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..FRANCE
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L'éthno-régionalisme : une avancée pour les droits de l'homme ?
..Christophe Nagyos
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 Interrogations...

12 septembre 2000

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>Régionalisme
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Les
revendications identitaires, mues par des valeurs ethniques, ou qui se réfèrent, dans une version plus édulcorée, à l'appartenance à un peuple, ou encore à des pratiques culturelles et historiques, portent en elles les germes de l'intolérance. Habilement, les acteurs et les défenseurs des minorités, ethniques ou régionales selon les contextes et les opportunités, invoquent les droits de l'homme pour faire valoir leur aspiration à vivre leur particularisme. Pour eux, la nation « contractuelle », qui depuis la Révolution française garantit la liberté et l'égalité des hommes au-delà de leurs différences, est l'ennemi. Le dénigrement de la nation républicaine est conforme à l'air du temps, au moment où, en Europe et dans le monde, l'atomisation du politique est parée de toutes les vertus de la modernité. Le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme pour l'année 1999 éclaire les intentions ethno-régionalistes. Il constatait notamment l'augmentation inquiétante des comportements à caractère raciste en Corse. Si cette région n'a pas le monopole des violences xénophobes, loin s'en faut, cette situation illustre la relation entre l'affirmation ethno-régionaliste et les exactions exclusives, dans une région où une partie de la population revendique une autonomie politique au nom du droit à vivre-ensemble, c'est-à-dire exclusivement « entre-soi ».

En apparence, la revendication ethno-régionaliste se présente comme le degré le plus abouti de la proximité politique, une sorte de baume local aux excès de la centralisation pour les uns ou de la mondialisation pour les autres. Au nom des droits de l'homme ou de l'existence supposée d'un peuple, le cadre régional est revendiqué pour mieux satisfaire les besoins sociaux, quand il n'est pas un argument de savoir-faire économique, et s'installe dans le paysage intellectuel comme une évidence historique. Le monde change et avec lui les institutions, affirme-t-on : il suffit de regarder autour de soi, autour de la France où s'épanouissent Lander, provinces et régions autonomes. Et dans un monde où prime le moderne « tous égaux, tous différents », la critique d'un prétendu fait régional est stigmatisée de jacobinisme. N'a-t-on pas entendu dire que les récentes évolutions en Corse étaient une sorte de victoire tardive du girondisme ? Du reste, si jamais on parvient à confronter enfin des projets de société et des visions politiques, les ethno-régionalistes affirmeront, finalement, qu'un système vaut bien un autre. Dès lors, le débat public n'opposera plus des opinions susceptibles de réfutations réciproques mais des identités incontestables : le relativisme au secours de la différence. Car, comme Alain Finkielkraut l'affirme : « là où règne l'opinion, il y a place pour l'argumentation, la discussion, le souci de vérité», alors que « là où règne l'identité, il n'y a place que pour la manifestation des différences. Là où règne l'opinion, la liberté fait appel à la finitude. Là où règne l'identité, la liberté consiste à s'exprimer » (Une voix vient de l'autre rive, Gallimard, 2000).

Les promoteurs de la région comme ultime espace du bonheur écartent d'un revers de main le fondement proprement libérateur de la nation. Qu'est-ce qu'une nation ? s'interrogeait Ernest Renan en 1882. « Une nation est (…) une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a fait et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé, elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours… Une province, pour nous, ce sont ses habitants… » Un siècle plus tard, la sociologue Dominique Schnapper, s'inspirant en partie de l'autorité du maître, précise : « C'est l'effort d'arrachement aux identités et aux appartenances vécues comme naturelle par l'abstraction de la citoyenneté qui caractérise en propre le projet national.» (La communauté des citoyens, sur l'idée moderne de nation, Gallimard, 1994). Or, prophétisait Renan, « de nos jours, on commet une erreur plus grave : on confond la race avec la nation, et l'on attribue à des groupes ethnographiques ou plutôt linguistique, une souveraineté analogue à celle des peuples réellement existants».

L'ethno-régionalisme contient en lui-même tous les ferments de l'exclusion de l'être différent, de l'étranger. En guise de défense, et d'équivalence, les régionalistes amalgament l'idée de nation en la confondant avec les nationalismes belliqueux et avec l'extrême-droite. En réalité, ce terme de nationalisme recouvre aujourd'hui « soit les revendications des ethnies à être reconnues comme des nations, c'est-à-dire à faire coïncider communauté historico-culturelle (ou ethnie) et organisation politique ; soit la volonté de puissance des nations déjà constituées pour s'affirmer aux dépends des autres », rappelle Dominique Schnapper. Depuis plus d'un demi siècle, seules en Europe les revendications de nature ethnique ont alimenté le nationalisme actif, ce qu'illustrent singulièrement les dix dernières années de l'ex-Yougoslavie ou les dérives sanglantes basques, notamment. Toutes choses en réalité fort éloignées de la nation qui rassemble au-delà des différences. Quant à l'extrême-droite, les mouvements régionalistes passés ou présents ont amplement démontré leurs affinités avec le totalitarisme et l'arbitraire, des autonomistes bretons ou alsaciens de la dernière guerre aux groupes mafieux corses.

Les institutions, et en particulier l'Etat, peuvent et doivent s'adapter à la demande des citoyens de participer plus activement à la société politique. Car leur amélioration est toujours un progrès lorsqu'elle promeut l'égalité de tous les hommes, sans distinction de races ou de religions, dans le respect des principes de solidarité. Pour la Corse, dans cette région troublée depuis trois décennies par des prétentions identitaires, certains, par lassitude ou faute de courage, envisagent d'adapter la loi selon des appartenances ethno-régionalistes. Qu'en serait-il si demain était dévolu à une partie de la population le pouvoir de faire la loi ? Qu'en serait-il de la dignité des hommes et des femmes qui, vivant sur le sol de France et quelle que soit leur origine, « naissent et demeurent libres et égaux en droits » ? Qu'adviendrait-il de l'unité de la nation et des valeurs républicaines d'intégration ? Est-il nécessaire d'offrir aux tribus d'aujourd'hui la loi qui, dans leurs mains, deviendrait immanquablement un instrument d'exclusion ?
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