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..FENETRE SUR LE MONDE..
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Japon : entre tradition et modernité ...
..Alexis Fricker
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> Shinto...
..Toutes les nations du monde possèdent leurs propres croyances et retrouvent dans ces pratiques des valeurs essentielles de la vie sociale et spirituelle : citons les pays musulmans pour lesquels le culte du prophète Mahomet est primordial cinq fois par jour, les régions de confession chrétienne où la messe dominicale permet de se rapprocher du Seigneur afin de trouver paix et sérénité, …
Les exemples ne manquent pas. Mais que dire du Japon , deuxième puissance mondiale, qui voue un attachement extrême au shintoïsme, véritable religion d'Etat ? Comment concevoir un tel lien du peuple nippon à ce culte animiste dont le nom barbare nous est à peine connu et nous incite à une certaine réserve ?
En réalité, le shintoïsme existe depuis la nuit des temps et fait partie intégrante de la culture et de l'histoire du Japon ; le simple chiffre de 120 millions de fidèles sur 126 millions d'habitants suffit à constater l'ampleur du phénomène. La première caractéristique du shintoïsme est la déification de tout élément naturel : ainsi le soleil , le ciel, la terre, le feu , la lune, l'orage, … sont-ils des divinités, ou kamis, vénérées par les classes sociales aidées et concernées par leur « saint-patron ». C'est la déesse du soleil, Amaterasu Omikami, qui commande les huit cents myriades divines et à qui appartient la décision d'intégrer de grands personnages dans le panthéon, tels tous les empereurs défunts ou l'actuel empereur Akihito.
Sur ce plan-là, il est certes vrai qu'un parallèle peut être établi avec le catholicisme qui prie aussi ses saints, dont chacun joue un rôle bien précis dans l'existence spirituelle des fidèles ; cependant, ce sont les pratiques qui divergent considérablement, et pour cause : il faut honorer le kami pour éviter son incommensurable colère et pouvoir se laver de ses impuretés par l'ablution de la bouche, des mains, nu sous une chute d'eau ( avouons que ceci n'est plus guère pratiqué de nos jours !). En effet, puretés physique et spirituelle sont primordiales pour entretenir des relations avec les kamis et mener ensuite une vie honorable : ainsi les affaires commerciales et financières dépendent en majeure partie de l'influence des divinités qui décident ou non de porter chance à l'entreprise. Le monde politique fut lui aussi un temps sous le joug du shintoïsme notamment par le développement d'un nationalisme accru lors de la période Meiji à partir de 1868 et ce jusqu'en 1945 : empêcher l'avancée du « péril blanc » était le but premier de tout bon Japonais. Mais outre ces distinctions raciales qui l'ont caractérisée, l'ère Meiji symbolise l'ouverture au monde d'un Japon resté trop longtemps fermé et replié sur lui-même ; et le shintoïsme y est pour beaucoup ! Il véhicule l'image du respect mutuel, de la hiérarchie, de la discipline, d'une société conformiste qui a su évoluer en y puisant ses concepts : s'ensuivirent l'ouverture au monde occidental, l'industrialisation du pays, des réformes politiques et fiscales, et une forte influence sur la constitution.
Toutefois, soyons réalistes : les croyances changent, la puissance du Japon n'est pas le résultat des rapports célestes Lune-Soleil ou encore Montagne-Orage ; si tant est que certains y attachent encore une importance minime, le Japon doit son leadership mondial à une organisation et une stratégie économique efficace basée sur les produits de consommation à forte valeur ajoutée. On verrait mal les investisseurs consulter les oracles avant des placements financiers ou bien les kamis faire fluctuer l'indice Nikkéi !
C'est dans le domaine social que le shintoïsme trouve une place cruciale et déterminante ; modèle libéral dépourvu d'assistance sociale, le Japon est le théâtre de revendications ouvrières et étudiantes : les syndicats restant inactifs, la religion accueille les protestataires qui éprouvent alors à la fois soulagement et espérance. Seule limite à ceci : l'essor des sectes, « nouvelles religions » qui mènent ce combat et drainent un nombre inquiétant d'adeptes : 16 millions pour Sokka Gakkaï, 7 millions pour Richokoseikaï, 1 million pour Aum Shinrikyo. Les croyances populaires sont également teintées de taoïsme, confucianisme et bouddhisme et une seule certitude existe : le XXIè siècle japonais sera bien religieux mais gare aux fanatismes (le triste souvenir de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 est encore présent dans tous les esprits) !
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