|
|
 |
| > Poules folles et poules sages |
Il était grand l’espoir des poules sages (politiques). Même si elles avaient
déjà du mal à partager le grain, de contrer le renard, de renverser la fable célèbre
du «camarade » Marx (abbé de la « liberté du renard dans le poulailler »:
cent poules qui n’auraient pas de bras en papier, contre un seul renard.) Etait-ce sans espoir ?
Mais le poulailler a ses usages, et le renard n’était pas prêt à
s’en laisser compter…
Alors que les poules folles (civiles), s’étaient déjà donné depuis quelque temps l’alerte
générale ! Par le biais des écolos, des vrais paysans producteurs de fromages vigoureux,
de vraie viande, et j'en passe ! Suivis par les syndicats et collectifs les plus variés, les étudiants
(n’ayant pas trop lu les néoclassiques), les ONG et bien d’autres groupes encore. Tout un petit peuple (petit,
parce que non politique) donc, un vrai peuple, sympathique, épris de justice, amoureux de la saveur du monde,
se rebellait, débattait et se débattait.
Et pourtant, Ricardo (un des plus grands économistes classiques) n’avait pas entièrement tord. Dans
le contexte des PID et dans une certaine mesure, le libre-échange, est un jeu à somme positive. Il
y avait 135 pays représentés à Seattle (dont de nombreux pays du tiers monde)!
Il ne s’agit pas, ici, de faire un procès moral à ses partisans, talonnés par le piège
de l’action, la pression de la réalité . C'était toujours mieux que rien .
Et puis, n’était-ce pas une gageure, que de vouloir régler en quelques jours des problèmes
internationaux, représentant des enjeux nationaux?
Pourquoi tout ce battage autour de points vitaux (en termes d’économie et de choix de société),
ainsi que sur des enjeux mondiaux déterminants (en termes d’environnement et de développement « durables ») ?
Pourquoi tout ce tapage ? Pourquoi cette grande colère des poules folles ? Parce qu’elles ont
compris que les poules allaient une fois de plus se faire plumer.
Cette fureur destructive des poules folles, est peut-être d'une grande sagesse, comparable par exemple, à
celle des Allemands de l’Est détruisant le
mur de Berlin… A cette différence prés
qu’il s’agit ici, d’un mur de mots, plus difficile à abattre. Celui de la belle logique du monde libérale,
si pure et si « naïve » qu’elle écrase et tue sans se salir les mains…
Le vrai peuple du monde a compris que les cartes étaient biseautées, et que les « technocrates »(1)
des plus grandes puissances, les avaient presque toutes en mains, dans le cadre démocratique tranquille
d’une assemblée (et de ses salons verts). Elles ont pour emblèmes : la nationalité économique
du libre-échangisme, l’égalité et la liberté de tous les pays, ainsi que les belles
valeurs, comme le respect des droits sociaux, des populations, etc.…
Prenons comme exemple de piège idéologique, lors de la conférence de Seattle, le débat
sur la multifonctionnalité de l’agriculture (une des causes de l’échec), c’est-à-dire de l’exception
agricole.
Il s’agit là, d’une énormité parmi d’autres. C'est l’aveu clair de l’incapacité du
marché à prendre en compte les deux éléments clefs, constitutifs d’un produit alimentaire :
sa qualité et son absence de dangerosité. Le piège technocratique se referme. La qualité
d’un produit n’intéresse pas a priori le marché. Elle est une « exception »
à faire accepter ! Le concept de multifonctionnalité est donc doublement biaisé.
Points:
1) Il mélange une préoccupation justifiée dans le long terme, celle de l’environnement, à
une préoccupation faisant partie intégrante du marché. (Si tout va bien !).
2) Il marginalise la notion de qualité.
Mais surtout n’oublions pas que l’objectif officiel de l' OMC est de favoriser et d’étendre le libre-échange.
Toute limitation de ce principe, apparaît alors comme une concession regrettable, et si possible provisoire.
Dans ce deuxième cas, il s’ensuit une défense des Etats, à coups d’exception culturelle,
culturale, voire d’exception face à la menace des OGM. (Comme le montre l’inversion de la preuve de leur
dangerosité).
Pourtant, la libre spécialisation internationale, forte de ses succès (2) a mauvaise mémoire.
Elle oublie qu’elle porte en son sein de redoutables principes. La confiance dans la capacité du marché
à optimiser la répartition des ressources, et les façons de produire en premier lieu. Ce qui
signifie, le productivisme marchand exacerbé par la concurrence internationale. Un jeu féroce à
somme nulle (désormais), bientôt à somme négative qui a démontré sa dangerosité,
pour ne pas dire sa folie. (Dans le domaine alimentaire par exemple). Cette double spécialisation oublie,
de même, l’existence d’inégalités et de domination au plan mondial. (On se souvient des désastreux
effets du marché dans le domaine de la culture par exemple). Autrement, dit elle étend à toute
protection humaine des principes qui ont partiellement réussi à l’industrie du PID. Et cela, sur
la seule (mauvaise) foi de sa cohérence théorique constamment démentie par ses faits.
D’ailleurs s’agit-il d’un véritable libre-échange ? La réponse est bien sûr : "non"
!
En effet, ce dernier suppose le libéralisme, c’est-à-dire la neutralité de l’Etat. C'est-à-dire
aussi, l’absence de politiques significatives.
On peut donc légitimement se demander avec Medhi Abbas dans "Alternatives Economiques" (3) s’il ne s’agit pas plutôt de mercantilisme…
Le tout premier débat, est bien celui du reliquat de choix économiques, que l’OMC voudra bien laisser
à ses membres. Et ce, dans le domaines des normes sociales, environnementales, médicales etc...
La régionalisation économique actuelle va d'ailleurs dans ce sens… |
 |
 |
| >Alors, que veulent ces nouveaux contestataires du XXIe siècle ? |
Tout simplement abandonner cette « marchandisation » idéologique,
libre échangiste du monde, comme l’a été le communisme soviétique. Cela commence par
une réflexion sur ce qui est souhaitable, réalisable et juste. Autrement dit, cela revient à
définir un échange plutôt libre, certes, mais raisonnable. Mais non pas un libre-échange
boulimique et féroce, que l’on accepte de tenir en laisse de temps à autre.
Un libre-échange permettant le développement effectif du Tiers-Monde, ainsi que le maintien de l’identité
culturelle des nations et des peuples.
Un libre-échange permettant de gagner ce qu’il y a à gagner - pour tous - (en pouvoir d’achat et
en ouverture sur l’autre), sans perdre pour autant l’essentiel que représentent la qualité de
la vie, la santé, la créativité et les différences ! |
 |
 |
| > Vers un village planétaire ? |
A ce stade du débat, une dernière question se pose. Ces nouveaux contestataires sont-ils
représentatifs?
Ne peut-on pas dire en substance, comme Pascal Lamy (représentant de la CE), que la démocratie est
celle des élus (à la base, nationaux) . Certes, mais si la véritable démocratie
(politique) fonctionnait bien, aurait-elle besoin de la modeste société civile pour la rappeler à
la raison (4)?
Au fond, l’échec de Seattle, est peut-être aussi celui de la démocratie (politique) internationale
(5). Il fait penser à une certaine régulation internationale
( comme par exemple le TPI).
Ce type de réaction laisse imaginer qu'une forme de démocratie planétaire est en marche, pour
le bien de l'humanité. |
 |
 |
| > Notes |
NOTE 1 :
Un politique ne devient un technocrate que s’il agit dans une logique et un cadre technocratique (en oubliant plus
ou moins son rôle).
NOTE 2
On a en mémoire le retard technologique de l’Allemagne de l’Est lors de le réunification allemande.
NOTE 3
Pour se documenter voir par exemple : l’excellent article sur l’OMC dans "Alternatives- Economiques"
n°176, les articles du Monde du 5 /12/99 (après l’échec de l’OMC du 3 décembre)
NOTE 4
Le raisonnement apparaît en filigrane dans son propos assez nuancé
NOTE 5
L’examen du processus de décision et de débat dans le cadre de l’OMC apporterait sans doute quelques
explications supplémentaires à cet « échec ». |
 |
 |
| > Les lecteurs ont la parole_! |
| Vous pouvez nous écrire, engagez vous dans le débat...
Vous pouvez nous écrire. N'oubliez pas de de préciser à quel article vous faites
référence. |
 |
..
|
| FENETRE SUR LE MONDE |
| >Article |
 |
|