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| > Et demain? |
Hier je fus cheval
Avant hier oiseau
Encore avant poisson
J'ai galopé dans la prairie
J'ai volé dans le ciel
J'ai nagé dans la mer
Aujourd'hui je marche sur la terre
Je regarde le monde
Et je reconnais
L'herbe de la prairie
Les nuages du ciel
Les vagues de la mer
Je rêve et me souviens
De ce que je suis
Jacques CHARPENTREAU "Le fantastique en poésie"
ed. Gallimard, 1980. |
Et VOUS... OUI, VOUS,... Qu'avez vous fait hier, où
étiez-vous dans le monde réel ou virtuel de votre imagination?
Nous attendons vos poèmes sur ce thème. |
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| > SUPPOSE |
Suppose...
Que s'ouvre sous nos yeux
Tous les toits de la ville
Et que je te demande
De choisir la maison
Où, le toit refermé
Tu aimeras la nuit.
Suppose...
Que la carte nous dise
Nos quatre vérités
Et que je demande
De lui faire sentir
Avec bien des caresses
Et que je te demande
Que nous savons tout ça.
Suppose...
Que je n'aie rien à faire
Que d'attendre la nuit
De vouloir qu'elle arrive
Avec tout le retard
Que l'on peut mettre à vivre.
Eugène GUILLEVIC, "Avec", Gallimard
éd. |
Supposons... oui supposons... Qu'aujourd'hui, hier ou demain... Oui supposez... que le vent vous entraîne
vers un ailleurs...
Nous attendons vos poèmes... Supposons... |
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| > LES COULEURS DE LA MER (Extraits) |
L'hiver est comme une orange ouverte
Et je suis assise au fond de l'hiver
A manger des pépins
Toi, tu lis le journal
Et son ombre sur le mur
Est comme une feuille de Yucca
Dans un jardin
Assise sur la dune
Je regarde les feux du carrefour
Rouges pour arrêter ton coeur
Jaunes pour t'ensoleiller
Verts pour te permettre
Et les voitures courent sous la pluie
Comme dans une brume jaillissante
Vers l'odeur mêlée de la plage et des chênes verts
Je regarde les feux du carrefour
Sages comme des phares de mer
Et ton ombre changeante
Qui grandit lentement
Du fond de la route
Mon corps dans tes yeux allume de petits poignards verts
Tu aimes mes cheveux et mes jambes
Mon coeur et ma bouche
Mais moi je n'aime plus t'aimer
Je pars
Je ne pars pas pour un amant
Je pars pour moi-même
Ici
Je suis attachée
Je suis attachée
Je ne connais plus
Le goût de jouer
Le goût de plaire
Le goût d'aimer
Je ne connais plus
Le goût de rire
Le goût des bois
Le goût d'enfant
Pour manger du pain
Au chocolat
Je suis attachée
Alors je pars
Pas pour un amant
Pour moi-même
DENISE JALLAIS, ("Les couleurs de la mer"),
ed; Seghers, 1956. |
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| > MEMOIRE |
Dans un village vieux où nulle route ne conduit, au pied d'une
tour où pèse le temps,
Dans un village serré au fond de son creux d'herbe où s'entre-déchiraient les rois,
Dans un pays aveugle où la folie paysanne par les ruelles égare ses cris, ses yeux,
Dans une terre enceinte de trésors, d'or, de labyrinthes oubliés et de pluies, de pluies,
Dans un cimetière de porphyre et de tôle, un ivrogne rôdant sous les os,
Dans un coin de champs, sans oiseaux, sans horizon, sans sillon, champs de seigle gris,
Dans l'ombre d'un brouillard, la cassure d'un granit, l'univers, d'une épine,
Dans ce hameau perclus de désespoir, meurtri par quelque jaune sort de sorcier,
Dans cette trace de misère faite par les nuits de lune salie, gît l'oeil mort de ma mémoire.
GEORGES EMMANUEL CLANCIER, ("Vrai Visage"),
ed. Seghers, 1953. |
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