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| >Les abîmes obscures de l'âme... |
Les titres de ses livres sont attirants et nous plongent d'emblée
dans les profondeurs obscures de l'âme:
"Vie secrète, le sexe et l'effroi", "La haine de la musique", "Rhétorique
spéculative", "La parole et le déni" et aujourd'hui: "Terrasse à Rome".
J'ai ouï dire que l'auteur était psychanalyste, d'ailleurs il est interviewé par une de ses
consoeurs.
omme elle le lui fait remarquer, il est avant tout un littéraire (rumeurs dans la salle). Apparemment, il
ne tient pas à mélanger les rôles, car de son C.V. il ne sera point question.
Son public est venu nombreux et parmi la foule, j'ai reconnu quelques uns de ses confrères strasbourgeois.
Il semble avoir de fidèles lecteurs, car le public se pressera en grand nombre pour faire dédicacer
l'ouvrage à l'issu de sa présentation.
Carole de Maistre présente le livre en disant qu'il "n'est pas moderne, mais plutôt tourné
vers les sources et non pas vers la marrée des embouchures."
Le citant: "Sauver la source tel est mon désir...je fais parti de ce que j'ai perdu."
"Qu'avez-vous perdu", lui demande son interlocutrice?
- Tout!
L'auteur semble mal à l'aise dans ce jeu de questions/réponses: l'écriture "n'est pas
une profession, ni un statut social, j'en ai besoin pour vivre." Mais pas pour des raisons financières,
précise-t-il. On l'avait compris.
En l'écoutant parler à voix basse, légèrement exaspéré par l'interprétation
qui est faite de l'histoire qu'il a écrite, on a effectivement l'impression qu'il écrit comme on
crée, avec ses tripes.
Le domaine de la créativité, que se soit dans la peinture, la musique ou ici l'eau-forte, lui
tient particulièrement à coeur, comme il l'a montré dans ses ouvrages précédents.
"On travaille avec le langage pour se comprendre et s'éloigner du langage", analyse-t-il.
L'histoire est un prétexte à l'écriture, à la recherche de ce qui est perdu.
Dans "Terrasse à Rome", il s'agit d'une épopée, sur fond historique. Le héros
a été défiguré par l'eau-forte. "Afin, que, privé de visage, il soit tout
à son oeuvre." L'idée est intéressante. Un visage vous pousse vers l'extérieur.
Il est tourné entièrement vers l'image, que l'on donne ou que l'on veut donner de soi. Il trahit
par ses expressions, il est parfois confondu avec la personne, l'intériorité, qu'il masque. Il interfère
dans la relation...et pourquoi pas dans la création.
Adolescent, le héros a aimé une femme à la folie. Mais elle était destinée à
un autre homme.
Cependant, l'auteur récuse les comparaisons avec la transgression de l'interdit de l'inceste
et avec Oedipe dont les chevilles enflées sont mises en parallèle avec le visage enflé
du principal protagoniste.
"Où alors, Oedipe est partout!"
Pascal Quignard est l'auteur de la phrase que l'on retrouve dans notre dossier sur "le secret" (c'est
en tout cas ce que j'ai appris lors de cette conférence.): "la vie n'est pas une tentative d'aimer, elle en est l'unique essai." L'auteur, est d'une pièce, ne connaît pas
les compromis et pense comme nous, que la vie c'est ici et maintenant. Et non dans une réincarnation illusoire,
ni sous d'autres cieux. Nous n'avons qu'une vie, "c'est ce que nous avons perdu qui nous poursuit: la fusion
dont nous sommes issus." "La relation authentique est unique et absolue." Même si on peut
la vivre plusieurs fois...
- "Mais vous semblez pourtant avoir vécu plusieurs vies!"
"Nous ne possédons pas qu'une empreinte psychanalytique", répond l'auteur. Voilà
qui est agréable à entendre (lire
notre édito qui fait allusion à une
certaine dictature de la pensée psychanalytique.)
"Pour écrire, je cherche des successions de scènes sans liaison, pour ne pas interpréter
à la place du lecteur...Des fragments de vie sont toujours plus émouvants à entendre, comme
ça se passe dans la vie."
pour quelqu'un qui a écrit "la haine de la musique", on pense à l'interprète musical,
qui joue la partition en mettant toujours un peu de lui-même. Ce qui se dit "interpréter un morceau
de musique."
"La gravure fait penser à la matrice. Elle reproduit les oeuvres d'autres artistes, afin de les diffuser",
reprend son interlocutrice.
"Je n'avais pas pensé, à cette forme organique de la reproduction."
Pascal Quignard dit s'être plutôt inspiré d'une nouvelle forme de gravure qui est apparu en
1642. Cette technique s'oppose à celle de la gravure traditionnelle qui consiste à vernir une table
rase et à faire mordre le cuivre par l'acide, en le repoussant. Alors que la nouveauté ici, consiste
à faire justement "table rase du passé", en hachurant la plaque et la noircissant dans
son intégralité. C'est en appuyant sur la plaque que les blancs ressortent (à l'inverse du
révélateur photographique qui fait surgir le noir du blanc). Ce geste, ainsi que le pari de la plaque
entièrement noircie ont interpellé vivement l'auteur. "Le blanc ressort du noir". C'est
toute la valeur de l'opposition que l'on retrouve ici, de même que dans l'opposition sexuelle, explique le
romancier.
Le contexte de la Rome antique et du XVIIe siècle ont été choisis à dessein. Le monde
romain n'a jamais cru en grand chose. Il y régnait cruauté, lucidité, indécence. Aucun
Dieu ne parlait latin. Le XVIIe siècle est fait de guerre civile totale, les liens sociaux sont détruits,
on y persécute les protestants.
Et...la luminosité de Rome. Que l'on retrouve dans les oeuvres de Claude Le Lorrain, qui apparaît
dans le livre. "Vous êtes un peintre, vous n'êtes pas un graveur voué au noir et blanc,
c'est à dire à la concupiscence." L'auteur raconte, que la première photo érotique
fut réalisée en France, en noir et blanc ( les contrastes y sont plus forts). Elle représentait
un enfant écartant les jambes de sa mère, afin de voir d'où il était issu. Comme Courbet",
ajoute-t-il. Pour lui, la "couleur habille, elle ne peut montrer la nudité."
Les problématiques principales du livre se trouvent autour de la clarté, l'opposition, la complémentarité,
le clair/obscur, la création, la vie, qui pour l'écrivain est une Renaissance"
constante.
"Les cathédrales sont un moyen de locomotion de la lumière. Des vaisseaux de lumière."
Surtout pas dans le pêcher et la punition. Plutôt dans la sauvagerie...
Les questions dans la salle frappent fort et juste:
"A vous écouter, je vous trouve très proche de Du Bellay, avec ses regrets à Rome: "Rien
de Rome ne restait".
- "Cela me va très bien. Dans ma famille, on était titulaire des orgues du Bellay. "
- "Avez-vous laissé la musique?"
-"Un livre ne rivalise pas avec la peinture, ni avec la musique, il y a une voix qui n'est pas celle de l'auteur
et qui s'élève mystérieusement."
- "Vous n'avez pas voulu écrire un livre sur le temps?"
- "C'est indépendant de ma conscience. Je me suis lancé dans une grande suite sur le temps."
Sa conclusion n'en mérite pas d'autre: "...Malheureusement, il faut se dire au revoir, car je dois
prendre un train." |
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