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> Le corps parfait
Dieu créa l'homme à son image (Genèse
1.27). |
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A. Dürer, Adam
et Eve, 1507
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Dans la tradition occidentale, judéo-chrétienne, le corps de l'homme, à
l'image de Dieu, est sacré. Les explorateurs européens, confrontés aux parures de nez en dents
d'animaux, aux lourds pendentifs qui déforment l'oreille, aux labrets, ces "plateaux" qui distendent
démesurément la bouche, furent horrifiés par ces pratiques barbares. Les missionnaires suivirent.
Ils inculquèrent aux aborigènes la pudeur et le respect du corps. On ne doit rien changer à
ce que Dieu a fait à la perfection... |
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| > Modèles, top modèles : le corps idéal |
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Luc Grün, huile sur toile.
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Désenchantement du monde, laïcisation de la société, ont modifié
le statut du corps : s'il a perdu son caractère sacré, il est aujourd'hui soumis aux contraintes
des normes sociales. Ce sont d'ailleurs surtout les femmes qui subissent cette pression. La presse féminine
impose les standards, de la couverture aux pages mode, en passant par la publicité. Il faut être jeune,
mince, jolie. Il faut faire du sport, chasser le gras, les bourrelets. Chaque année, au retour des hirondelles,
fleurissent les dossiers "Bientôt- vous- vous- exposerez- en- maillot- de- bain". Culpabilité,
frustration. Le corps devient un poids, un objet de peine et de souffrance. |
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Guy, tatoueur : "Le tatouage devient unisexe. Pour les femmes,
le choix des motifs dépend de la classe sociale. Les "paumées" et les filles "bikers"
se font faire des tatouages visibles et de grande taille, les autres choisissent des motifs classiques, roses,
dauphins, papillons, placés sur l'épaule ou la cheville". |
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| > Etre maître de son corps |
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Le studio de tatouage de Guy.
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Torturer son corps par des régimes excessifs, pour correspondre aux canons de beauté,
pour se conformer aux exigences des normes sociales, c'est se rendre esclave du regard des autres. Toute autre
est la démarche des adeptes du tatouage et du piercing. Le corps est pour eux un terrain d'exploration,
le support de l'expression de leurs désirs et de leurs angoisses. En le marquant de façon indélébile,
ils en reprennent possession. Les canons de la beauté sont quasi universels, mais le tatouage, l'implant
sont ce qu'il y a de plus personnel et de plus intime.
| Guy, tatoueur : "Il faut réfléchir: il vaut mieux
prévenir que guérir".. |
Marque visible, exposée au regard de tous : elle affirme la rupture, la révolte. Marque cachée,
dissimulée sous les vêtements : elle signe la contradiction entre les obligations sociales et le profond
désir d'exister en tant qu'individu. |
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| > Transgressions |
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Piercing live
Tribal Touch, Strasbourg
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Caché ou visible, la métamorphose du corps constitue une double transgression
religieuse et sociale. La première est généralement inconsciente, car si la religion a vu
sa pratique tomber en désuétude, elle a cependant profondément gravé ses tabous dans
nos valeurs. La seconde relève du défi. Il est difficile de prétendre à un emploi "normal"
quand on est tatoué jusqu'au bout des doigts, ou quand on arbore des pointes d'acier au sommet de son crâne
rasé.
| Michaël, Tribal Touch : "Le piercing n'est pas une mode,
c'est un mouvement de fond, qui va s'installer dans la société. Cela fait partie de la culture mondiale.
Se faire percer, c'est être un individu unique, changer le cours des choses". |
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| > Homo metallicus |
Une pratique héritée de l'enfance de l'humanité, longtemps étouffée
par l'idéologie religieuse et de ce fait réservée aux marginaux, taulards, marins, légionnaires, délinquants, réapparaît
en s'affichant au grand jour ou en surprenant dans le secret des alcôves.
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Mise en place d'un bijou
Tribal Touch, Strasbourg
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C'est plus qu'une simple mode. Jamais une société
n'a disposé d'autant de moyens pour contrôler les individus, normaliser les comportements, unifier
les modes de vie par la consommation de masse. Coca-Cola, jean, tee-shirt, diplôme obligatoire. Coca-cola,
costume-cravate, voiture, maison, vacances. La peur de ne pas trouver d'emploi, ou de le perdre quand on en a un,
n'incite guère aux extravagances. La révolte s'inscrit alors dans le corps, dont on reconstruit l'image
selon ses fantasmes les plus fous. Homme bionique, fait de chair et de métal: parodie d'une humanité
qui avec le progrès des sciences et des techniques a perdu le sens de l'être, ou simple vision prémonitoire? |
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