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| >Les modèles, comme les modes, ont la vie courte. On ne cesse de zapper
à la recherche d'une tendance à laquelle on pourrait s'identifier, et adhérer. |
Du côté du monde économique, les patrons
et les gouvernements se chargent pour nous, de trouver, puis de nous imposer, la dernière tendance managériale
à la mode Il faut dire qu'il est bien vu dans le monde des affaires d'avoir
un modèle en tête, annonçant la fin de l'ère " machine " et l'arrivée
de la théorie " bidule ", libératrices de nos sociétés, sauveurs(euses?)
de l'entreprise et de ses salariés.
Mais pour notre vie privée et sentimentale, il revient à chacun de choisir, de décider et
d'agir en toute liberté pour trouver le modèle de bonheur qui lui correspond le mieux.
Liberté bien illusoire car, de ce côté aussi, il ne manque pas de modèle de bonheur
assuré et même garanti que l'on retrouve dans les magazines, sur les écrans cathodiques et
biens sûr, sur Internet. Le marketing est là pour que nous le croyions et y adhérions tout
en y consacrant une partie de nos ressources financières.
Dans cette quête de modèle, empruntons au monde scientifique la notion de changement de paradigme,
inventée par le philosophe et historien de la science, Thomas KUHN, dans son ouvrage " la structure
des révolutions scientifiques " paru en 1962.
Le terme de paradigme dépasse aujourd'hui largement sa définition originale, et est passé
dans le langage courant comme désignant un modèle, un cadre, une façon de penser ou d'appréhender
la réalité.
Ces méga-modèles, pères d'écoles de pensée, sont heureusement moins nombreux,
que leurs descendants. Mais, du fait de leur rareté, tout le monde essaie d'identifier avant les autres
le changement de paradigme en cours, et porter ainsi la paternité pour les années à venir
de la tendance.
Existe-t-il un nouveau paradigme dans les rapports entre les sexes ? Vivons-nous comme se fut avec Galilée
une rupture avec les modèles traditionnels pour essayer de construire une nouvelle géométrie
des rapports entre les sexes ?
L'arrivée à l'âge adulte à partir des années soixante de la génération
qui n'avait pas connu la guerre, les baby-boomers du monde occidental, a en quelques décennies balayé
la forteresse des modèles de valeurs traditionnelles qui codifiait les rapports entre celles ou ceux qui
voulaient s'unir pour longtemps ou l'espace d'un temps court à l'échelle du temps social.
Que ces modèles proviennent des institutions politiques ou des religions dominantes, ils ne représentent
plus la diversité des rapports entre les sexes.
Déjà le modèle de Rome des temps archaïques où le mariage était l'acquisition
d'une épouse sur laquelle le mari avait droit de vie et de mort (le Manus : la main mise totale), qui a
encore des adeptes dans certaines contrées, a complètement disparu de l'Europe, comme la peste.
Alors que l'Eglise Catholique, qui par son modèle de mariage avait instauré le premier frein pour
brider l'impulsion sexuelle et en fit le sixième des sept sacrements, a du mal à l'imposer à
ses croyants sa conception des rapports entre les sexes, alors qu'apparaissent les modèles d'unions libres
comme le concubinage ou le Pacs.
Aujourd'hui il ne manque pas de spécialistes historiens, sociologues, psychologues et même philosophes
qui ne tentent d'expliquer cette mutation des relations entre les sexes par " la Révolution Sexuelle
", sans être pour autant d'accord sur le contenu de " la Plus Grande des Révolutions ",
ayant permis l'émergence d'une nouvelle civilisation, d'un nouvel Homme.
Nous sortons d'un barbarisme, excluant une partie de la population pour entrer dans l'ère de liberté
pour tous les sexes. Nous quittons l'autorité verticale dans les relations pour découvrir le monde
de l'horizontalité, celui de la complicité par opposition à la soumission.
Cette nouvelle ère apporte la fin des peurs et la libération des sentiments. La peur de l'église
promettant les bûchers de l'enfer aux pécheresses, la peur de la famille répudiant toute déviance
"aux normes" ou la peur de la grossesse consécutive aux rapports non " prévus "
hors mariage mais aussi la fin de la peur de l'infidélité.
Ce changement de paradigme dans les relations entre les sexes, engendrant un monde plus ouvert à l'autre,
plus engageante du soi et plus responsable face à l'amour, entraîne les couples dans une nouvelle
dimension celle du nous au détriment du moi, surtout au masculin.
C'est dans un monde de liberté que l'individu explore les profondeurs de l'être responsable qu'il
est et non dans l'obscurantisme des caves humides des prisons de la "Croyance".
La prison des croyances rassure certes ceux qui n'ont pas connu les lumières du nous. Leurs représentations
du toi et moi ne sont que décors de papier s'écroulant aux premiers doutes, aux premières
crises du moi, comme cette idéalisation de la fidélité, garantie de la pérennité
des relations, alors qu'un mode de vie parallèle, latente ou réalisé se cache, parfois, derrière,
n'est que mirage.
La menace de l'infidélité épuise l'énergie du couple et sa liberté. Le monde
de l'interdit devient alors tentant bien que conscient que le pré n'est pas toujours plus vert de l'autre
coté de la rue. Interdire c'est pousser à la tentation, alors que la liberté avec ses dérapages,
parfois, s'inscrit dans le respect de l'autre.
Cette liberté qui s'inscrit dans le nouveau paradigme, propose une nouvelle dimension des rapports entre
les sexes, méconnu à ce jour, et oblige chacune et chacun à repenser ses rapports avec l'autre.
Comme dans le monde économique, il n'y a plus aucune frontière qui protège le couple contre
une illusoire menace extérieure. Le couple n'a d'autre choix que de s'ouvrir au monde et appréhender
le "danger" que comme une fiction de l'esprit, et d'accepter que ce danger ne soit que la peur de voir
l'autre comme un être dans sa totalité.
C'est cette ouverture vers le monde, donc vers l'autre qui recentrera le couple vers son dénominateur commun,
s'aimer et être ensemble. La sanction à l'infidélité, cette "Police des airs et
des frontières" de l'ancienne économie, ne peut plus être "protecteur" grâce
à une armée de douaniers, mais uniquement comme régulateur dans un monde ouvert et sans frontières.
Cette ouverture du couple vers le monde peut apparaître dans un premier temps comme une menace, un danger,
comme le fut l'ouverture des frontières pour les hommes et les marchandises. Mais comme pour tout changement
aussi fondamental, il faut un temps d'adaptation, un temps pour retrouver de nouveaux repères, de nouveaux
réflexes, une nouvelle attitude pour le Nous.
Un nouveau nous, ni la fusionnelle des temps passés ni la fissionnelle contemporaine, apparaît. Un
nous qui nous épanouit librement avec les deux je. Dynamique et interactif, ce nous n'est plus bridé
par les conventions et les interdits, mais devient responsable.
Une nouvelle dimension apparaît où tout reste à construire. C'est la fin des modèles.
L'imaginaire, téléguidé par les représentations, se libère des " Big Modèles
" et devient inventif et créatif.
Dans cette nouvelle dimension, un nouvel état d'équilibre apparaîtra, où le couple verra
ses fondamentaux grandir et s'élargir tout en prenant de l'assurance et se recentrant sur sa raison d'être,
le nous.
Cette fracture avec le passé, avec les démons des croyances qui téléguidaient l'imaginaire,
permettra à chacun d'être mieux à l'écoute de l'autre, d'accroître sa réactivité
aux désirs de son compagnon et de construire un vrai partenariat dans le couple.
Le nouveau monde induit par ce changement de paradigme engendre une fracture entre les sexes, ouvrant une nouvelle
dimension au nous, ce que n'avait jamais permis auparavant l'ancien monde. |
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