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| > Le vocabulaire plastique |
La signification des mots en art diffère selon qu'on les trouve sous la plume ou dans
le discours d'un technicien, d'un historien, d'un romancier ou d'un journaliste. Il est donc important de s'interroger
sur le sens et la connotation donné à un texte qui parle d'art. Les fluctuations, les translations
qui s'opèrent induisent un sens péjoratif ou au contraire exclamatif et positif selon la personne
qui l'emploie, le lieu géographique et l'époque.
Selon l'Encyclopédia Universalis: "Les termes qui désignent les styles sont très souvent,
dans leur acceptation primitive, des mots péjoratifs. Gothique, maniérisme, baroque, pompier, ont
été, ou sont encore employés avec une valeur polémique. Ils permettent de qualifier,
ou plutôt de disqualifier, le goût, réputé mauvais d'une époque révolue.
L'historien se trouve ainsi hériter de notions vagues et d'un usage malaisé." La polémique
ne s'embarrasse guère de nuances. Sa loi veut, au contraire, qu'elle amalgame sous un seul qualificatif
désobligeant ou injurieux toutes sortes de manifestations et de phénomènes pour mieux les
rejeter en bloc... |
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| > Limite entre le langage plastique, le langage historique, le langage philosophique
et le langage commun |
Si l'on étudie les termes du vocabulaire artistique - selon qu'ils sont utilisés
dans l'un des contextes cité plus haut- on constate qu'il revêt un sens différent.
Le vocabulaire plastique correspond à une description presque clinique, ou qui se veut mathématique
ou scientifique.
Le vocabulaire employé en histoire de l'art, s'attache plus à l'iconographie en temps qu'indice,
témoignage, signe d'une époque donnée.
Le vocabulaire esthétique, conceptualise les deux phénomènes qui caractérisent une
oeuvre: sa réalité objective et sa situation historique.
Quant au langage commun, il tente d'expliquer de façon réductrice et compréhensible par tous,
un phénomène complexe comme l'oeuvre d'art. |
| " L'oeuvre, outre la charge émotive que lui donne le peintre, doit
être étroitement liée avec l'idéologie des forces de progrès qui lui sont contemporaines." Antoni Tapiès |
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| > Vers un nouvel objet artistique... |
L'objet est souvent issu de la main de l'homme ou sujet d'un jugement humain non objectif,
d'où son intérêt et son ambiguïté,
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| Luc Grün, "Ex ovo omnia" 1 et 2 |
avec un paroxysme pour "l'objet d'art": artefact; objet artificiel entre tous. Objet de luttes constantes
- dont il est d'ailleurs issu - entre le sujet et l'objet, le subjectif et l'objectif. Affrontement du matériel
et de l'immatériel, synthèse même de l'humain dans sa finitude et son infinitude.
La civilisation occidentale cartésienne refuse l'objet matériel qu'est le corps, mais n'a de cesse
que de parler de l'objectivité de la pensée. Elle cherche avant tout à s'approprier l'immatériel
en le rendant matière, en occultant la matière, chair, qui ne devrait exister que comme support du
spirituel. Ceci s'explique en partie par la dichotomie exercée par la religion chrétienne, entre
corps négatif et éphémère et âme positive et éternelle.
Une contradiction se fait rapidement jour, entre la peur de l'objet et l'excès d'objectivation par crainte
de se laisser envahir par l'imaginaire. Le résultat en est: l'imaginaire-objet, comme dans les représentations
peintes ou sculptées dès le Moyen-âge.
La grande réaction à cet essai de maitrise des sens par une imposition de thèmes quasi-exclusivement
religieux - ou tout au moins très codifiés jusqu'au XIXème siècle - a été
la naissance des grands courants sensuels de l'impressionnisme, le symbolisme, suivis par la négation de
la beauté de l'objet artistique et sa dégradation avec les "cubistes-cartésiens"
- puis par les Futuristes et autres mouvements à qui ils ont donné naissance.
Ils joignirent le geste à la parole, l'objet au concept, les manifestes aux réalisations d'objets.
Puis, l'imaginaire se débrida avec le surréalisme, dont l'ébauche timide aura été
amorcée par les romantiques un siècle plus tôt. L'acte créateur prit de plus en plus
de verve et de force vitale, jusqu'à devenir minimaliste, et artistique de façon intrinsèque.
La psychanalyse ayant passée par là, ôtant au créateur une partie de sa naïveté
primitive.
Les matériaux nouveaux s'introduisirent peu à peu dans la peinture, jusqu'à devenir le sujet
central de toute oeuvre.
"L'homme souffre du monde, l'art est un remède
contre les dégats du temps." Kurt SCHWITTERS |
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| > ...virtuel? |
Ce qui frappe dans l'évolution de l'objet pictural,
est cette réduction de plus en plus prégnante de la peinture à l'objet.
Le nouvel objet artistique serait contenu dans l'appropriation de l'objet le plus élémentaire, par
delà les notions de beau et de laid. Notre monde contemporain serait transformé en musée vivant
et les musées officiels ne seraient que des échantillonnages de tous ses aspects. Notre monde moderne
"se regarde passer dans la rue" et édifie son propre passé dans le présent.
Actuellement, tel un sacrifice posé sur l'autel de la société capitaliste, ce passé/présent
sacré, se fait objet de consommation. Sa conceptualisation remplace le vocabulaire spécifique qui
pourrait le nommer. L'ère
du virtuel laisse à penser que nous entrons
dans un métalangage mathématique, codifié, numérisé qui prendra la place des
mots. Toute oeuvre pourra être modélisée, reproduite en 3D! Le CD-ROM remplace le musée,
la galerie sur Internet est née.
Mais on peut penser que le "grand artiste de demain" se réfugiera - pour y échapper - dans
la clandestinité... tel l'ermite du Moyen-Age. |
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