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| >Prix Nobel... |
Pourquoi est-ce qu'il y a la poésie plutôt que rien ? L'attribution
du Prix Nobel de littérature au poète Gao Xingjiang, les 5000 manifestations recensées du
Printemps de la poésie, le succès des marchés de la poésie et la bonne audience des
émissions qui lui sont consacrées annoncent un fort regain poétisant. Signe de vitalité
ou prolifération de l'insignifiance ?
Pour Annie Le Brun qui s'insurge contre la mauvaise nourriture culturelle servie par l'industrie de la parole,
la « poésie d'ambiance » et « d'élevage » de ce cercle de poètes retrouvés
ne serait rien moins qu'un des symptômes de l'anesthésie générale qui gagne le corps
social. Le « gavage poétique » d'une époque si complaisante avec elle-même ne galvauderait-il
pas la fragile musique de ceux qui ont tout risqué sur cette parole d'incertitude ? Et n'étoufferait-il
pas cette force d'éveil et d'ébranlement qui seule témoigne de notre réalité
menacée par une captation de sens « perpétrée à grande échelle »
? |
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| >Quand la poésie retrouve droit de cité ... |
Jadis, tandis que grinçaient les sempiternelles ritournelles sur la mort de
la poésie, celle-ci accomplissait son lent travail sur les mots et nos visions – et Prévert vendait
sans bruit deux millions d'exemplaires de ses Paroles. Si le dernier Nobel consacra le poète Gao Xingjiang,
ce fut un autre poète, Sully Prudhomme, qui en 1901 ouvrit le palmarès. Longtemps vouée à
la confidentialité, la poésie investit la cité et fait écho (à l'instar des
approximatifs alexandrins de Houellebecq) à un ultramoderne sentiment de solitude...
« La poésie ? Mais ça n'intéresse personne ! » lança-t-on à Jacques
Goorma, alors qu'il s'apprêtait voilà quatre ans à … lancer les Mardis de la poésie.
Depuis, ces rencontres font salle comble et référence dans des lieux aussi inattendus que le cloître
Saint-Pierre-le-Jeune ou les caves des Hospices Civils. Vinrent les Poétiques de Strasbourg : une programmation
de saison entièrement consacrée à la poésie, qui regroupe les cycles de lectures présentés
par l'association Ouï-Lire, les Mardis de la Poésie qui prolongent le succès des séances
de l'été culturel et les Journées des Poétiques de Strasbourg.
« Savez-vous, dit le chargé de mission pour la promotion de la poésie, que les ouvrages les
plus empruntés de la prison de l'Elsau ne sont pas des romans mais des recueils de poésie ? Ou qu'il
existe plus de 3700 sites de poésie sur Internet ? Elle répond à un besoin véritable,
elle est porteuse d'une véritable force d'émancipation, d'une intensité qui ouvre une brèche
dans le quotidien. Par sa nature même, elle indique la voie par laquelle le monde se crée. Elle rappelle
aux hommes que c'est par la conquête d'une parole qu'ils peuvent devenir ce qu'ils sont : autonomes et créateurs.
Ecrire, c'est pratiquer une ouverture. C'est écarter un rideau, déchirer un voile. La parole poétique
invite à passer de la lucidité sarcastique à la clairvoyance du cœur.»
Expérience cruciale de l'être, école de justesse et d'attention, jubilation verbale, aucune
définition ne saurait épuiser cette tentative de « dire l'indicible, nommer l'innommable, formuler
l'ineffable » : Jacques Goorma la vit au quotidien et la sert dans la cité, c'est-à-dire dans
son bureau de la Médiathèque de Neudorf où il convie à se réchauffer au feu
de ce langage des origines qui « répond à l'horreur du monde par l'éclat d'un sourire
».
Le Printemps des Poètes ? « L'idée me semble particulièrement adaptée dans des
villes qui ne proposent rien le reste de l'année, confie l'expert de Saint-Pol Roux. Durant une semaine
au moins, elle contribue à la visibilité d'une forme d'expression le plus souvent confidentielle.
Pour Strasbourg, le bilan de l'an dernier semble mitigé : une fréquentation globale estimée
à 400 personnes. La multiplication de lectures risque de diluer l'intérêt plutôt que
de le stimuler, dans une ville qui en propose toute l'année. La vraie poésie est dangereuse car elle
demeure insoumise… ». Si l'édition française compte deux collections de poche uniquement consacrées
à la poésie, la librairie assure-t-elle la permanence de ce fonds poétique ? La multiplication
des lectures publiques ne dispenserait-elle pas l'auditeur du recours fondamental au texte ? |
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| >Jacques Goorma, 51 ans, est l'auteur d'une dizaine de recueils de poésie,
dont : |
Peau-Pierre, Henry Fagne, Bruxelles,
1975
Orage, Rougerie, 1994 (Prix de
l'Académie des Marches de l'Est)
A, Le Drapier, 1999 (Prix de la
Société des Ecrivains d'Alsace et de Lorraine). |
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| >Prochains mardis de la poésie... |
Ailleurs, l'enfance – l'étranger, Henri Michaux par Liselotte Hamm et Jean-Marie
Hummel le 15 mai à 20h30 au Palais du Rhin
Ouï Lire
Paul Chanel Malenfant le 22 mai à 20h30 à la Médiathèque de Neudorf
Le Printemps fait-il le poète ? (2) |
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