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..TRANSFORMATIONS
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La guerre d'Algérie : l'impossible oubli ou le retour du refoulé
..Parabellum
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>La vérité c'est déjà beaucoup
 
Il est une interrogation majeure parmi d'autres : la torture est-elle exceptionnelle ou généralisée ? Le livre de Benjamin STORA , La gangrène et l'oubli (Découverte, 1998) a le grand mérite de montrer qu'elle était généralisée. Quand on dit torture on dit aussi mépris des droits de l'homme les plus élémentaires auxquels on peut ajouter le mépris des droits tout court si on fait référence à la « justice » expéditive d'après 1956 (en Algérie).
Bien sûr il a existé des centres de « renseignements » spécialisés (DOP, Dispositif Opérationnel de Protection ;DBR , Demi Brigade de Recherche par exemple). On admirera au passage le sens. L'euphémisme littéraire. Mais ces services n'assuraient en fait que la rationalisation et le passage à grande échelle de pratiques déjà courantes de négations des droits de l'homme (voir le livre de Pierre VIDAL-NAQUET, p.89 /90 La torture dans la République, Edition de Minuit, 2000 ; ouvrage paru en 1962 à la fin de la guerre d'Algérie)
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>Une vérité difficile encore pleine de souffrances
Une vérité pleine de ne pouvoir encore se raconter, de ne pouvoir être écoutée. Pour ceux qui l'aurait vu je renvois ici au passage à une émission de télé pleine d'intérêts : « Mots Croisés » du 25 /05/01, où la passion du discours individuel de la souffrance était souvent trop forte pour être exprimée clairement. A chacun, en quelque sorte, le monologue de sa souffrance. Il ne faut pas oublier bien sûr les exactions voire les atrocités commises par les deux camps, quelqu'en soient les justifications historiques.
A propos de cette mémoire douloureuse et nécessaire Benjamin STORA a une belle expression : « les bouffées de mémoire » (La gangrène et l'oubli p.265). Pourquoi les anciens combattant de la guerre d'Algérie ne racontent-ils pas leur guerre contrairement à ceux de la guerre de 1940 ?
C'est là une vrai question, sans vraie réponse pour l'instant…
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>L'Etat au service de l'inconscient collectif
Tout d'abord un constat évident l'Etat français entérine le choix de l'oubli. On se contentera de quelques exemples :
- la censure littéraire : La Question d'Henri ALLEG, 1958, qui fit scandale fut interdit.
- la censure cinématographique : Le merveilleux film Muriel d'Alain RESNAIS censuré en mars 1959.
Un jeune appelé est hanté par le souvenir d'une jeune femme algérienne qu‘il a torturée. Elle est sa « fiancée ».
On y voit bien le mécanisme du refoulement (de la fraternité et de l'humanité trahies).
Mais cela ne s'arrête pas là. On pourra citer aussi la très lourde répression de la manifestation anti OAS du 17 octobre 1962 et de façon plus générale le racisme anti-algérien quasi officiel (sous couvert de sécurité publique.) A tout le moins, pour reprendre l'expression de VIDAL-NAQUET: « le mépris de l'Etat pour lui même » (La Torture dans la République p.114)
Il ne s'agit pas non plus d'oublier l'amnistie de juillet 1968...

Pourrait-on parler alors, comme semble l'évoquer B. STORA dans son livre p.320: « de construction de l'identité française contre celle de l'identité algérienne » ?
Revenons au débat sur la torture elle-même.
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>Repentance ou pas ?
Examinons en premier lieu le cas de ceux qui nient le problème de la torture. Deux arguments : elle était exceptionnelle ou elle se justifiait par l'urgence de la situation ? Précisons cette dernière idée : elle se présenterait comme une nécessité rationnelle de la guerre anti-terroriste (dans la logique de renseignement lors de la bataille d'Alger par exemple).
Cette attitude est celle par exemple du général CHALLE cité par Pierre VIDAL-NAQUET dans son livre p. 88 et 89.
Remarquons que ces deux points de vues sont plus ou moins contradictoires au moins à travers la présentation de leurs auteurs.
Fort heureusement il ne faut pas généraliser cette attitude à l'ensemble des responsables militaires et politiques : il y eu un certain nombre de réactions de refus courageux.
La majorité des Français refuse cette conception des choses. Et comme si c'était déjà allé trop loin elle semble vouloir se contenter de la mise à jour de la vérité historique : ce consensus apparaissant assez clairement dans l'émission « Mots Croisés » qui rassemblait pourtant des points de vues divers voire opposés.
N'était-il absurde en effet d'avoir des remords pour d'autres que soit ? C'est le bon sens même.
Mais peut être faut-il voir ceci de plus prêt.
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>Repentir nécessaire
L'argumentation consensuelle est facile à suivre : la responsabilité collective n'existe pas !
Oui et non : pas la responsabilité qui aboutirait à la sanction de droit mais la responsabilité morale en générale. Oui sans doute .
Dans le cas contraire, cela reviendrait à nier l'existence de collectivités fortes comme l'Etat-nation par exemple .
Que vaudrait un Etat qui porterait des jugements, prendrait des décisions , entreprendrait des actions politiques et militaires pour après s'en "laver les mains" ?
Dans cet esprit, la réconciliation spectaculaire Allemagne –France à travers l' « union fraternelle » de François MITTERAND et d'Helmut KOHL était-elle dépourvue de sens ?
Mais surtout, comment oublier les faiblesses et les incohérences de l'Etat dans cette période trouble. L'irresponsabilité de militaires et de nombreux politiques (n'oublions pas par exemple le massacre des harkis par le FLN à la fin de la guerre sans que la France ne s'y oppose efficacement ) .
Le repentir collectif est sans doute le seul effacement possible du refoulement « névrotique » récurent de fautes qu'il faudra blanchir par d'autres fautes. Ne doit on pas à tout prix éviter de revivre les erreurs du passé pour ne pas avoir à en tirer les leçons ?
Ce retour sur soi ne serait sans doute pas pas inutile non plus pour l'Algérie, où le pouvoir politique semble plus tirer sa légitimité d'un « passé héroïque » que d'une véritable démocratie.
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