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L'Algérie au quotidien: entre cauchemar et espoir
..Hayet El Mechri, invitée de Strasbourg Webmag.
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La population civile algérienne vit cette année encore dans l'incertitude. Les massacres persistent et la condition économique ne s'améliore pas. Face à cette crise, les Algériens se sentent incapables d'agir, décident de se résigner au triste sort de leur pays et de vivre au jour le jour.

 

 

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> Vivre au jour le jour
..Vivre au jour le jour, c'est sortir de nuit comme de jour, s'amuser et se défouler dans les discothèques ou aux mariages. C'est se balader en centre ville sans rien craindre, bronzer sur la plage, flirter dans les jardins publics... Tout cela sans savoir si l'on sera encore en vie le lendemain, voire même dans l'heure qui suit.
Le 8 septembre 1998, une bombe explose au marché d'un petit village du département de Tiaret (dans l'Ouest algérien). La population panique: certaines femmes s'évanouissent, d'autres pleurent avant même de savoir s'il y a des victimes. C'est dans ces moments là que le désespoir vous envahit et que l'on entend des plaintes telles que « Il ne reste plus rien de ce pays » ou « L'Algérie, c'est fini » ou « Les Moudjahidin sont morts pour rien ».
Le lendemain, pourtant, la vie continue et on n'en parle plus. On remercie simplement Dieu d'être encore en vie et espère que la situation finira bien par s'arranger.
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> Cette crise a pour effet de renforcer le lien social
..On aurait pu imaginer le cas contraire, et bien non! L'entraide et la solidarité qui lient les Algériens sont hors du commun et c'est sans doute cela qui fait leur force. Malgré l'inflation galopante, la mendicité est un phénomène marginal. Rares sont ceux qui meurent de faim car on ne laisse pas son voisin avec le ventre vide. On se prive ou on se cotise pour subvenir à ses besoins (vêtements, nourriture). Il arrive même que le contrôleur d'un bus fasse preuve de compréhension et laisse circuler gratuitement une personne qui affirme ne pas avoir les moyens de payer un billet. Il sait bien que les temps sont durs. Il arrive aussi qu'un autre passager paye la place de celui qui ne peut pas se l'offrir.

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Terrasse de café en Algérie.

A cause de l'inflation, de trop nombreux enfants sont privés de lait (trop cher) et doivent se contenter de thé au petit déjeuner. D'innombrables étudiants ne poursuivent plus au-delà du baccalauréat parce que les livres sont hors de prix. En somme, tout augmente alors que les salaires stagnent. S'y ajoutent le chômage et la crise du logement, d'où le désespoir des jeunes algériens. Ils rêvent pour la plupart de quitter le pays pour tenter leur chance en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis, dans tous ces « paradis » capitalistes que l'on connaît grâce à l'antenne parabolique et où la vie semble si facile. Les plus ambitieux étudient avec rigueur dans l'espoir d'obtenir un visa qui, au-delà du simple document administratif, est un véritable sésame ouvrant les frontières, un ticket d'entrée au pays du confort matériel. Cependant, le «mythe de l'occident» n'atteint pas les intellectuels et les militants qui refusent de quitter leur pays, ne serait-ce que provisoirement, pour redécouvrir la liberté (ils sont réellement en danger) ou simplement se reposer l'esprit. Ils redoutent l'accueil des pays étrangers. En réalité, peu de visas sont accordés, ce qui traduit une certaine crainte des Algériens. Ajoutons qu'il est impensable de quitter définitivement l'Algérie pour la France pour cette catégorie de personnes dont font partie les «Enfants de l'indépendance», ceux dont les parents ont été torturés, fusillés ou blessés pendant la guerre d'Algérie et qui connaissent la condition de la grande majorité de leurs compatriotes immigrés en France: l'insécurité dans les banlieues où les jeunes, défavorisés au plan scolaire, sont souvent conduits sur la voie de la délinquance.
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> Conclusion
..Enfin, si la situation actuelle de l'Algérie est décevante et désespérante, l'intérêt, le sérieux et la volonté avec laquelle étudient les jeunes universitaires algériens et surtout algériennes constituent un grand espoir pour l'avenir de la nation. On sait maintenant que la femme algérienne est forte, est une battante (rappelons-nous des «poseuses de bombes»*) et que le savoir est l'arme la plus précieuse qui soit.
* Référence aux femmes qui posaient les bombes pendant la guerre d'indépendance car elles n'étaient pas fouillées et pouvaient ainsi dissimuler les charges.
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