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..CINEMA
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Chronique des salles obscures (archives)
..Danièle Canton
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>PALME D'OR AU FESTIVAL DE CANNES 1999
PRIX D'INTERPRETATION FEMININE
.."Je suis Rosetta....J'ai trouvé un travail.....J'ai un ami....Je vais vivre normalement...Je vais m'en sortir ...Je ne tombrai pas dans le trou"
C'est le leit-motiv de Rosetta...
Elle court Rosetta, elle court... Déterminée, les dents serrées ....Elle court pour trouver du travail, pour vendre quelques fringues pour avoir en urgence de l'argent pour acheter une bouteille de gaz, de la nourriture ...Elle fonce , épaules en avant, pour ramener sa mère, alcoolique, à leur caravane...Dans la pluie, la boue, la grisaille, elle se bat...contre tout, contre tous... Elle est capable de TOUT pour s'en sortir...
Et les frères Dardenne suivent Rosetta, caméra à l'épaule, avec justesse, en plans rapprochés...Peu de mots, rien de trop....Situations courtes, rapides, hachées, incisives...Au plus près une réalité, une personne : ROSETTA...
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>COUP DE FOUDRE A NOTING HILL
..Une niaiserie insupportable...
Deux grands acteurs, Julia Roberts et Hugh Grant, bien mal utilisés....Mais pourquoi s'abaisser à un scénario si médiocre? Bien décevant , après le tonnerre de rires et d'émotions qu'avait suscité "quatre mariages et un enterrement" du même réalisateur :Roger Michell.
Une petite note d'indulgence pour quelques petites scènes sympas et cocasses du petit groupe d'amis...
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>LA MALADIE DE SACHS de MICHEL DEVILLE avec ALBERT DUPONTEL.
..Vous avez aimé le livre de Martin Winckler ( éditions P.O.L.) ?
Vous adorerez le film.
Vous n'avez pas lu le livre?
Vous adorerez le film quand même ..et peut-être aurez-vous envie de lire le livre. Sachs est médecin de campagne. Et il écoute. Les jeunes , les vieux, les
hommes, les femmes. Les tendres, les durs. Les sympas et les emmerdeurs. Il écoute et il écrit.... Toutes ses rencontres.,ses doutes, ses fatigues, ses espoirs...Il écrit toute sa vie, avec humour, avec émotion...
D'un livre de 464 pages, très original, très touffu, très riche ,Michel Deville a réussi un film de 1 h 47 , parfaitement fidèle au livre . Et en même temps le film a une vie propre, autonome. C'est une oeuvre très personnelle De Michel Deville.
Albert Dupontel est un Docteur Sachs très convaincant.
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>Loin des erreurs et des horreurs du cinéma commercial , un petit film belge à ne manquer sous aucun prétexte : LES CONVOYEURS ATTENDENT de Benoît Mariage avec Benoît Poervoorde, Morgane Simon...
..Nous sommes à l'aube du troisième millénaire, un siècle où tout sera meilleur, une chance pour tous, dit Roger...et pourtant dans cette banlieue grise, pluvieuse, sale et morne de Charleroi, on pourrait se croire dans les années soixante. Roger est un pauvre type, qui vit d'expédients et ne s'embarrasse guère de morale..Dans sa famille il se comporte comme un tyran...jusqu'à
imaginer d'utiliser son fils pour une compétition aussi idiote que dangereuse pour gagner enfin une voiture...Mais ce Roger, ridicule, exaspérant ,odieux, est aussi un être humain qui aime , espère, et il force notre compassion et notre'amitié...
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>C'EST QUOI LA VIE? de François Dupeyron avec Isabelle Renaud, Eric Caravac, Darroussin et Dufilho.....C'EST QUOI LA VIE? de François Dupeyron avec Isabelle Renaud, Eric Caravac, Darroussin et Dufilho...
..Une fable bucolique à laquelle on aimerait croire, qu'on aimerait partager.. Le problème de la terre à partir des difficultés d'un agriculteur, harcelé par les impératifs du productivisme.., harcelé par les banques....Sur fond de vache folle.. Le père , interprété très justement par Darroussin, est sacrifié sur l'autel du progrès technique...mais sa délivrance permettra à son fils, en osmose avec son grand'père, (Dufilho),de retrouver la "vraie" vie sur le Causse...Une vie où on prend le temps d'aimer, de respirer, de regarder....de faire queque chose dont on sera fier...

Des couleurs extraordinairement travaillées pour ce film : un ciel indigo étonnant, des forêts et des prairies dorées...couleurs réalisées de façon très sophistiquée par un photographe Japonais...Ce qui donne une note d 'humour à ce film bien sympathique...

Soulignons le jeu très juste et convaincant des "deux jeunes" : Isabelle Renaud et Eric Caravaca.
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>LA LETTRE de MANOEL DE OLIVEIRA
Avec CHIARA MASTROIANNI, ANTOINE CHAPPEY, PEDRO ABRUNHOSA, LEONOR SILVEIRA. ...et aussi la participation de FRANCOISE FABIAN , MARIA JOAO
PIRES....
..UAdmirable transposition au XXème siècle du roman de Madame de La Fayette "La Princesse de Clèves". Une construction rigoureuse, à la quelle nous a toujours habitués le grand Maître du cinéma mondial, sert très fidèlement le texte du XVIIème siècle.

Le caractère universel du propos nous apparaît. On pouvait penser que dans notre vingtième siècle finissant, qui a vu exploser tous azimuts la libération sexuelle, les atermoiements de Madame de Clèves allaient nous sembler dérisoires, ridicules...Or pas du tout... Chiara Mastroianni, sanglée dans des vêtements stricts, bon chic bon genre, énonce gravement, figée, les conventions d'un monde qui cherche à respecter les engagements, la réputation,( la sienne, celle de l'autre). Sous ces mots convenus, la passion grandit, contenue, telle un volcan...et on sent de façon presque insupportable, l'interdiction que Madame de Clèves se fait de donner libre cours à son désir... par respect pour les valeurs de sa classe?...par peur de jouir plutôt... Il y a, dans le roman comme dans le film, cette perception d'un Destin contre lequel on ne peut rien, "on peut contrôler ses sentiments mais on ne peut pas les éviter". Le choix douloureux d'une passion qui restera imaginaire...plutôt que de risquer.... la chute... le plaisir... un monde inconnu en tout cas....

Manoel de Oliveira maîtrise parfaitement son sujet et ce n'est pas innocent s'il a décidé de tourner des scènes importantes à Port Royal, sous le portrait de la grande Janséniste Angélique Arnaud, rappel de ce destin qui échappe à notre volonté... Port Royal où règne encore l'ombre du Maître des Passions tragiques: Racine...

On appréciera par ailleurs des trouvailles remarquables : le Duc de Nemours est, ici, une Rock-Star ( Pédro Abrunhosa dans son propre rôle), ce qui permet de donner une représentation crédible d'un monde qui fait peur à Madame de Clèves, il marque la différence; le danger pressenti devant l'inconnu....Et l'intrusion d'une actualité tragique, Rwanda,
Kossova....permet de jeter un regard intéressant sur la fuite dans l'humanitaire...La LETTRE du film n'est pas celle du roman, mais, comme elle, elle a un pouvoir d'explication terriblement lucide...
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>UNE LIAISON PORNOGRAPHIQUE de FREDERIC FONTEYNE avec NATHALIE BAYE et SERGI LOPEZ..
..Une femme et un homme, dont on ne saura rien de la vie, de la profession, des idées...ont pendant quelques mois eu une relation qui n'avait d'autre objectif que d'assouvir un fantasme sexuel. On assiste à l'interview séparée des protagonistes qui racontent cette "expérience", qui essaient d'expliciter leurs sentiments, car l'aventure ne pourra se cantonner au sexe....
Beaucoup de sensibilité, beaucoup de pudeur...et une crédibilité absolue.
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> A MORT LA MORT de ROMAIN GOUPIL avec Romain Goupil.
..Une génération marquée par MAI 68... des souvenirs, heureux, malheureux, des idées généreuses qui résistent malgré le Mac Do envahissant, le Bill Gate impérialisant et le sida minant......
Mais surtout ...et c'est très génant, déplaisant, horripilant,... le NARCISSISME insupportable de Romain Goupil, adulé par les femmes, les jeunes, les vieilles, les blondes, les brunes..Que de complaisance!!!
Sans doute se défendra-t-il. : humour, second degré, fantasmes....On voudrait y croire...
La seule chose à retenir reste cependant " A MORT LA MORT!"
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> KADOSH "sacré" de AMOS GITAÏ avec Yaël Abecassis, Yoram Hattab, Meital Barda, Léa
Koenig, Rivka Michaeli...
..Ce film est le dernier d'une trilogie consacrée à Israël à la veille du vingt et unième siècle, à travers trois grandes villes : "Devarim" (Tel-Aviv) et "Yom Yom" (Haïfa) s'attachaient à montrer les conflits entre générations et entre Israéliens et Palestiniens. Dans "Kadosh" ce
n'est pas la Jérusalem cosmopolite, plurielle, que nous révèle Amos Gitaï, mais un quartier fermé, habité par les Hassidim, résistant à toute influence extérieure.

Le dénominateur commun à TOUS les intégrismes : la peur...qui génère la
haine et l'exclusion.
Le dénominateur commun à toutes les grandes religions monothéistes : le
pouvoir mâle.

L'histoire se situe AUJOURD'HUI (1999) à Mea Shearim, un quartier juif ultra-orthodoxe de Jérusalem. Le rythme de la vie est celui des rituels du Talmud observés dans la plus stricte obéissance. L'individu n'existe pas au regard du groupe. Et la règle est particulièrement dure pour les femmes. "Béni sois-Tu mon Dieu de ne pas m'avoir fait femme" psalmodie à juste titre Meïr ,le mari de Rivka, dans le premier rituel de chaque matin. Dans cette sociéte des HASSIDIM (ceux qui aiment Dieu) la femme doit travailler pour subvenir aux besoins du ménage et permettre à son mari de se consacrer à la prière et à l'étude des textes sacrés. "La
femme ne vit que par celui qui en fait un instrument.." Sa fonction essentielle est d'élever des enfants. Et le drame se joue ici car, après dix ans de mariage, Rivka n'a toujours pas d'enfant. Or , dit le Père de Meïr pour l'obliger à répudier Rivka, un homme qui meurt sans fils
déchire une page de la Torah.. Une femme n'existe que par les enfants qu'elle donne à son mari. La pression du groupe est également très inflexible dans l'organisation des mariages : Malka, qui aime un juif certes mais n'appartenant pas à cette communauté, devra se marier à un autre....et la nuit de noce, scène atroce du film, est un viol cautionné par le groupe, horreur institutionnalisée.

Amos Gitaï a choisi Rivka et Malka, deux soeurs solidaires, deux femmes admirables, fortes et sensibles, pour exprimer les contradictions profondes de cette communauté. Pour accomplir son désir d'amour et d'accomplissement individuel, Malka ne peut avoir d'autre alternative que la rupture avec le groupe....et c'est un jour nouveau qui se lève pour elle sur la grande Jérusalem...Quant à Rivka qui ne peut envisager cette rupture, ce sera la répudiation, l'isolement...et la mort...

Un film à voir absolument. Une oeuvre ethnographique remarquable. UN FILM QUI TORD LE COU A TOUS LES INTEGRISMES....

Saluons l'initiative heureuse, et ce pour la deuxième année consécutive, de la Communauté Urbaine de Strasbourg et de tous les cinémas de Strasbourg, de LA SEMAINE CINE COOL du 1er au 7 septembre : tous les jours, toutes les salles, toutes les séances, à 25 F et 16
avant-premières et séances exceptionnelles avec des réalisateurs, acteurs, producteurs...
Ce qui se concrétise par des salles pleines, des gens heureux qui sortent et se rencontrent, ce qui signifie que le cinéma n'est pas mort et qu'une programmation riche, variée, de qualité et des prix sympas peuvent renverser les tendances les plus pessimistes....
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> VOYAGES de Emmanuel FINKIEL
..Trois fragments d'histoires personnelles, trois destins de femmes pour lesquelles l'histoire et l'Histoire se mêlent.
Ces femmes sont juives mais à travers ces vécus particuliers et particulièrement déchirés c'est la quête universelle de la MEMOIRE, du passé, des liens subtils qui vous relient à vos origines.
Le ton est juste, l'émotion profonde. Les moyens utilisés sont volontairement minimalistes mais tout se dit à travers un regard, un ciel gris et bas Nous sommes ces trois femmes...
Avoir absolument! Offrez vous cet instant de grâce....
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