|
|
 |
| > Geste créateur ou iconoclasme? |
 |
|
Piero Manzoni, "Merde d'artiste"
|
En 1989, à la galerie Pailhas à Marseille, Bernard Bazile fait procéder
en public à l'ouverture de l'une des boites de "merde
d'artiste", oeuvre de Piero Manzoni (Merdes d'artiste, "contenu net gr. 30, conservée au naturel,
produite et mise en boîte au mois de mai 1961, produced by Piero Manzoni, made in Italy", vendues au gramme selon
la cotation journalière de l'or!). Il réalise
ainsi un authentique "geste d'artiste", générant au passage une plus-value marchande, puisque
le prix de la boîte (dont la valeur initiale se chiffre à plusieurs centaines de milliers de francs)
va doubler, une fois ouverte!
En mai 1993, lors d'une exposition à Nîmes, l'artiste Pierre Pinoncelli a pissé dans l'urinoir
de Marcel Duchamp (Fontaine, 1917, signé R.
Mutt), "pour
remettre l'oeuvre à sa place" dit- il,
puis lui a asséné un coup de marteau "pour
signifier son retour au statut d'urinoir". Il
vient d'être condamné par le Tribunal de Grande Instance de Tarascon à payer près de
300 000 francs de dommages et intérêts: le tribunal n'a pas été sensible aux arguments
de son avocat selon lequel "la provocation de
Duchamp se retrouve dans la provocation de Pinoncelli"
(Libération du 22 novembre 1999). |
 |
 |
| > Tout ce que fait un artiste est oeuvre d'art |
Depuis plus d'un siècle, la transgression est devenue le principe même de l'art.
Manet, avec le Déjeuner sur l'herbe, a rompu avec la tradition académique et choqué ses
contemporains en présentant un nu dans une scène de genre (extérieur, déjeuner, hommes
habillés...). Puis ont été remis en cause la technique picturale (Impressionnistes), le réalisme
figuratif (Cubistes), la figuration (Abstraction)... et pour finir la peinture elle-même!
Casimir Malevitch (Carré noir, 1913 et Carré
blanc sur fond blanc, 1918) et Marcel Duchamp avec
ses "ready mades" (urinoir, porte-bouteille, roue de bicyclette,...) sont allés au bout
de cette logique.
L'objet devient oeuvre d'art par la volonté de l'artiste.. |
 |
 |
| > L'avant-garde ou la "Révolution permanente" |
Faire oeuvre d'art c'est avant tout être reconnu en qualité d'artiste. L'artiste
est celui qui nous montre nos limites et frontières en les franchissant allègrement. Débarrassé
des contraintes techniques et esthétiques, l'artiste ne connaît plus qu'une seule obligation: innover.
Et par là, remettre en question (en questions?) l'art déjà établi et reconnu.
Mais comment distinguer l'authentique artiste du mystificateur? Car le propre de l'innovation et de la transgression
est de ne pas pouvoir être jugées selon les critères du passé! Les Amateurs éclairés
et les Institutions vont séparer le bon grain de l'ivraie.
Ainsi, les vrais amateurs d'art, guidés par les critiques, possèdent Le bon goût qui les
distingue du commun des mortels, tandis que les musées assurent la consécration en accordant aux
objets le statut d'oeuvres d'art et aux hommes celui d'artiste.
L'art contemporain n'est pas le domaine du "n'importe quoi". C'est un jeu subtil, où l'artiste
transgresse les règles tout en respectant les règles de la transgression que posent de façon
implicite le marché (critiques et galeries) et l'institution (musées et marché institutionnel
tel le FRAC...)
Bernard Bazile y a réussi, Piero Pinoncelli a échoué... allez savoir! |
 |
 |
| > Bibliographie sommaire |
Nathalie Heinich,
Le triple jeu de l'art contemporain, Paris, 1998, Les éditions de minuit, 380 p.
Ce livre pose les bases du débat sur l'art contemporain: à lire de toute urgence
Dario Gamboni, Méprises et mépris, éléments pour une étude de l'iconoclasme
contemporain, Actes de la recherce en sciences sociales, n°49, septembre 1983, 115 p., pp.2-28
Cet article, bien qu'un peu ancien, nous montre les rapports sociaux en jeu dans l'appréhension de l'art
contemporain. Très documenté, acccessible aux non-spécialistes. |
 |
|
|