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| >Ni Dieu ni Maître... |
Catherine Clément est tout en contrastes. L'air réservé, limite rigide sur les photos que nous
pouvons voir dans la presse, (elle collabore entre autre à la revue "Psychologies"). Son ton
est plutôt passionné sur Europe I , où elle sévit, dans une émission interactive,
traitant des problèmes de société très divers (avec une grande ouverture d'esprit),
comme le faisait Ménie-Grégoire en son temps, version an 2000. Cette femme érudite; normalienne,
agrégée de l'Université, philosophe et écrivain, a son franc parlé, et n'hésite
pas à appeler un chat un chat (ou pire...au féminin!)
Elle a beaucoup voyagé, de l'Inde à l'Autriche (le titre de son roman "la dernière valse"
à comme des relants de prémonition.) Elle a passé 18 ans de sa vie dans différentes
ambassades, ceci expliquant la partie visible de l'iceberg...
Pour rester dans les titres (non pas ceux décernés par l'université!), "Jésus
au bûcher", vaut son pesant de provocation. Jésus diabolisé, le fils de Dieu ramené
à un simple mortel, tué tel une femme, purifié par le feu: une sorcière en somme.
Mais ne mélangeons pas tout. C'est le mythe de Jésus, qui va se retrouver brûler vif ici, pas
le (les) personnage(s) qui l'a (ont) incarné ou qui lui a (ont) servi de modèle.
L'histoire se passe en Inde, et raconte le mythe de Jésus de Nazareth, décortiqué à
la lumière de la philosophie des Yogis, et telle qu'ils la transmette.
Je ne sais pas si c'est le cas chez les Thaïs, mais sachant qu'en Inde on brûlait vives (sur un bûcher)
les femmes qui venaient de perdre leur mari, je me laisse aller à une interprétation hardie...
L'époque actuelle veut que les "femmes
diabolisées" du Moyen-Age, soient à
la mode et revisitées à la lumière de l'évolution de nos sociétés chrétiennes.
Jeanne d'Arc fait un triomphe au
cinéma. La sorcière hystérique
devient une héroïne moderne. L'homme va peut-être enfin se libérer de la peur des femmes...
Mais il faudra qu'il reconnaisse ses limites et son besoin de complémentarité.
Qu'il n'est pas un, et tout puissant. De même que Dieu ne pouvait être trois et uniquement de sexe
masculin.
Jésus, fils de notre Dieu chrétien, et Dieu incarné, fils du Saint Esprit, ne peut avoir existé
en tant que tel, d'après les Thaïs.
Si l'on s'en tient à l'explication rigoureuse de sa crucifixion faite par les Yogis, eux qui connaissent
parfaitement le corps humain, on a tendance à penser qu'ils ne peuvent avoir tord.
Alors, sur quoi peut reposer la foi chrétienne?
Catherine Clément ( au nom heureusement pacifiste) est interrogée par le Père Deneken,
maître de conférence à la faculté de Théologie catholique de Strasbourg. C'est
un chercheur, que nous avions déjà eu l'occasion d'entendre, lors de la présentation du livre
de Monsieur Abécassis. Son approche tolérante et éclairée, avait séduit
mes oreilles d'athée rebelle, comme le revendique également Catherine Clément (qui étudie
de près toutes les formes de religions et leur évolution).
Pour l'auteur: "tout le mythe de Jésus
est basé sur un malentendu".
Mais pour le Père Deneken: "un étudiant
consacre actuellement une thèse au bramanisme, (
lui-même se penche sur un ouvrage en allemand qui porte sur le bouddhisme)... les choses changent",
affirme-t-il heureux et confiant.
"Comment pouvez-vous croire en ce Dieu incarné?" Demande avec passion Catherine Clément.
"Aucune autre histoire religieuse ne fait apparaître
un Dieu qui s'incarnerait de façon aussi pitoyable, en se ridiculisant et en se faisant torturer avant de
mourir."
Dans la lignée de "la dernière
tentation du Christ" de Nikos Kazantzaki ou
de "L'homme qui devint Dieu", suivi de "Les
Sources" de Gérard Méssadier,
l'auteur nous propose l' histoire d'un personnage qui est devenu un mythe et a donné naissance à
la religion chrétienne, tel qu'il est vu et enseigné par les Yogis. Le livre comporte paraît-il
une clef, afin de répondre à cette incroyable histoire de mort et de résurrection, qui est
paraît-il u
nique.
Au-delà de l'aspect "surprise et découverte", à la rencontre de nos bases culturelles
et de celles des Yogis, le style d'écriture, fort poétique, (d'après des extraits qui nous
ont été lu), donne très envie de lire ce livre. Heureusement que mon collègue, "parano",
matcho à ses heures (il le signe lui-même!), est aussi curieux et intelligent et va l'acheter pour
moi...
Il n'empêche, qu'après avoir étudié le judaïsme, à travers de nombreux auteurs,
le trimestre dernier, il est bon de nous interroger sur la religion principale de notre pays. La France ayant longtemps
tenu la place (privilégiée) de fille aînée (c'est intéressant!) de l'église,
ne l'oublions pas...Et que dire du protestantisme (tabou?...ou trop complexe?), dans une région comme l'Alsace!...
Il est vrai qu'au-delà des mythes et des légendes qui fondent toute civilisation, la foi avait une
raison d'être: celle de tenir le peuple en laisse. Elle a longtemps agi comme opium du peuple. A présent,
certaines personnes fragiles se tournent vers des sectes, qui leur servent (un temps) de béquille en répondant
à leurs questions existentielles, ou simplement en remplissant leur vie. Les églises sont de moins
en moins fréquentées, et les catholiques pratiquants (ou les protestants, qui sont déjà
répartis en de multiples groupes), pensent ou agissent souvent comme des intégristes, avec intolérance
et sectarisme.
Pourtant, la foi est bien autre chose que la religion. Elle participe d'une recherche intérieure et d'un
sens que l'on donne à sa vie, au delà des idéologies et des doctrines.
D'après un "scoop" de Catherine Clément qui revient de chez les Dogons du Mali, la religion Islamiste y recule
rapidement au profit du retour du Brahmanisme, plus proche de leur façon de concevoir la mort.
Du côté de chez nous, les groupes modernes se rassemblent en "tribus", rappelant de plus
en plus les regroupements primitifs en rapport aux rites liés aux origines et à la mort.
Si notre opium n'a plus le même pouvoir d'attraction sur le peuple, c'est que la spiritualité se trouve en chaque individu (via les endorphines?), et n'a pas besoin d'autre support que lui-même. C'est sans
doute pour cela que le (?) bouddhisme (il y en a plusieurs) connaît autant de succès. Le yogi dit:
"Entre dans le temple de ton corps. Contient
ton propre esprit. Ton propre esprit est Dieu."
De la tribu au yoga, pour arriver au christianisme, il nous faut franchir un Rubicond sémantique.
Yog = yogga = JOUG = yoch (allemand) = lien - religio = relié.
La grande toile en somme... tissée et (de nos) complexe(s)! (complexe
= tisser.)
P.S.
Où nous apprenons de façon anecdotique que les réactions des chrétiens sont "sexuées"
(comme l'induit le dogme...).
En effet, au sujet de son roman, l'auteur se voit injuriée (pas très catholique!) par les hommes,
alors que les femmes cherchent à la convertir. |
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