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..RENCONTRES LITTERAIRES
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Chambres closes et tueurs en série...
..Patrick Henner
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 24 mars 2001

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>Une interview de Paul Halter, le maître alsacien du crime impossible...
 
Paul Halter est souvent présenté comme un auteur "peu connu du grand public", même après avoir publié 25 romans et une dizaine de nouvelles. Pourtant, ses lecteurs sont souvent des fans inconditionnels. Qu'est-ce qui fait la particularité des romans de Paul Halter ?

Paul Halter, vous avez la réputation d'être le dernier maître de la "chambre close" et le disciple de John Dickson Carr. On a dit aussi que vous écriviez vos livres "à rebours des courants". Pourtant, vous vivez et écrivez un demi-siècle après Carr. Quelles sont les différences essentielles entre ses romans et les vôtres ?

J'avoue avoir un petit faible pour les bons vieux crimes à l'anglaise qui ont fait les délices de mon enfance, mais on est forcément victime de ses lectures - même les romanciers n'échappent pas à cette règle. Je crois qu'ayant conçu mes intrigues à la fin du XXème siècle, j'ai subi les nouvelles influences du roman policier : angoisse, suspense, voire cruauté. Aujourd'hui, on peut se permettre plus de libertés narratives : fantaisies chronologiques ou approches plus criminelles. En un mot - et bien que cela me hérisse un peu de le dire - mes romans sont plus modernes que ceux de Carr…

Vous avez créé deux paires de détectives: d'une part, le Dr Twist, criminologue de son état, que l'on retrouve aux côtés de l'inspecteur Hurst de Scotland Yard dans "L'Allumette sanglante"; d'autre part, le dandy Owen Burns et son faire-valoir Achille Stock qui résout l'affaire des "Douze Crimes d'Hercule". Toutes les enquêtes se situent en Angleterre, entre 1900 et 1950. Pourquoi avoir choisi cette époque-là ?

Essentiellement pour des raisons esthétiques. Le Londres du tournant du siècle est le décor idéal pour une histoire policière. Ses maisons de briques rouges, ses policemen, ses Docks, ses ruelles et son brouillard, bref, le monde magique de Dickens ou de Sherlock Holmes. La période suivante, c'est l'Angleterre d'Agatha Christie avec ses cottages pimpants, ses pelouses soignées, ses majors retour-des-Indes, ses gares pleines de malles sanglantes, et bien d'autres éléments qui sont autant d'images d'Epinal de l'âge d'or du roman à énigmes.

Dans nombre de vos romans, vous faites la part belle aux tueurs en série, notamment dans le "Brouillard rouge", "La Tête de Tigre" ou les "Sept merveilles du Crime". Quelqu'un a fait le rapprochement entre "Les Douze Crimes d'Hercule" et le film "Seven". Qu'est-ce qui différencie Jack L'Éventreur ou l'Hercule des "Douze Crimes" d'Hannibal Lecter, par exemple?

Peu de choses, en vérité. Il s'agit dans tous les cas de criminels hors du commun, sortes de gentlemen du crime, artistes à leur manière, intelligents au point de pouvoir défier ouvertement la police. Nous sommes très loin de la vulgarité et de l'abrutissement qui caractérisent nos affligeants sérial killers d'aujourd'hui. Le cas de Jack l'Eventreur est assez particulier - le seul des trois qui ait existé, rappelons-le - : il profite du contexte victorien, de son anonymat, de son insaisissabilité, d'autant que le mobile de ses atrocités demeure également inconnu - sauf pour les lecteurs du "Brouillard Rouge", of course ! Mystère complet sur toute la ligne, et l'élégance en plus. Comme Sherlock Holmes, le tueur de Whitechapel restera à jamais une des figures marquantes de son époque, elle-même un phare dans la création romanesque.

On oppose souvent roman à énigmes et roman noir en donnant l'impression que les deux types de roman s'adressent à deux publics foncièrement différents. Peut-on aimer les deux genres, ou bien s'excluent-ils mutuellement ?

Il y a plusieurs catégories distinctes dans ce qu'on appelle "roman noir". Le roman noir traditionnel, à rapprocher des films noirs de l'après- guerre, est très proche du roman à énigmes classique. Les manoirs anglais ont simplement été remplacés par les buildings, et les respectables ladies par des femmes fatales. La veine "thriller" relève également de cette catégorie, mais en s'appuyant davantage sur l'angoisse. En revanche, le roman noir français, souvent engagé, n'a rien à voir avec les genres précédents, qui n'ont d'autre prétention que d'être de la littérature de distraction.

Pour terminer, peut-être encore un petit mot de vos prochains romans?

J'en ai un sous le coude, "Les fleurs de Satan", qui fleuriront au début de l'année prochaine. Leur parfum est vraiment délétère ! et un jeune couple en fera la tragique expérience en s'installant, malgré les mises en garde, dans une maison de sinistre réputation, derrière laquelle poussent les fleurs maudites...
L'autre histoire, "La Toile de Pénélope" est chez l'éditeur. Le Dr Twist et son ami Hurst seront confrontés à un redoutable imbroglio : un cas de chambre close scellée par une toile d'araignée. Je n'en dirai pas plus, sauf peut-être que le bougon inspecteur Hurst, de guerre lasse, finira par soupçonner des Lilliputiens, seules créatures à même de passer au travers de la toile d'araignée sans l'arracher…
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