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| >Une interview de Paul Halter, le maître alsacien du crime impossible... |
Paul Halter est souvent présenté comme un auteur
"peu connu du grand public", même après avoir publié 25 romans et une dizaine de
nouvelles. Pourtant, ses lecteurs sont souvent des fans inconditionnels. Qu'est-ce qui fait la particularité
des romans de Paul Halter ?
Paul Halter, vous avez la réputation d'être
le dernier maître de la "chambre close" et le disciple de John Dickson Carr. On a dit aussi que
vous écriviez vos livres "à rebours des courants". Pourtant, vous vivez et écrivez
un demi-siècle après Carr. Quelles sont les différences essentielles entre ses romans et les
vôtres ?
J'avoue avoir un petit faible pour les bons vieux crimes à l'anglaise qui ont fait les délices de
mon enfance, mais on est forcément victime de ses lectures - même les romanciers n'échappent
pas à cette règle. Je crois qu'ayant conçu mes intrigues à la fin du XXème siècle,
j'ai subi les nouvelles influences du roman policier : angoisse, suspense, voire cruauté. Aujourd'hui, on
peut se permettre plus de libertés narratives : fantaisies chronologiques ou approches plus criminelles.
En un mot - et bien que cela me hérisse un peu de le dire - mes romans sont plus modernes que ceux de Carr…
Vous avez créé deux paires de détectives:
d'une part, le Dr Twist, criminologue de son état, que l'on retrouve aux côtés de l'inspecteur
Hurst de Scotland Yard dans "L'Allumette sanglante"; d'autre part, le dandy Owen Burns et son faire-valoir
Achille Stock qui résout l'affaire des "Douze Crimes d'Hercule". Toutes les enquêtes se
situent en Angleterre, entre 1900 et 1950. Pourquoi avoir choisi cette époque-là ?
Essentiellement pour des raisons esthétiques. Le Londres du tournant du siècle est le décor
idéal pour une histoire policière. Ses maisons de briques rouges, ses policemen, ses Docks, ses ruelles
et son brouillard, bref, le monde magique de Dickens ou de Sherlock Holmes. La période suivante, c'est l'Angleterre
d'Agatha Christie avec ses cottages pimpants, ses pelouses soignées, ses majors retour-des-Indes, ses gares
pleines de malles sanglantes, et bien d'autres éléments qui sont autant d'images d'Epinal de l'âge
d'or du roman à énigmes.
Dans nombre de vos romans, vous faites la part belle
aux tueurs en série, notamment dans le "Brouillard rouge", "La Tête de Tigre"
ou les "Sept merveilles du Crime". Quelqu'un a fait le rapprochement entre "Les Douze Crimes d'Hercule"
et le film "Seven". Qu'est-ce qui différencie Jack L'Éventreur ou l'Hercule des "Douze
Crimes" d'Hannibal Lecter, par exemple?
Peu de choses, en vérité. Il s'agit dans tous les cas de criminels hors du commun, sortes de gentlemen
du crime, artistes à leur manière, intelligents au point de pouvoir défier ouvertement la
police. Nous sommes très loin de la vulgarité et de l'abrutissement qui caractérisent nos
affligeants sérial killers d'aujourd'hui. Le cas de Jack l'Eventreur est assez particulier - le seul des
trois qui ait existé, rappelons-le - : il profite du contexte victorien, de son anonymat, de son insaisissabilité,
d'autant que le mobile de ses atrocités demeure également inconnu - sauf pour les lecteurs du "Brouillard
Rouge", of course ! Mystère complet sur toute la ligne, et l'élégance en plus. Comme
Sherlock Holmes, le tueur de Whitechapel restera à jamais une des figures marquantes de son époque,
elle-même un phare dans la création romanesque.
On oppose souvent roman à énigmes et
roman noir en donnant l'impression que les deux types de roman s'adressent à deux publics foncièrement
différents. Peut-on aimer les deux genres, ou bien s'excluent-ils mutuellement ?
Il y a plusieurs catégories distinctes dans ce qu'on appelle "roman noir". Le roman noir traditionnel,
à rapprocher des films noirs de l'après- guerre, est très proche du roman à énigmes
classique. Les manoirs anglais ont simplement été remplacés par les buildings, et les respectables
ladies par des femmes fatales. La veine "thriller" relève également de cette catégorie,
mais en s'appuyant davantage sur l'angoisse. En revanche, le roman noir français, souvent engagé,
n'a rien à voir avec les genres précédents, qui n'ont d'autre prétention que d'être
de la littérature de distraction.
Pour terminer, peut-être encore un petit mot
de vos prochains romans?
J'en ai un sous le coude, "Les fleurs de Satan", qui fleuriront au début de l'année prochaine.
Leur parfum est vraiment délétère ! et un jeune couple en fera la tragique expérience
en s'installant, malgré les mises en garde, dans une maison de sinistre réputation, derrière
laquelle poussent les fleurs maudites...
L'autre histoire, "La Toile de Pénélope" est chez l'éditeur. Le Dr Twist et son
ami Hurst seront confrontés à un redoutable imbroglio : un cas de chambre close scellée par
une toile d'araignée. Je n'en dirai pas plus, sauf peut-être que le bougon inspecteur Hurst, de guerre
lasse, finira par soupçonner des Lilliputiens, seules créatures à même de passer au
travers de la toile d'araignée sans l'arracher… |
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