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| >Les tortures de l'amour |
« Je fais tout si on me domine » disait l'héroïne de La nuit
l'après midi (Minuit,1998). Cette phrase portait en germe ces Carnets d'une soumise de province. Six ans
après, nous y voilà. De quoi s'agit-il ? De l'errance d'un couple et de ses pratiques SM. De la sujétion
sexuelle librement consentie comme art de vivre ou voie de connaissance. De la Renarde et de son maître dépressif
qui se tiennent l'un par l'autre. Un couple, ça cherche à tenir. Un maître, ça veut
être servi. « Je t'aime comme tu es, donc comme je te veux » lui lance-t-il. Service complet
donc avec chaînes cravaches menottes et métaphores végétales à la clé,
d'une femme soumise, « amenuisée » à son idée de la féminité – celle
qui aurait trouvé sa place là :
« Vous m'attachez à un treuil, vous m'étirez les membres, vous m'enfermez au cachot et m'observez
me masturber, revenu de tout : vous avez fait cela cent fois. Finalement, vous vous allongez sur le lit de torture,
les yeux clos, et me demandez de vous caresser. Je le fais sans la moindre conviction. Nous finissons par rire
de notre ennui même »
Le voile ou le collier de chien : à chacune sa sujétion, subie ou consentie, affichée ou dérobée,
dans les interstices du corps social ? La chair flagellée est triste, mais le verbe est juste et le regard
acéré.
Donc, c'est un couple qui erre d'hôtel en cave et en donjon. Sans doute ce qui s'appelle tourner à
vide. Mais du vide jaillit la révélation :
« Je pense au mot adorer. Je pense aux croyants d'autrefois, à ce que le monde a perdu et que j'ai
retrouvé, moi, ce fanatisme né du silence, de votre voix, de mon aveuglement, de votre regard, de
notre secret. Je pense à Dieu » dit la Renarde.
Comme à l'accoutumée, la phrase épurée de Caroline Lamarche fait grâce de la
vulgarité, avec ce qu'il faut de distance ironique sur cette consommation pornographique vendue avec sa
quincaillerie comme mode d'emploi d'une citoyenneté horizontale, « branchée », menottée
voire normosée selon la trash attitude en vigueur. C'est coupant et c'est brûlant. C'est froid aussi,
comme le métal des menottes ou des crochets qui leur servent. A se faire du bien ou du mal. A faire lien
ou corps avec l'autre, dans le corps de ce texte âpre arraché à la fosse commune.
Caroline Lamarche, Carnets d'une soumise de province, Gallimard,
206 p., 12 . |
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