.. .. ..

 

.. ..
..RENCONTRES LITTERAIRES
..
..
..
Les éditeurs alsaciens dans l'hexagone...
..Michel Loetscher
..

 

 

20 janvier 2005

..
>A l'ombre des mastodontes et des derniers regroupements, les éditeurs alsaciens prennent du volume dans l'hexagone. De Dominique Gibert et Hetzel à Gérard Pfister ou Sabine Wespieser, les chercheurs d'or alsaciens dans l'édition hexagonale défendent envers et contre tout une certaine idée de leur métier, à l'heure des grandes concentrations et de la désaffection d'un public de plus en plus épisodique.
Dominique Gibert : à l'image du père

Dans le Strasbourg d'après-guerre,  André Muller alors jeune lauréat de la Faculté de droit, lance à 23 ans, avec son frère expert comptable, une lettre d'informations juridiques et fiscales. C'est en 1947 le point de départ du lancement d'une entreprise de presse spécialisée, la D.O. (Documentation Organique), vite devenue une référence encyclopédique, et d'un des plus grands succès éditoriaux dans l'hexagone.
André Muller disparaît en 1996 et Dominique, sa fille juriste, Strasbourgeoise installée à Paris et formée à Standford à l'édition, crée en novembre 2002 sa propre maison d'édition, Diateino, en rééditant son maître livre, La technique du succès– un coup de chapeau qui devint le coup de cœur de certaines FNAC et du Virgin des Champs Elysées. Il s'en vendra plus de 6000 exemplaires, ainsi que plus de 5000 exemplaires des petits livres post-it qui l'accompagnent.
Les Editions Diateino ( «je progresse » en grec) sont spécialisées dans le développement personnel, l'humour - et la littérature générale, avec la publication en juin 2003 de Secrets d'écrivain.
Dominique Gibert publie les recueils de poésie de son père (illustrés par Camille Claus). « J'aime créer, et je ne peux concevoir ce métier qu'en faisant naître des choses utiles au plus grand nombre avec des gens que j'apprécie. Mon père a connu une réussite exemplaire grâce à une méthode de travail rigoureuse : jamais aucun papier ne traînait sur le bureau, tout était millimétré et traité sur le champ. C'est cela que j'ai voulu mettre à la portée de tout le monde, notamment par le concept du livre post-it comme outil d'auto-stimulation».
A l'image de son père, elle se lance dans l'action et l'utilité – et lance sur le marché le concept du livre post-it, ces résolutions détachables mêlant les citations de son père à celles de Sénèque ou d'Emile Coué, à coller aux endroits stratégiques de la maison.


Editions Diateino, 57 bis bd Exelmans 75016 Paris Tél. 01 46 51 62 44
www.diateino.com

Pierre-Jules Hetzel (1814-1886) : un découvreur de talents entre deux cathédrales

Né à Chartres, il étudia le droit à Strasbourg (« Je suis entre deux cathédrales » dit-il), se passionna pour les romantiques allemands alors peu traduits, et connut trois carrières : celle de l'éditeur « illustrateur » (1837-1851), en association avec le libraire-éditeur Paulin, celle de l'exilé après le coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte où il publie les œuvres de Victor Hugo, son compagnon d'exil à Bruxelles (1851-1859) et celle enfin de la littérature pour la jeunesse, avec la création ( en 1863 avec un autre Alsacien, Jean Macé) du Magasin d'Education et de récréation qui publie notamment Jules Verne.
Acteur engagé dans son temps, il signa lui-même des ouvrages sous le nom de Stahl et fut en 1848 chef de cabinet de Jules Bastide, ministre de la Marine puis des Affaires Etrangères.
Outre Hugo, il publie les œuvres complètes illustrées de Georges Sand, de Dumas, Daudet, Zola, révéla Tourgueniev, ainsi que les Romans nationaux des Alsaciens Erckman-Chatrian. Ce découvreur de talents manifesta, par ses affiches polychromes et ses cartonnages chatoyants, un sens aigu de la publicité.
Son fils Louis-Jules lui succéda jusqu'en 1914, quand Hachette racheta la maison d'édition familiale.

Alfred Kern (1919-2001) : le bonheur fragile de la littérature

Né à Hattingen en Allemagne, Alfred passa son enfance à Schiltigheim et fit ses études à Strasbourg, Heidelberg Leipzig, avant de s'installer en 1947 à Paris où il enseigne à l'Ecole alsacienne et où il fréquenta les plus grands noms de la littérature d'alors (Adamov, Ionesco, Sartre, etc).
Avec ses amis venus de l'Est, le Vosgien Henri Thomas et l'Ardennais André Dhôtel, il fonde, autour d'Antonin Artaud, la revue « 84 » qui publie notamment un débutant nommé Samuel Beckett.
En pleine vogue du Nouveau Roman, il connaît le succès comme romancier qui s'obstine à raconter des histoires, avec Le jardin perdu ( prix Fenéon 1950) ou Le bonheur fragile (Prix Renaudot 1960) avant de se tourner vers la photographie, la création plastique et la poésie (Le point vif, Gel et feu chez Arfuyen).
Lecteur défricheur de littéraire allemande chez Gallimard, il révéla des œuvres capitales de la littérature d'après guerre, comme celle de Thomas Bernhardt ou Mars (1980) de Fritz Zorn.

Claude Lutz

Les éditions Circé ont été crées à Strasbourg en 1988 par Claude Lutz et Nathalie Masson, avec une ligne éditoriale simple : publier de la littérature de fiction et des essais littéraires à partir de rééditions et surtout de traductions de grands auteurs classiques et contemporains issus des domaines allemand, russe, anglo-saxon ou italien.
En 1992, les projecteurs de l'actualité se braquèrent sur la jeune maison qui fut la première à publier les œuvres de Derek Walcott – juste avant qu'il n'obtienne le prix Nobel de Littérature.





Gérard Pfister : « L'insurrection spirituelle»

En 1975, Gérard Pfister crée, du nom d'une montagne où il possédait alors une maison de berger face au Mont Ventoux, Arfuyen, une maison d'édition honorablement connue au catalogue exigeant axé sur la littérature et les spiritualités, tout en travaillant (après une thèse de lettres sur le poète dadaïste Pierre de Massot) dans « l'antre du Diable » : les marchés financiers.
« En réalité, cette contradiction est stimulante, sourit ce fils d'une vieille famille colmarienne. Elle donne le sens de l'urgence : avec cela, aucun risque de m'assoupir dans les délices byzantines des coteries et chapelles poétiques. Diriger une maison d'éditions, c'est assumer de multiples contraintes. Pourquoi ajouter des livres au tombereau des nouveautés ? Pour moi, éditer n'a de sens que parce que j'écris, traduis, lis : pour partager les mystérieuses découvertes que permet un certain usage de la parole, un certain goût du silence. Je suis émerveillé d'être toujours là, 29 ans après, et d'avoir réussi à garder une même ligne. Une ligne de vérité intérieure et de liberté d'écriture. Comme je m'étonne aussi de n'y avoir pas perdu trop d'argent! »
Premier texte publié : Par expérience d'Yves Bonnefoy.
« Ce titre énonçait dès le début un principe d'action. C'est d'expérience intérieure qu'il s'agit. Quand l'expérience est juste, le langue est juste. Quand elle est forte, les mots viennent. Lisez par exemple Guillevic : le poète nous ouvre la voie de la présence au monde. Etre poète, c'est répondre présent. C'est aller à l'essentie, à l'immédiat, aux antipodes du formalisme gratuit et de l'académisme du nouveau. C'est une expérience dérangeante, une sorte d'insurrection spirituelle. C'est le désir de ce qui n'a pas de nom qui donne naissance au poème. Dans ce mouvement intérieur se trouve la force des Maïtres Rhénans et la grandeur d'un Jean Arp. Seul importe l'élan d'une telle recherche, libre et audacieuse. Quand l'époque est meurtrière, c'est là qu'il faut trouver la vie »
Arfuyen publie 15 à 20 titres par an.

Arfuyen Lac Noir, 68370 Orbey
Correspondance : 35, rue Le Marois, 75016 Paris


Jean Schlumberger (1877-1968) : celui qui dit non à Proust

Fils aîné de la branche aînée  de la dynastie Schlumberger, Jean portait le même prénom que son grand-père (1819-1908) détenteur du pouvoir dynastique. Mais l'annexion de l'Alsace et l'obligation faite aux jeunes gens de porter l'uniforme allemand ou de partir avant leur quinzième année provoqua la scission du clan. Alors que son grand-père se rallia aux Allemands, Jean se sépara du tronc originel et « monta » à Paris , où il embrassa la carrière des lettres, après avoir envisagé la voie pastorale.
Ami de Gide, actionnaire et homme d'influence chez Gallimard, l'auteur de Saint Saturnin (qui rata de peu le Prix Goncourt en 1931) est resté dans les mémoires comme celui qui fut à l'origine du célèbre refus que la NRF opposa à Proust en 1912. Observateur lucide de la république des lettres, il laissa des Notes sur la vie littéraire acérées.


Vincent Wackenheim : « le parti des gens contre l'institution »

Vincent Wackenheim ne voulait pas devenir médecin comme son père. Après un DEA de lettres, une maîtrise d'histoire et une licence en droit, il devient en 1983 libraire rue Le Prince à Paris à l'enseigne Le Petit Zodiaque (« une librairie crée par Pierre Very et reprise par Pierre Béarn, qui revendait des services de presse ») et critique littéraire.
« Je voulais faire de la propriété littéraire. En 1986, les éditions Prat cherchaient un homme d'expérience. Je n'en avais aucune et j'ai été embauché ». Aujourd'hui, il est directeur général de Prat.
A Villetaneuse, il enseigne aussi le marketing de l'édition et travaille à un guide de marketing éditorial. Mais le démon de la littérature le démange : il publie Voyage en Allemagne (1996, Deyolle) puis La perte d'une chance (Le Temps qu'il fait, 2003), d'abord publié dans la revue L'Atelier contemporain et couronné par le prix de la Société des Ecrivains d'Alsace-Lorraine – « un livre structurant » sur Leo Schnugg auquel son père avait déjà consacré un ouvrage.
En cours : Quelques jours de colère (l'histoire d'un ami confronté à la disparition du père ), la republication en fac similé d'un poème de Jean Follain, ainsi qu'une fiction provisoirement intitulée Le coût du coucou (l'histoire d'un horloger acculé à réduire le coût de son coucou).
Le best seller des éditions Prat est Le Guide Juridique Pratique vendu à un million et demi d'exemplaires depuis 1969. Réimprimé à la demande, sa mise à jour est adressée à 200 000 abonnés.
« Mon métier consiste à vendre un service plus que du papier. On est dans une thématique de problème et on prend le parti des gens contre l'institution »
Sa maison d'édition parisienne de droit pratique héberge une entreprise monumentale : la publication (soutenue en Alsace par des mécènes privés et institutionnels) des cinq volumes de La littérature dialectale alsacienne, dont son père Auguste assura l'édition des trois premiers.

Prat éditions 2, rue Maurice Hartmann BP 62 92 133 Issy les Moulineaux
..

LIVRES
>Article
..
STRASMAG
>ACCUEIL
>LIVRES
..

    ..
..
     
     


| © Les auteurs / Strasbourg Webmag, 2005. Tous droits réservés.
| Toute utilisation ou reproduction doit faire l'objet d'une demande écrite.
| Les documents sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs.