les sphères de la vie privée (intime) et publique (relation avec autrui),
se modulent en fonction du vécu de chacun des protagonistes qui forment l'union du couple. Qu'en est-il
de cette relation, espérée et crainte à la fois. L'autre n'est-il qu'un " moyen "
dont la fin est la satisfaction de son propre ego ?
Est-il ce miroir, mon beau miroir, qui me permet de me saisir ? Qui suis-je ? Je me cherche. La connaissance de
soi passe-t-elle par celle d'autrui ? Et l'amour de soi ? Le dépassement de soi pour un nouveau soi : le
soi rêvé.
De façon idéelle, l'union des sentiments relate-t-elle la re-construction de soi ?
Encore faut-il voir comment se forge l'idéal et se vivent les relations de couple en fonction, d'origine
sociale, du type d'éducation, de la situation sociale présente, bref du parcours de vie de chacun
ou du moins de certains groupes sociaux, mais aussi de celui du conjoint.
L'interrelation module la façon de vivre l'union : chacun y met du sien.
On passe donc vers un modèle où ce sont la valeur d'offrande, de don (on offre son amour, on le donne)
et la capacité de recevoir sans posséder. On aborde là les concepts de partage et de réciprocité.
Ceci n'est pas forcément incompatible avec la volonté d'un amour durable et partagé.
Certes, mon jugement est fortement empreint de l'idéal fusionnel, mais peut-être est-ce parce que
le sentiment de solitude pousse le besoin de s'approprier l'autre (structure cannibale) pour en constituer une
extension de soi qui comble ce sentiment de vide et ce ad aeternam. On voit là l'esquisse du modèle
de la famille, de la parenté, voir du groupe social, de la société et de la civilisation occidentale. |
 |
 |
| > Les lecteurs ont la parole_! |
| Vous pouvez nous écrire, engagez vous dans le débat...
Vous pouvez nous écrire. N'oubliez pas de de préciser à quel article vous faites
référence. |
 |
|
|