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..RENCONTRES LITTERAIRES
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Albert Jacquard, “A toi qui n’est pas encore né(e)". Ed. Calmann-Lévy
..Christine Strohl-Grün
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 19 janvier 2000

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>Dialogue avec Dominique Gros des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
L’auteur, qui s’est toujours intéressé, en bon généticien, à ce qui se transmet d’une génération à l’autre, se demande dans cet ouvrage quel monde il va laisser à son arrière petit enfant à naître en 2015, alors qu’il aura 100 ans.

“ J’ai parcouru la plus grande partie du XXe siècle, tu vas parcourir le XXIe. A toi de jouer, à moi d’essayer de t’éclairer. Permets-moi ce monologue qui me réinsère dans le flot des vivants.” A.J.
4ième de couve.

“Toi, un contemporain de mes après-demain”, apostrophe joliment cet utopiste.
Car il sait, mieux que quiconque, que c’est un peu de lui, à travers ses gènes, mais aussi à travers son oeuvre, qui formera le monde de demain. Un monde que l’homme aura fait à son image, si dame nature ne prend pas le dessus.

Puisque l’humain est au coeur du monde, l’idée-force du livre est l’Echange, à travers la Relation et le regard sur l’Autre.
Albert Jacquart, qui a fait partie du Comité National d’Ethique, durant de nombreuses années est un scientifique (émérite), qui a réfléchi sur les limites de la science. C’est devenu un philosophe, qui propose une réflexion éclairée.
Pour lui, ce qui fait l’homme, ce sont les liens qu’il tisse avec les autres. La science aide à corriger ce qui ne fonctionne pas sur le physique, mais la société doit apprendre à faire fonctionner le rapport avec l’Autre.
“On ne peut pas construire tout seul.” “Il faut donc élaborer une société qui favorise les rencontres.” Tel est son credo.

Quand on voit comment circule l’information, qui la divulgue et sous quelle forme elle nous parvient, ces voeux pieux paraissent malheureusement condamner à le rester.
Car au-delà du choix des individus, se situe le choix des gens de pouvoirs. Et leurs enjeux ne sont pas les mêmes.
(Voir notre dossier sur la manipulation)

“La société nous apprend à nous détruire, à établir des
hiérarchies, à nous battre les uns contre les autres.” “Les rencontres, ça s’apprend, comme marcher ou compter”, prêche Albert Jacquard.
“Oui, mais, c’est facile à dire, ça, quand on a réussi.”
“Vous avez été polytechnicien, obtenus deux doctorats. Pour quelqu’un qui n’aime pas la compétition !!!”, répond son interlocuteur.
“J’étais conformiste.” “Mais on apprend à un enfant à mettre le feu à des voitures, quand on lui dit qu’il vaut telle note”, renchérit le généticien.
On ne peut que le suivre dans sa démarche généreuse.
Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher de mettre un bémol à des solutions qui semblent si faciles.
En effet :
- Ecouterait-on un quidam quelconque, qui dirait la même chose ?
- L’inviterait-on à en parler devant une assemblée, dans les médias ?
- Publierait-on son livre ? (Au demeurant fort simple, même si pétri de bonnes intentions.)
Vous me répondrez que nous avons toujours besoin de porte-parole.
Mais les solutions aux problèmes me gênent. Car une fois de plus elles reposent sur les petits : les fourmis de l’éducation nationale. J’ai nommé les professeurs.
Il y a quelques années maintenant, que des instructions venant d’en haut, ont déjà autorisé à ne plus mettre de notes dans certains quartiers, car, bien sûr, elles ne signifient rien. Dans d’autres, je ne pense pas que cela plairait aux parents.
Et, oui, les parents !
Ils ne distribuent pas que des gènes à leur progéniture, ils les éduquent aussi dans des milieux, et avec des histoires plus ou moins favorables. Parfois, ils sont au chômage, en prison, ou est bien, mais ça ne suffit pas. Et n’est-ce pas une nouvelle forme de discrimination que de faire coexister des écoles avec notes, et d'autres sans?
Celui qui enseigne dans les quartiers difficiles, celui qui résiste à la violence, à cette culture différente de la sienne, est bien souvent militant. Je ne pense pas que ce soit lui, qui pousse les enfants à brûler des voitures.
Il faut aller dans ces familles, pour comprendre ce qui s’y passe.
Ce ne sont pas des électeurs. Le fossé entre ces milieux et l’instit peut exister, mais il devient abîme face à un énarque.
“Celui qui écrit : ancien élève de ... sur sa carte de visite est infantile... surtout s’il a cinquante ans! Celui qui réussit des examens car il plaît à un jury quinquagénaire, est vieux avant l’âge. Et ce ne sont pas les vieux qui vont créer le monde de demain”, poursuit Albert Jacquart.
“Les femmes ont de la chance, elles n’étaient, longtemps pas invitées à ses concours. C’est ce qui leur permet d’échapper au ridicule.”
Oui, mais sont-elles moins conformistes pour autant ?
Et que faire d’une société de marginaux qui auraient refusé toute forme de système ?
“Les gens n’en peuvent plus d’une société qui les méprise”, d’après le chercheur.
Mais peut-on personnifier la Société ?
Albert Jacquart est l’auteur d’un précédent ouvrage intitulé : “Eloge de la différence”. Il est généticien, et ne peut donc ignorer que chacun n’est pas capable de la même façon (et fort heureusement) dans tous les domaines. C’est ce qui fait qu’une société est riche en personnalités multiples et peut trouver un équilibre, lorsqu'elle exploite cette complémentarité.


Que dire des femmes, qui par une erreur chromosomique ne sont pas des hommes ?...
“La répartition des rôles résultant de ces différences, justifierait-elle, quelles que soient les cultures, une hiérarchie globale des sexes donnant à l’un, autorité sur l’autre ?”, écrit le physicien.
Le sujet est tellement tabou, que lors de débats sur la parité, on entend qu’un député, qu’il soit homme ou femme, est avant tout un député. On est dans le déni de la différence.
Où trouver une représentation positive, lorsque l'on est femme, habitant d’une “cité” (?), ou handicapé? Quant la différence (ou spécificité) est évacuée au nom d’une non-discrimination. Ce sont les systèmes de valeurs qui transforment les différences en inégalités.
Il est vrai que l’on n’ose pas, par exemple, aborder le problème de l’eugénisme lorsque il s’agit de discrimination sexuelle.
Et pourtant, si l’on en juge par des pratiques courantes, en Inde, en Chine, ou ailleurs, on ne peut rester dans le déni. On se prend à penser qu’il faut remonter à la source, à celle qui donne la vie.
Tant que les femmes feront les enfants, la société sera le reflet du miroir qu'on leur tend.
 
Albert Jacquart, comme Alexandre Jardin, appartient à l'association: "Lire pour vivre", que vous pouvez contacter en appelant le: 0825 832 833.*

*Cliquez sur le lien pour plus de précisions.
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