.. .. ..

 

.. ..
..L'EUROPE A STRASBOURG
..
..
..
La journée de la femme au Parlement Européen : un jour de fête ?
..Aude Favre
..

 

 

..

11 mars 2005

>Mardi 8 mars 2005...

Nadine Trintignant...

..« Une barbarie », « un esclavage moderne », « le plus grand scandale des droits de la personne de tous les temps », ou pire encore : « une épidémie », voilà les termes utilisés ce mardi 8 mars au Parlement européen, pour parler de la violence qui frappe une Européenne sur 5 au moins une fois dans sa vie. Des mots pour qualifier l'inqualifiable, et des chiffres pour palper l'impalpable ; en cette journée de la femme 2005, les députés du Parlement européen cherchent à comprendre. Et réitèrent leurs engagements en faveur de la lutte contre la violence faite aux femmes.

Aujourd'hui en effet, lorsque l'on sait que 25 % des délits avec violence enregistrés en Europe impliquent l'agression d'une femme par son partenaire, les beaux discours lassent: il faut persévérer dans l'action, et agir plus efficacement.

C'était bien là l'objectif principal qui s'est dégagé des débats organisés au Parlement européen. Intitulée « le plus grand défi est à la maison. Combattre la violence dans le cadre domestique », une table ronde a pris place ce mardi dans l'hémicycle, dans laquelle Mme Zaborska, présidente de la Commission des droits de la femme, a tenu à exprimer son indignation devant l'ampleur du phénomène à combattre, qui est à la mesure de sa détermination.
Une détermination à faire évoluer les consciences, qui se traduit selon elle par la poursuite acitve du programme Daphné.
..
..
>Programme Daphné II 
..Lancé par l'Union européenne en 2000 pour une période de trois ans (« Daphné I »), et renouvelé en 2004 –pour une période de 5 ans (« Daphné II »), ce programme européen vise à lutter contre l'usage de la violence à l'encontre des enfants, des jeunes et des femmes dans l'Union Européenne, mais aussi en dehors, à travers le soutien d'ONG oeuvrant dans des pays tiers. Le budget de Daphné II, s'il a été revu à la hausse par la Commission sous la pression du Parlement européen, reste néanmoins restreint au vu des objectifs visés par le programme - qui doit également, selon Mme Zaborska, « sensibiliser les forces de l'ordre aux aspects spécifiques de ce type de criminalité ». « Cinquante millions d'euros, estime Mme Zaborska, cela représente 10 millions d'euros par an, le tout réparti sur 25 pays (…), ça n'est toujours pas assez pour aider directement les victimes  ». De fait, seuls 13 % des projets présentés par des milliers d'ONG ont pu être retenus pour faire l'objet d'un soutien financier par l'Union.
Mais la reconduite du projet et l'augmentation du budget qui lui est accordé –à la suite de l'arrivée de 10 nouveaux Etats membres, ndlr- l'encouragent à persévérer dans la lutte contre la violence faite aux femmes: « politiquement, (ce programme) est très important », a reconnu Mme Zaborska, qui a tenu à saluer par la même occasion le travail de terrain des ONG soutenues par le programme.
..
..
>Des violences mal connues 
..Maria Carlshamre, rapporteur du Parlement européen et chargée de travailler sur un prochain rapport portant sur la violence domestique, ne mâche pas ses mots lorsqu'elle parle d'une violence qu'elle a elle-même connue, et dont les traumatismes l'ont à jamais marquée.
« On ne se rend pas compte de la dimension du problème. Une femme sur 5 c'est déjà énorme ; dans les faits il y en a sûrement plus (…) c'est une épidémie ». Elle s'indigne : « (Nous sommes face au) plus grand scandale des droits de la personne de tous les temps ». « Mais attention », précise-t-elle, « il faut bien cerner les termes : il ne s'agit pas d'une lutte homme-femmes, il s'agit d'une lutte contre la barbarie », estimant qu'il ne devrait tout simplement pas être « plus étrange pour un homme d'être féministe que pour une personne blanche de lutter contre le racisme ».
Le rapport sur la violence domestique de Mme Carlshamre sera discuté au mois de mai en commission puis adopté en juin.
Mme Zaborska a également tenu à rappeler que dans certains pays, la violence domestique est très souvent l'aboutissement de la « violence économique » exercée sur les femmes, qui se voient privées de droits économiques et sociaux élémentaires. Ce sont donc bien plusieurs batailles qu'il faut mener de front, pour attaquer le problème à la racine : Mme Zaborska souhaite à long terme pouvoir agir sur le plan législatif pour protéger les droits des femmes, et surtout contrôler l'application effective de ces droits.

L'expérience personelle de Mme Trintignant et son témoignage – sa fille est décédée en juillet 2003 des suites de coups et blessures portés par son conjoint le chanteur Bertrand Cantat- ont permis de toucher du doigt le problème majeur de la violence domestique : elle est « invisible ».
Au micro, elle témoigne de la difficulté à cerner un problème qui touche malheureusement les femmes de toutes les couches de la société : « Elle ne se voit pas... », soupire-t-elle, « la violence domestique ne se voit pas ». « Ces gens-là sont des comédiens ! », lance-t-elle dans un accès de colère, en faisant allusion aux hommes qui battent leurs femmes dans l'ombre, parfois jusqu'à la mort. « Ce ne sont pas des malades », tient-elle à ajouter, « ce sont des possessifs ; ils confondent amour et jalousie, la jalousie n'est pas une preuve d'amour, c'est tout le contraire ». Mme Trintignant ne peut s'empêcher de s'en prendre à la loi et d'élargir ses propos : « d'une façon générale, je suis contre la peine de mort. Mais ces gens-là n'ont pas de peine assez lourde ». Bertrand Cantat a écopé de 8 années de prison ; il est cependant en mesure de bénéficier de remises de peines, voire d'une libération conditionnelle –sous conditions. « S'ils savaient qu'ils risquaient 30 ans de prison, il n'y aurait pas autant d'actes comme celui-ci (..) Il faut changer la loi».
..
..
>Un « palmarès » des bons élèves 
..Si le chemin est encore long vers l'unification des peines au niveau européen, Mme Carlshamre entend néanmoins insérer dans son rapport un palmarès des régions qui traitent correctement le problème, en prenant des mesures concrètes contre ces « formes modernes d'esclavage », ce qui devrait distinguer les bons des mauvais élèves européens. À cet égard, Mme Zaborska a tenu à metre en avant les initiatives de l'Autriche, qui depuis +++ expulse tout simplement les hommes qui font preuve de violance à l'égard de leur conjointe : « l'Autriche est un pays pionnier en la matière », et dont le modèle s'est parfois exporté comme en Slovaquie,  classé par la présidente –slovaque- de « pays tolérance zéro ».
« Je mettrai l'accent sur les faits et les statistiques », explique Mme Carlshamre, qui espère que le rapport aidera à mieux connaître les acteurs, pour mieux appréhender les réalités d'une souffrance encore trop mal connue. Elle tient surtout à mettre en relation les différents mouvements de femmes de l'Union ; « il faut que (l'on) se relie, nous avons beaucoup en commun (..) Il faut mettre en place un réseau « parapluie » qui nous permette de mieux communiquer. Il faut mieux se connaître ».
« L'année 2006 doit absolument être l'année européenne des femmes, martelle-t-elle, (..) il faut adopter l' article 116 ! » s'écrie-t-elle, en faisant allusion à une déclaration que le Parlement européen tient à insérer dans le projet de Traité constitutionnel européen, qui stipule que l'Union « visera à lutter contre toutes les formes de violence domestique » et précise que « les Etats membres (prendront) toutes les mesures nécessaires pour prévenir et réprimer ces actes criminels ainsi que pour soutenir et protéger les victimes » -déclaration sur l'article III-116.






Bien qu'ils fassent intégralement et indivisiblement partie des droits universels de l'homme, les droits des femmes sont systématiquement violés à travers le monde, et restent un sujet tabou dans de nombreux pays. Dix ans après la Conférence de Pékin, dans laquelle 189 signataires de tous les continents s'engageaient à prendre des mesures concrètes pour protéger et promouvoir les droits fondamentaux de la femme et de la fillette, les institutions européennes ne peuvent que déplorer le peu de progrès réalisés.

Cette conférence avait quand même marqué le début d'une prise de conscience au sein des institutions européennes : en 1997 une résolution était adoptée par le Parlement européen sur la nécessité de lancer une campagne européenne sur la « tolérance zéro vis-à-vis de la violence envers les femmes ». De même, la Commission européenne a mené de 1999 à 2000 une campagne de sensibilisation mettant particulièrement en lumière la violence domestique.
Mais en cette journée des femmes 2005, même le discours du Président de la Commission M. Barroso n'a pas suscité l'optimisme chez les députés - ce dernier a annoncé à Bruxelles que « l'Union (était) la seule région au monde à avoir développé au fil des ans une politique globale en faveur de l'égalité », et qu'elle devait continuer à « porter le message de Pékin ».

Apparemment soucieux de ne pas se laisser endormir par leurs partenaires institutionnels, les députés du Parlement européen ont tenu à poser deux questions, respectivement au Conseil et à la Commission européenne, dans lesquelles de nombreux « points sensibles » sont soulevés. En effet, les députés entendent à cette occasion faire le point sur l'évolution des mesures prises au niveau européen sur le droit des femmes ; sont évoqués des thèmes très variés tels que l'égalité hommes -femmes dans la rémunération à l'emploi et dans l'accès à un emploi qualifié, l'éradication de l'exploitation sexuelle des fillettes dans les politiques internes et externes, le respect du « quota de 40 % » - proportion de femmes à des postes de réconciliation, de maintien de la paix et de prévention des conflits, la mise en place d'indicateurs viables afin de mesurer la pauvreté et la précarité féminine.

Une femme sur cinq victime de violences domestiques en Europe… «  c'est donc un homme sur cinq qui frappe » avait justement souligné Mme Zaborska.
Quelle est la proportion d'hommes qui ont connaissance de ce chiffre ? On l'espère, plus de 1 sur 50 –ce qui correspond à peu près au nombre de parlementaires masculins venus assister aux débats…
..
..
> Les lecteurs ont la parole_!
Vous pouvez nous écrire, engagez vous dans le débat... Vous pouvez nous écrire. N'oubliez pas de de préciser à quel article vous faites référence.
..
..

L'EUROPE A STRASBOURG
>Article
..
STRASMAG
>ACCUEIL
>EUROPE
..
LECTEURS
>Ecrivez nous!
>Courrier
..
..

    ..
..
     
     


| © Les auteurs / Strasbourg Webmag, 2005. Tous droits réservés.
| Toute utilisation ou reproduction doit faire l'objet d'une demande écrite.
| Les documents sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs.