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| > Responsabilités... |
Bien avant l'encéphalite spongiforme bovine, une autre sale maladie court comme un
incendie dans la morne plaine de notre résignation : la maladie de la gestion folle. La maladie du fric.
Du fric fou. Nous sommes tous malades du fric. De celui que nous gagnons. De celui que nous pourrions gagner. De
celui que nous voudrions gagner. De celui des autres - celui dont nous aimerions disposer sans l'avoir gagné..
Celui qui valse de dessous de table en caisses noires et de fausses factures en paradis fiscaux...
Il était une fois un pays beau comme un ciel d'enfance. Un pays gouverné par de grands enfants étranges
tapis bien à l'abri dans leurs palais : les palais de l'Etat
de droit. Ils se livrent à une occupation
non moins étrange, ces enfants-là : ils jouent au monopoly. Rien d'étonnant : les enfants,
ça joue. Seulement, ces enfants-là, ils jouent avec l'argent des autres. Avec la vie des autres.
Quand ils ne jouent pas avec le feu... Il y a une drôle d'expression pour les désigner : des présumés innocents. Normal : un enfant, c'est innocent. A ce qu'on dit. Seulement, ces enfants-là y
se sont baptisés «responsables mais pas coupables»... Donc ni responsables ni coupables. Mais
de moins en moins respectables. Contaminés par le virus du fric fou. Il paraît qu'ils ont plus
de sérotonine dans le sang que les autres. C'est pour ça qu'ils se sont battus. Pour avoir leur place.
Dans les palais. De l'Etat de droit. Normal : les enfants qui ont quelque chose de plus que les autres, ils veulent
en avoir encore plus... Donc, y z'ont plus de zérotonine dans le sang que les autres... Et le sang des autres
?
Le mal de ces grands z'enfants se manifeste par d'étranges troubles de comportement comme l'inhibition de
toute conscience humaine appellé « pensée unique ». Il paraît que c'est dû
à l'absorption d'une drogue dure : la « rentabilité financière »... Ou peut-être
d'une substance frelatée comme « l'intérêt personnel ». Alors que des enseignants
ou des maires de petites communes sont condamnés pour la mort accidentelle d'un enfant, les hauts responsables
de ce pays enthousiasmé par l'aventure de « La Monnaie Unique » sont relaxés pour la
mort de milliers d'innocents. Des hommes et des femmes et des enfants à qui on a sciemment inoculé
une mort sale et lente. Pour du fric - celui dont ils ne verront jamais la couleur. Pour rien. La transmission
administrative du sida, k'za s'appelle. Y sont pas prêts de redescendre du train de vie de l'Etat, ces grands
enfants qui jouent avec la vie des autres dans les palais de l'Etat de droit pour se faire leur fric, encore
plus de fric, toujours plus... Relaxés du crime d'inhumanité, les hauts
responsables ? Mais qu'est-ce que l'humanité
? On a dû faire un faux pas dans la marelle de l'évolution : de l'hominisation on est passé
à l'inhumanité en oubliant la case humanisation... Ce qui s'appelle avoir une case en moins...
Dans ce beau pays, les frontières se sont dangereusement brouillées entre ce qui relève du
bien commun et ce qui relève de l'univers des intérêts
particuliers - entre le politique, donc, et l'économie.
Le bien public y est sacrifié à de sordides intérêts particuliers. La maladie de l'argent
fou galope dans ce pays, elle dégraisse les entreprises, décime les populations humaines et les troupeaux
de bovins et de porcins. Elle brouille même les frontières entre les espèces zoologiques :
l'homme y serait devenu un cochon pour l'homme. Il paraît même qu'il nourrit les pauvres bêtes
dont se repaît son prochain avec d'étranges substances frelatées : des farines d'os broyées
avec de l'huile de vidange frelatée. Il paraît que c'est une affaire rentable... Comme celle qui s'est
faite entre une jeune stagiaire boulimique et un locataire lubrique de la Maison-Blanche... Une affaire de coeur,
à ce qu'il paraît. Comme cette lucrative affaire qui s'est conclue entre une jeune femme a la plume
facile et un ancien homme de droit devenu homme d'Etat. Homme du droit, mais pas homme de devoir ni homme d'honneur,
à ce qu'il semblerait. Une autre affaire de coeur, donc. Enfin, ce sont les médias qui le disent.
Donc, ça doit être vrai... Pauvres affaires humaines... Elle court, elle court, l'épidémie
à la surface de ce monde.
Il était une fois un drôle de monde. Ses habitants y ont de drôles de relations entre eux. Ils
sont occupés à se tailler des tranches de lard sur le dos de leur prochain - ou dans d'autres parties
charnues de leur prochain. Ce que traduit sans doute l'expression populaire : vouloir le beurre, l'argent du beurre
et le cul de la crémière.
Seulement, leur monde, il est en train de fondre comme une plaque de beurre rance sous leurs sécrétions.
Il paraît que c'est le monde de l'avoir. Du pouvoir par l'avoir. Faut y montrer son avoir, dans ce monde,
pour y exister. Paraît qu'il faut y montrer aussi son attractivité érotique. Ce que traduit
sans doute l'expression populaire : montrer son cul... Un monde de fric, de frime, de faux culs et de mort. A ce
qu'on a dit. On y construit une cathédrale au Veau d'Or. Un Très Grand Etat Européen, k'za
s'appelera. Un temple à la Monnaie Unique. Toute une espèce est en train de s'y immoler. Sur l'autel
du Veau d'Or. Toute une espèce s'y précipite en troupeaux avides et désenchantés vers
l'avoir et l'abîme. Ainsi va le commerce des
hommes. Ainsi va leur monde. Ainsi court l'épidémie
à la surface de ce pauvre monde. |
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