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12 mai 2005
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| >Hamid Karzaï... |
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Hamid Karzaï...
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Quand
l’Afghanistan, épuisé, saigné financièrement et moralement abattu par des guerres fratricides,
regarde l’avenir en face et cherche des partenaires pour l’aider à cicatriser les plaies d’un passé
douloureux, les oreilles bourdonnent dans l’hémicycle du Parlement européen.
Eh oui, la roue tourne.
Hier l’Europe, aujourd’hui l’Afghanistan : c’est en jouant sur la corde sensible de l’Union Européenne
que M. Karzaï est venu demander au sein du Parlement européen la reconduite des aides de l’Union européenne
à son pays.
Hamid Karzaï cumule à ce jour plus de trois ans de service à la tête du gouvernement afghan ;
l’ex-président par intérim a été officiellement élu Président de la République
islamique le 7 décembre dernier, au terme de la première élection présidentielle démocratique
du pays. Cinq mois et beaucoup d’engagements plus tard, il vient exprimer sa gratitude envers l’Union européenne,
pour sa participation financière à la reconstruction de son pays.
« Nous partons de zéro » a-t-il expliqué lors de la conférence de presse.
Il est vrai que dix ans de conflit ouvert avec les forces soviétiques, suivis de dix autres d’instabilité
croissante et d’intégrisme radical sur fond de guerre civile entre factions moudjahidin divisées
n’aident pas la jeune démocratie islamique à renaître de ses cendres.
L’Union européenne est un partenaire inestimable pour l’Afghanistan dans son chemin vers la démocratie.
Lors de la Conférence des donateurs de Tokyo de 2002, la Commission européenne avait promis de remettre
à M. Hamid Karzaï une généreuse enveloppe d’un milliard d’euros pour les cinq années
à venir ; sa contribution annuelle au processus de démocratisation de l’Afghanistan outrepasse
aujourd’hui largement le montant initialement accordé.
Les défis à relever sont considérables ; les problèmes de sécurité
intérieure (la région sud reste en tâchée de zones de non-droit contrôlées
par de dangereux seigneurs de guerre) et l’explosion du narcotrafic constituent les deux obstacles majeurs à
l’assainissement de l’économie afghane et à la démocratisation effective du pays. La « guerre
sainte aux drogues » lancée par le président en décembre 2003 n’a nullement enrayé
les réalités d’un trafic exponentiel de drogues, qui génère aujourd’hui près
de 60% du PIB de ce que le directeur même de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime qualifie
dans son rapport 2004 de « narco-Etat ».
De lourdes tâches, mais devant l’ampleur desquelles Hamid Karzaï ne fléchit pas, tant il est
encouragé par les progrès de son pays depuis la fin du régime taliban. L’adoption d’une constitution,
et notamment l’organisation d’élections démocratiques libres, font la fierté du président
Karzaï, qui estime avoir dors et déjà « jeté les bases d’un Afghanistan stable ».
Les prochaines élections législatives et provinciales -l’Afghanistan est constitué de
pas moins de 34 provinces distinctes-, qui se tiendront le 18 septembre 2005, appelleront aux urnes quelques 10,
5 millions d’électeurs. Un scrutin qui devrait consolider le régime et renforcer sa légitimité,
même si Jean Arnaud, le représentant de l’ONU à Kaboul, s’inquiète du manque de fonds
nécessaires à la tenue du scrutin. Les forces de la ISAF (International Security Assistance Force),
déployées suite l’accord de Bonn de décembre 2001, devraient assurer la sécurité
des élections en coordination avec les forces de sécurité afghanes.
Mais d’autres chantiers attendent également le président afghan.
Le désarmement du pays fait partie de ses priorités ; si le programme DDR (désarmement, démobilisation,
réintégration) a permis de neutraliser 80% des ex-moujahidin combattant contre les soviets, David
Barno, chef de l’armée américaine en Afghanistan, évalue encore à 10 000 le nombre
de combattants armés intégrés dans des milices illégales.
Autre défi majeur : la reconnaissance des droits des femmes. Après avoir symboliquement consacré
l’égalité hommes-femmes dans la constitution afghane, le gouvernement s’est investi dans une campagne
de sensibilisation aux droits de la femme et projette d’établir une première base de données
sur la situation des Afghanes, en coordination avec des ONGs. « Pour la première fois dans toute
l’histoire du pays, une femme a récemment été nommée gouverneur », tient
à signaler Hamid Karzaï, avant de préciser que la constitution qu’il a faite adopter a pour
ambition d’assurer la présence de deux représentantes minimum par province au Parlement.
Certains signes sont encourageants, donc, même si Hamid Karzaï reconnaît que le chemin de la démocratie
est ardu.
C’est en tout cas un président en pleine forme qui s’exprimait mardi dans l’hémicycle. Combatif,
passionné, Hamid Karzaï n’a pas sa langue dans sa poche.
Lors de la conférence de presse, un journaliste s’est indigné de la faible participation des femmes
aux fonctions décisionnelles d’Afghanistan –un pays dans lequel il y a 5 ans encore une femme ne pouvait
pas sourire en public-. Il tient à faire remarquer à ce titre que celles-ci n’occupent de loin pas
encore 50% des sièges de l’Assemblée constitutionnelle.
Hamid Karzaï lève les yeux et répond: « combien de Parlements européens abritent
50% de femmes ? ». Silence dans la salle. Hamid Karzaï sourit, et se ressert un verre d’eau.
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