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| >Des conceptions dépassées |
Peut-on encore parler de péché (transgression
volontaire de la loi religieuse) ou même de péché au sens social ?
Cela a-t-il encore un sens dans une société où la morale est de plus en plus “instrumentalisée”
(cf le droit restitutif des sociétés modernes selon Durkan) et s’intègre à la logique
marchande ?
(Qui dit morale dit en premier lieu civilité : comportement permettant la paix sociale)
Non, pourrait-on penser, et pourtant une société peut-elle fonctionner sans interdit ? Non plus.
Sans croyance ? Pas non plus ! Sinon comment expliquer le refus de l’euthanasie (avec garde-fou) empreinte
d’une rationalité hédoniste assez élémentaire…
N’oublions pas non plus l’actualité et les sociétés intégristes que l’on sait. |
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| >Le paradigme de la luxure |
La luxure serait le péché-type si l’on peut dire…
Il est des modes pour les mots comme pour les tenues vestimentaires.
Qui emploie encore le mot Luxure ? Notons par parenthèse qu’un mot peut garder une certaine importance
malgré son faible usage.
Revenons aux définitions ; la luxure est la recherche déréglée des plaisirs sexuels
(avec ce que cela contient d’excessif et de condamnable). N’y voit-on pas comme dans tous les péchés
capitaux obéissance à une pulsion “naturelle” et/ou exaltation de soi ?
Par ailleurs notre société a-t-elle encore besoin du péché comme mode de régulation ?
Peut-être.
Le péché peut en effet en tant qu’interdit moral apparaître comme la barrière à
l’égoïsme forcené de l’époque, l’ouverture à la solidarité hors de ce qu’on
pourrait appeler la rationalité collective que demande la vie en société.
Pour revenir à la luxure, on en devine le danger qui s’apparente à celui de l’érotisme poussé
à l’extrême. Rappelons la phrase de Bataille qui définit l’érotisme comme l’approbation
du plaisir jusque dans la mort. Ce thème a été à l’occasion traité au cinéma
(on peut se souvenir de “L’Empire des sens” de Nagisa Oshima pour les anciens ou les cinéphiles).
Mais la luxure résiste-t-elle à l’usure du temps ? |
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| >Le recul de l’interdit du plaisir |
Le péché de chair semble, si l’on peut dire, mener
un combat perdu d’avance ! N’assiste-t-on pas à la restriction progressive des interdits ?
1ière étape : le péché de chair n’existe plus en soi (ne parlait-on pas de délectation
charnelle, ce qui illustre bien la poésie involontaire et ambiguë de l’interdit à l’occasion)
2ème étape : le plaisir échappe à la procréation
3ème étape : le plaisir échappe au mariage
4ème étape : l’homosexualité est admise
N’oublions pas cependant qu’on se place ici dans le cadre d’une morale civile…
N’oublions pas non plus qu’il subsiste des interdits sexuels :
- La pédophilie
- Sur un autre plan et curieusement, la sodomie en particulier hétérosexuelle dans certains états
des Etats-Unis… |
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| >Le péché de chair
à l’envers |
Le plaisir passerait du statut d’interdit à celui d’obligation ?!
L’exemple de la libération sexuelle des femmes est éclairant à ce propos.
N’oublions pas l’interdit du plaisir féminin encore vivace dans les années 1900 : la femme qui
jouit y est assez vite traitée de “salope”, surtout dans les milieux ouvriers plus friands de normes qu’il
ne paraît.
Les années soixante, consuméristes et hédonistes, ont mis un terme à cet archaïsme :
dans la presse (Elle spécialement) puis progressivement dans les faits.
Le plaisir des femmes devient un droit sinon un devoir…
L’orgasme (vaginal) est alors une nouvelle norme assez impérieuse !
Mais le phénomène ne s’arrête pas en si bon chemin.
Le renouveau nécessaire de l’amour conjugal (en particulier à travers le plaisir partagé)
est sensé conforter la stabilité du couple mise à mal depuis longtemps par la libération
des mœurs et l’effondrement de la morale religieuse. (On remarquera cependant l’effet ambigu du mariage d’amour
sur la stabilité du couple)
L’épouse féconde et frigide fait place à l’épouse féconde et lascive. C’est
la mort du bordel !
C’est le plaisir pour tous et pour toutes ! |
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| >Alors la luxure et/ou l’interdit
sexuel ont-ils disparu ? |
Le plaisir permis n’est-il pas le signe du succès d’une
revendication identitaire (exister en tant que tel dans une société réellement égalitaire) ?
C’est à l’évidence le cas pour les femmes et les homosexuels même s’il reste du chemin à
faire.
Mais le plaisir interdit (de l’adulte avec l’enfant) n’est-il pas à l’inverse la juste reconnaissance de
l’identité de l’enfant ? (Remarquons à ce propose que le tabou de la pédophilie féminine
apparaît comme une résurgence significative du passé, celui de la femme sans désir)
De même le viol désormais reconnu de l’épouse par son mari apparaît comme une tardive
contribution à l’épanouissement de l’identité féminine…
Mais la luxure au sens propre, peut-on penser, n’est pas tout à fait du même ordre que ces interdits
sexuels (qui peuvent en constituer des effets)
Elle s’apparente à l’excès et au condamnable “en soi” ; elle renvoie au péché
originel non évacué de notre culture et curieusement au parfum sulfureux qu’ont parfois plaisir et
fantasme.
De même, et de façon plus ou moins contradictoire, elle rappelle qu’il existe des interdits sans préciser
lesquels, c’est-à-dire qu’une société ne peut vivre sans règles, même si ces
dernières changent de forme et de contenu. |
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