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..RENCONTRES LITTERAIRES
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Shmuel Trigano “L’idéal démocratique à l’épreuve de la Shoa.” Ed. Odile Jacob.
..Christine Strohl-Grün
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 12 janvier 2000

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>Shoa...
L’auteur enseigne la sociologie de la politique et de la religion (?) à l’université de Paris-X-Nanterre.
Il a fondé le Collège des études juives de l’Alliance israélite universelle et la revue européenne d’études et de culture juives Pardès.
Ses questions, récurrentes dans notre histoire contemporaine, sont les suivantes :
Pourquoi l’Europe qui a inventé l’idée que tous les hommes sont égaux, a-t-elle aussi produit la Shoa ?
Pourquoi a-t-elle stigmatisé certains de ses citoyens au point de les détruire ?

Pour l’auteur, la Shoa est La grande faillite du concept de démocratie. La crise de citoyenneté du XXe siècle. C’est un déni de la morale.
D’ailleurs, l’exemple des témoignages des victimes juives, non pris en compte au procès de Nuremberg, prouve la culpabilité non résolue des Européens, et spécifiquement des Français.
Dans l’idéologie de la modernisation, les juifs n’existent pas. Il est vrai que la “langue administrative du IIIeme Reich” était très particulière. Elle a d’ailleurs fait l’objet d’études diverses !... Mais...
Shmuel Trigano se choque de ce que Jean Matéoli reproche aux juifs de s’exprimer en tant que juifs, alors que pour lui, seul Hitler les rangeait dans une catégorie spécifique.
L’auteur revendique, justement cette originalité d’un peuple qui a conduit au destin collectif du sionisme.
Pour lui, les juifs ne sont pas seulement un mythe ou une catégorie idéologique. Ils ont fourni (avant la guerre de 14/18) à l’Etat Nation, le ciment de l’Europe entre les peuples qui se divisaient, grâce à la diaspora. D'ailleurs, c'est ce que tentait de démontrer
Hannah Ahrendt (NDLR: qui vient de sortir de son purgatoire!), mais personne ne la comprise comme moi, soutient l'auteur.
Shmuel Trigano, explique que l’expérience israélienne intègre en elle tout le processus idéologique de la modernité, avec comme projet de créer un homme nouveau.
Pour ce sociologue, il y a actuellement un gros problème du côté des chercheurs et historiens juifs, qui veulent se libérer de la judaïcité. Ils n’en retiennent, à tort, que la manipulation de la Shoa par la nation juive.
En voulant intégrer cette partie terrible de leur histoire dans une mémoire, ils l’enfouissent et la stigmatisent. La Shoa se cristallise et devient un mythe, accuse l’auteur.
Pour lui, il faut que cet épisode reste vivant, afin que plus jamais il ne se produise. “On n’a pas encore compris la Shoa, alors elle ne peut appartenir, à la mémoire, c'est-à-dire au passé.
Il cite Nietzsche et “la pensée du soupçon”. “On soupçonne que quelque chose se passe, qu’on ne voit pas.”

S’il est sûr, que comme le dit l’auteur : “les discours sur le passé ont un impact sur le présent”, peut-on insister sur une “religiosité victimaire”, tout en en revendiquant la priorité historique ?
“Depuis la Shoa, on ne peut plus penser la démocratie de la même façon. Il existe un déclin de l’adhésion aux systèmes habituels, qui a débouché sur l’humanitaire.”
On revient sur l’idée de l’homme barbare, et sur la singularité des juifs.
Juifs, homosexuels, noirs : même combat, nous dit le sociologue. Surtout les homosexuels.
Une nouvelles diaspora ? Ou un nouveau Lobby ?
“Il faudrait que ces communautés, puissent avoir des lieux où s’exprimer.”
Si je relis les
“Rencontres Littéraires” du mois dernier, il me semble que les juifs étaient plutôt bien représentés, en nombre, comme en niveau d’instruction.
Ils ont d’ailleurs donné naissance à Einstein, Freud et j’en passe...
Quel est ce deuil impossible à faire ?
Une histoire cruelle, singulière, certes, mais dont on ne peut pas tenir pour responsable tout un peuple.
Qu’est-ce qui permet d’ailleurs, de parler au nom de toutes les victimes Du génocide ?
Et quel est ce soupçon, qui subsiste ?

Au moment des questions, quelques interventions parmi d'autres:

- "Peut-on obliger des gens à se revendiquer d'une communauté s'il ne le désirent pas?" (allusion à la violence de "l'acting out", pour l'homosexualité.)
- “ Il faudrait peut-être ne pas tout confondre : les juifs, les noirs et les homosexuels !”
-“Est-ce que vous voyez un rapport entre les génocides : juifs, tibétains, rwandais, arméniens, tziganes ?”
-“Non” répond l'invité.
“Et je soutiens que toute communauté n’est pas forcément communautariste !”
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