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..DOSSIER: L'AMOUR
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Lucy Jane
..Aimgi
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Série noire...

 

 

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> Chicago, le 13 janvier 1974
..Il faisait froid, à un tel point que ça brûlait les doigts. Mon tarin était gelé. Mes orteils grelottaient dans mes grolles usées de partout. Je ne connaissais pas cette rue. J'errais sans but précis. Peut-être pour oublier…

Il se mit à pleuvoir. Trois gouttes tombèrent à quelques mètres de moi, l'une d'elle fit un gros impact fumant dans une déjection de dogue allemand. Les deux autres s'écrasèrent pitoyablement au sol en faisant trembler toute la route. Je pressai le pas ; dans très peu de temps j'allais être de retour chez nous. Lucy-Jane m'attendrait, sagement assise dans son fauteuil en velours,
immobile.

Il pleuvait de plus en plus fort. Une rafale de gouttes transperça mon imperméable. Je fus projeté à terre. La Vache ! Cela fait mal.

Par chance, j'avais enfilé mon gilet pare-gouttes. Je me relevai et me mis à courir jusqu'à l'abri le plus proche ; Je trouvai refuge devant le bar. J'aimais cet endroit, il était très chaleureux mais Lucy-Jane
(immobile)
n'aime pas que j'y aille. Alors, je lui obéis. C'est une chic fille, vous savez. Au début, elle me fuyait car je lui faisais peur. Moi je l'ai toujours aimée. Cela n'a pas toujours été réciproque, mais maintenant elle est
(immobile)
à moi et rien qu'à moi. De toute façon, elle n'a plus le choix, il faut qu'elle m'apprécie.

La pluie avait cessé. L'asphalte était criblé de cratères dus aux gouttes. Je marchais à nouveau dans cette rue glacée. Alors que je passais devant une bijouterie, une superbe bague accrocha mon regard. Elle aurait fait un magnifique cadeau pour Lucy. 450 Dollars, ça paraissait cher, mais c'était pour lui faire plaisir. Je la lui achetai. J'avais glissé le bijou qui brillait à travers sa boîte dans la poche où j'avais déjà fourré mon flingue. Un bon vieux Colt.

Je connais Lucy-Jane depuis longtemps, je suis tombé raide dingue d'elle au premier coup d'œil. Elle ne m'avait pas même aperçu ce jour-là, elle était avec un pauvre type qui s'appelait Bud, Chuck ou Buck, je sais plus trop. Peu importe, ils étaient fiancés, paraît-il, mais il n'était pas amoureux d'elle. Cela se voyait.

Alors, je l'ai refroidi.

Il fallait bien, parce que moi, j'aimais la fille, c'était sûr.

Quand Lucy arriva dans l'appartement du mec et qu'elle le vit, criblé de plomb, elle se mit à pleurer. Elle fut prise d'une crise de nerfs. Moi, j'étais assis dans la chambre d'à côté et je l'écoutais geindre. Les voisins se pointèrent et appelèrent la police.

Je sortis le plus calmement du monde par l'escalier de secours sans même que l'on m'aperçoive. Finalement, ce n'est pas si difficile de buter un type.
(Une fille, c'est pire)
Les poulets firent leur boulot comme des cons et ne trouvèrent rien.
(Pire que tout).


Je décidai alors de rencontrer la fille. Je la suivais partout où elle allait sans jamais vraiment oser l'aborder. Je marchais derrière elle, souvent jusqu'à ce qu'elle rentre. Elle s'enfermait à longueur de journée chez elle. Elle ne recevait jamais personne.

Un jour que Lucy s'était absentée pour faire des courses, j'en profitais pour rentrer chez elle par la petite porte située derrière la maison.

Je m'installai calmement dans son salon, mis un disque des Doors, me servis un peu de whisky et attendis qu'elle revienne. Le tourne-disque de Lucy n'était pas de très bonne qualité. La voix de Jim Morrison semblait venir d'outre-tombe tant elle me était nasillarde et lointaine. De killer awoke before dawn… He took a face from de antique gallery… Then he… Then he walked down the hall… Father ? Yes, Son. I want to KILL your Mother, I want to fuck ya up all night long ! Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que j'écoute ce passage, je suis pris d'incontrôlables tremblements.

Elle ne fut pas longue. Lucy arriva dans le salon, splendide, je l'avais pour la première fois vraiment en face de moi. Elle prit peur :
-- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle d'une voix altérée par la panique,
-- Quelqu'un qui vous aime, répondis-je après avoir vidé mon verre,
-- En voulez-vous ? continuai-je en désignant la bouteille de Johnny Walker,
-- Non, fichez-moi le camp d'ici ! fit Lucy-Jane en pleurant,
-- Comme vous voudrez, à bientôt, murmurai-je en emportant le whisky.

Il faisait toujours aussi froid. J'arrivai enfin à mon immeuble. La concierge, une grosse dame qui faisait passablement bien son boulot, me salua très aimablement. Il faut dire que j'étais un locataire qui payait son loyer toujours à temps, même parfois à l'avance. Je lui demandai si elle ne pouvait pas faire quelque chose pour mon imperméable qui avait été troué par la rafale de pluie. Elle me fit entrer dans son minuscule appartement et commença à bricoler sur ma veste.

Une petite fille très mignonne, très blonde aussi, me regardait de ses yeux de biche.
" C'est ma filleule, expliqua la concierge qui collait des rustines sur mon imper, en fait, je l'ai adoptée ".
Elle était vraiment magnifique, celle gosse, on aurait dit
(Une réplique miniature de Lucy-Jane ! ! !)
" Dis, monsieur, as-tu déjà tué quelqu'un ? demanda la poupée blonde.
(Réplique miniature de Lucy-Jane ! ! !)
-- Enfin, Jenny, ce ne sont pas des choses à dire à Monsieur, tu vois bien que c'est un parfait gentleman, fit la concierge "

La fillette se tut et s'en alla jouer dans la cour. La remarque de Jenny me troubla.
" Depuis que son père s'est fait tuer par un détraqué et que sa mère Lucy-Jane, une sublime jeune femme, a disparu il y a trois jours, elle voit des meurtriers partout. Pauvre petite!", dit la concierge d'un regard absent.

Des larmes coulèrent sur mon visage de salaud.

" Il ne faut pas pleurer pour cela, vous êtes bien trop émotif. Un homme aussi respectable que vous ne doit pas faire couler de larmes sur cette histoire. Ce n'est pas comme si vous étiez le meurtrier voyons ! fit la femme.

-- Je sais, mais c'est tout comme…
-- Allons, arrêtez de dire des sottises, votre bon cœur vous perdra. Tenez, voilà votre imperméable, laissez encore un peu vulcaniser pour que les rustines tiennent correctement.
-- Au revoir, fis-je, pressé de revoir Lucy.
-- Au revoir, répondit la concierge, et ne vous en faites pas pour ces histoires.

J'enfilai la veste et gravis hâtivement les escaliers qui menaient à mon appartement.
Lucy-Jane m'y attendait. J'ouvris la porte et courus la rejoindre.

" Lucy-Jane, j'ai une surprise pour toi ! " Je lui montrai alors la bague que j'avais achetée. Elle la regarda, sembla stupéfaite. Elle resta immobile, assise dans le fauteuil, les yeux grands ouverts. " ça te plait ? "

Elle ne répondit pas.
Elle ne bougea pas non plus.
(immobile)
Je pris sa main et glissai la bague à son annulaire. Alors que je passais le bijou à son doigt, la tête de la fille se pencha d'un coup vers moi.

Une grosse croûte de sang coagulé ornait sa nuque.


AIMGI, le 26/01/98

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