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16 mars 2002
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Un silence détonnant
Amen film de Costa-Gravas, présentation à Strasbourg le lundi 4 mars 2002 |
On sait de quoi il s'agit, le silence du Pape sur l'extermination des juifs
par les nazis.
Commençons par la polémique: selon certains mouvements catholiques, Costa-Gravas fait preuve de mauvaise
fois. Le Pape à protesté (cf tract distribué par le mouvement de la Jeunesse Catholique de
FRance à Strasbourg le 4 mars 2002).
Citation à l'appui Pie XII aurait plarlé dans son discours de Noël 1942 pour "la centaine
de milliers de personnes innocentes qui par le seul fait de leur nation ou de leur race, ont été
voués à la mort par une progressive extermination".
Dans le contexte de l'époque cela désigne les juifs: on peut l'admettre mais il faut reconnaître
que les termes camps de concentration et juifs auraient "heureusement" éclairé le message...
Et surtout deux lignes sur vingt pages de considération morales pas particulièrement toniques si
l'on peut dire. Ce n'est pas énorme.
Un film remarquable, digne et globalement objectif peut on penser. Pas un film antireligieux: le personnage (inventé)
de Riccardo est un "curé" émouvant et héroïque (il finit par mourir d'indignation,
par se sacrifier au nom de ses convictions).
Costa-Gravas y réussit un tour de force, celui d'en faire un film historique et profondément émouvant
tout à la fois. C'est bien sur l'effoyable destin de millions de juifs que l'on s'appitoie tout au long
du film et non sur la souffrance propre de ses deux héros Riccardo et le lieutenant Gerstein. Ils ne sont
que les miroirs de la souffrance et de la honte face à l'holocauste.
La meilleure scène du film: le regard épouvanté de Gerstein devant l'oeilleton qui lui permet
d'observer l'enfer du gazage planifié des familles juives.
A partir de là tout se précipite. C'est la course éperdue des deux héros qui oublient
leur vie, leur famille, pour arrêter cette insupportable horreur. Leur agitation nous cache leur souffrance
juste ce qu'il faut, comme la tendre épouse du lieutenant avec ses adorables petits enfants nous cache la
sienne et semble accepter le monstrueux oubli de l'amour de son héroïque mari, oubli qu'elle devine
justifié...
De l'effet de miroir à l'effet de loupe l'émotion grandit, grace aussi, aux deux merveilleux acteurs
qui sont Mathieu Kassovitz (Riccardo) et Ulrich Tukur (Kurt Gerstein).
N'oublions pas non plus l'humour féroce de Costa Gravas, le jardin d'Eden d'un Vatican, lambrissé,
feutré tellement policé qu'il en paraît hors du temps, la Pape, contrôlant ses moindres
mots, le jeu diplomatique de la haute hiérarchie jusqu'à l'absurde ou à l'impuissance.
De l'humour involontaire aussi: les scènes vécues au Vatican ont été tournées
dans l'ancien Palais de Ceaucescu comme nous l'a confié le sympathique metteur en scène avec un sourire
de façade.
De l'humour au 2eme degrès parfois: Costa Gravas s'adresse à tous sans compromission mais avec le
recul qu'il a voulu donné à son film, un recul à chaud qui fait du devoir de mémoire
(pour tous) une leçon de vie. |
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