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| >Présentation du colloque par Pierre Karli |
"Modestie et ambition sans limite", tel est l'objectif
visé par le colloque.
Pierre Karli, l'organisateur de ce colloque (voir notre
article de présentation), avoue se référer
"aux valeurs de l'humanisme chrétien".
Citant Paul Bert: "il ne suffit pas que les jeunes citoyens aient la tête bien pleine et bien faite,
il faut qu'elle soit habitée à regarder en haut; il faut que l'éducation allume dans les âmes
le désir de se servir de la science pour un but élevé."(voir notre article: culture et solidarité.)
Lors de ce colloque, les chercheurs vont confronter leurs résultats avec les expériences des acteurs
de terrain.
La volonté est dans un choix de société, dans un virage à prendre pour la promotion
du bien commun. Et cela "dans la quête de valeurs universelles et intemporelles qui fondent la dignité
singulière de l'Homme."
Le Professeur Karli conclut son discours par ces mots: "...nous avons un devoir d'utopie, une ardente obligation
d'utopie. Mais quelle utopie? Celle de la fraternité: la fraternité qui, seule, nous permet de concilier,
de façon harmonieuse et constructive, la liberté et l'égalité."
S'en suivent des acteurs de terrain, qui évoquent diverses expériences réalisées dans
les quartiers, comme des actions sportives, une grande enquête sur La Meinau (quartier choisi pour la grande
diversité des problèmes qu'il permet d'étudier), et autre bilan des animations de fin d'année
à Strasbourg.
Nous avons assisté à trois interventions fort intéressantes, dont celle d'une jeune-fille
"relais" du quartier tzigane sédentaire du Neuhof. Celle-ci a expliqué que son rôle
naturel d'aide auprès des siens s'est élargi grâce à celui, plus officiel que la ville
lui a offert , en lui permettant de se former afin d'informer les siens, de façon plus précise, notamment
en matière de droits et de pré-scolarisation. En fait, elle fait l'interface entre la communauté
tzigane et la ville de Strasbourg. Elle intervient également comme "médiatrice" et comme
"traductrice" des volontés qui s'expriment de part et d'autre. Il s'agit là d'intégrer
une communauté, en lui permettant de prendre conscience de l'évolution de la cité, tout en
les aidant à y prendre place.
S'en suivi une présentation des "agents de sécurité de la CTS" (Pulsar), de leur
historique, ainsi que de l'objectif de professionnalisation. "Il est dangereux que les agents de sécurité,
dans le public, comme dans le privé, soient issus en grande partie de l'immigration" explique ce responsable
de la CTS, qui nous met en garde contre les effets pervers de tout système fermé ou cloisonné.
Un risque d'enfermement parmi d'autres.
La connaissance des différents groupes sociaux (ou couches, ou classes sociales, selon l'angle d'étude)
appelés étrangement "tribus" en ce début de nouvelle ère, est un des "leitmotiv"
entendus. Le respect, l'ouverture à l'autre...dans la réciprocité et l'échange. Il
ne s'agit pas de contrôler, mais d'éduquer. Il n'est pas question d'assimiler, mais de d'apprendre
à vivre ensemble. De mettre en lumière les dysfonctionnemenst, matérialisés par la
"violence urbaine", afin, de non pas la stigmatiser, mais la dépasser en l'élucidant. La
question qui se pose et de comment recréer des "liens sociaux", comme à Renne ou Nantes,
où des personnes relais interviennent la nuit, afin d'aider les gens en difficulté (l'adulte tombé
de son fauteuil roulant, par exemple), remplaçant, entre autre, le rôle de l'entourage, dans les milieux
ruraux. Cette référence à des racines et à une mémoire affective très
proustienne, se retrouve dans de nouvelles expressions comme "retricoter le lien", qui rappellent la
grand-mère que l'on n'a plus.
Pour arriver à mettre en place des systèmes cohérents, en adéquation avec la réalité,
les chercheurs ont à se placer au-delà de querelles de chapelle stériles (notre article sur
MSF), et travailler en interdisciplinarité.
Car comme l'explique François Dubet: "la violence est...une réponse au désordre, un retour
du refoulé de la culture;" C'est le chaos, le flou (cf. Notre article: "architecture miroir d'une époque".)
Car "bien des violences sont aussi des réponses plus ou moins rationnelles aux violences de la domination."..."Ce
sont des réactions confuses et ambiguës à des formes de domination perçues comme innommables.
Comment ne pas observer que ces violences détruisent d'abord les institutions qui contrôlent les acteurs
sans parvenir à les intégrer: école, police, services sociaux, compagnies de transport...?"
..."la lutte contre la violence appelle un ordre social",...mais "cet ordre doit être juste
et légitime."
Il est normal que la transversalité se fasse dans le sens d'une "éducation populaire",
et de sa tutelle au sein de la ville.
C'est en décloisonnant la société que les rapports humains vont se recréer, aidé
par des "relais".
Le maître mot de ce grand chantier est la "solidarité", mot plus bouddhiste que chrétien
(pour qui Dieu est "Amour". Petite nuance sémantique.)
La différence sociale se faisant par le biais d'une "reconnaissance sociale", il s'agit de s'interroger
sur ses vecteurs. Le statut social en est un. Mais qui accorde le droit d'entrée?
Jusqu'à présent, le prestige résidait dans l'argent gagné. Ce que vallait telle fonction.
Les américains diraient "ce que pèse un personne" (et ils savent de quoi ils parlent. Chez
eux ce sont d'ailleurs paradoxalement les pauvres qui sont obèses. Déplacement sémantique,
à nouveau.)
Certaines professions dites "prestigieuses" le sont par les égards qu'elles suscitent, au regard
du "poids" de leur opinion. Ainsi, un patron de presse, ou une vedette aura un certain poids, son image
étant porteuse (médiatisée) et vecteur d'opinion (donc de clientèle). On est dans la
sphère des privilèges (généralement légaux): du clientélisme.
Tel acteur aime à dire (c'est la mode actuelle), "qu'il ne va pas cracher dans la soupe. Sa notoriété
l'aidant à avoir la meilleure table, dans les meilleurs restaurants." On reste dans le domaine culinaire.
Mais l'enjeu est bien plus grand.
Du temps des rois ou de Zola, la richesse côtoyait moins la pauvreté, et la crainte régnait.
A présent, les fastes et les injustices s'étalent en permanence par le biais de la "petite lucarne".
Comment ne pas exacerber les frustrations, qui engendrent la violence? Le monde ouvrier n'est plus là pour
jouer le rôle d'interface, en rêvant à une promotion sociale.
Il est grand temps de repenser la répartition des richesse, et pas seulement entre le nord et le sud.
Il serait dangereux de laisser l'éducation aux seuls professionnels de l' éducation, de la santé,
de la police ou autres "personnes relais". La pression étant suffisamment forte de leur côté,
la violence risquerait juste de faire tâche d'huile sur cette couche sociale.
Les choix de société sont dictés par des réflexes de défense des classes dirigeantes,
qui s'expriment dans une idéologie, relayée par les politiques. A eux d'être suffisamment clairvoyants
pour ne pas accepter de se laisser dominer
par l'argent...et son cortège d'inégalités.
Entre marxisme et capitalisme, il y a certainement d'autres voies, qui vont vers le partage, l'échange...en
passant par la gratuité de services de plus en plus nombreux.
Mais il ne faut surtout pas faire l'impasse sur le fait que l'éducation ne peut être unilatérale.
Il est bon que les personnes en difficulté aient accès aux musées et à la culture "bourgeoise",
mais il est également nécessaire que les classes "privilégiées" soient invitées
à aller dans les quartiers défavorisés (il existe déjà des partenariats avec
des étudiants de grandes écoles pour l'aide au devoir. Cela peut constituer une piste de départ).
Car finalement, c'est bien plus souvent à ce niveau que le bât blesse... |
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