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Chronique des salles obscures
..Danièle Canton
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16 janvier 2004

« L’ESQUIVE » de Adellatif KECHICHE. France 2002 1h57
Avec Osman ELKHARRAZ, Sarah FORESTIER, Sabrina OUAZANI…
C’est le printemps dans une cité HLM d’une banlieue parisienne. Une bande de copains de quinze ans tirent leur ennui, vivent leurs amours. Paroles exubérantes, très denses, très crues, le langage particulier de la banlieue dont la violence surprend mais dont on ne peut s’empêcher d’admirer la créativité. Pour l’heure les jeunes préparent dans leur classe une pièce de théâtre pour la fête de fin d’année scolaire : « le jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux dans le langage du XVIIIème siècle. Extraordinaire prof de lettres !
Pas de discours sur la banlieue, l’immigration, l’intégration…Simplement des dialogues sur le vif, un niveau sonore, un climat …
Pas d’analyse sociologique de la banlieue…mais des situations qui montrent l’universalité des rapports humains, la quête de sens de la vie.
Un parallélisme saisissant entre l’argument de la pièce sublime de Marivaux et du vécu amoureux de Krimo et de Lydia. En 2003 dans la cité comme dans les salons aristocratiques du XVIIIème siècle, l’amour ne doit rien au hasard mais au conditionnement social…Et quelle que soit l’apparence vestimentaire, c’est le langage, le comportement, l’aisance ou au contraire le repli sur soi qui fixent les règles de la rencontre et son dénouement heureux ou malheureux. La parole libère…
Alerte Lydia qui se comporte très librement en jonglant avec les deux langages, les deux milieux…en se jouant de la vie et en s’apprêtant à la croquer à pleine bouche.
Pauvre Krimo muré dans son silence, amoureux timide et maladroit…Sa seule évasion : les voiliers que lui dessine son père en prison et le rêve de voguer au bout du monde, loin de la grisaille, la fuite de ce monde qui le refuse.
Violences verbales de la banlieue et marivaudages, des dissonances (apparemment !)…pour exprimer des sentiments humains universels.
Abdellatif Kechiche parle d’amour, raconte l’amour, nous touche par le regard très juste et sensible qu’il porte sur ces jeunes.
Nous avions aimé le premier film de Kechiche «  la faute à Voltaire », nous adorons « l’esquive ». Du vrai beau cinéma français !
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