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| >En visite historique au Parlement européen, le président Abdelaziz
Bouteflika s'affirme comme le maître d'oeuvre d'une coopération renforcée entre Bruxelles et
Alger. Aux dépens de certaines valeurs européennes et peut-être des Algériens eux-mêmes. |
| Abdelaziz Bouteflika fait sans doute partie de ces hommes que seul le recul de l'histoire pourra nous permettre
de cerner. Costume gris, cravate sombre, teint fatigué, c'est un homme visiblement éprouvé
qui s'est présenté devant les parlementaires européens, quelques jours seulement après
qu'un nouveau tremblement de terre ait frappé un peu plus au cour l'Algérie. Une secousse sismique
qui, aux 100.000 victimes « officielles » qui hantent le pays depuis 1991, aura ajouté 2.200
morts, plus de 10.000 blessés et jeté à la rue 150.000 personnes. Et si les secours auront
été mieux acheminés que lors des inondations de Bab El-Oued, en novembre 2001, c'est, une
fois encore, un pouvoir civil désorganisé qui est montré du doigt par la population. A Boumerdes,
plus particulièrement, c'est par des jets de pierre que les sinistrés auront accueilli leur président.
Au cour de la polémique, outre la fatigue psychologique des années de guerre, une simple question,
lourde de sous-entendus : pourquoi une dizaine d'immeubles récents se sont-ils effondrés comme un
château de cartes, alors que les bâtiments coloniaux, pourtant bien plus anciens et non soumis aux
normes sismiques modernes, sont-ils restés debout ? Et si Abdelaziz Bouteflika répond qu'il ordonnera
une enquête en responsabilité(s), peu de personnes croient en un aboutissement sérieux du travail
des inspecteurs. Un sentiment confirmé par le journal Algeria-interface, selon lequel « un profond
doute traverse l'opinion publique et l'opposition politique pour qui, en général, les grandes affaires
finissent toujours aux oubliettes ». Alors, en attendant, les Algériens comptent sur l'aide internationale
et européenne. Une aide que ne refusera pas l'hôte d'Alger devant les eurodéputés :
« Je pêcherais par orgueil si je vous disais que l'Etat algérien pouvait faire face tout seul
au terrorisme, aux inondations et aux tremblements de terre. Oui, nous avons besoin d'aide ». |
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| >Se taire ou mourir |
| Mais là encore, sur sa destination, nombreux sont ceux qui s'interrogent.
Mohand Chelli, délégué du mouvement des Aarchs et du Collectif alsacien de solidarité
avec la Kabylie, déplore que les médicaments qu'ils compte acheminer vers son pays ne puissent transiter
autrement que par le Croissant rouge algérien, « une structure satellite du pouvoir, seule organisation
habilitée par Alger à distribuer l'aide aux victimes », sans garantie aucune que vivres et
médicaments iront aux sinistrés. Alors le comité fait avec les moyens du bord, contourne l'obstacle
et noue un partenariat avec le Secours populaire.. plus sûr. Car, pour l'instant, « de nombreux appels
nous apprennent que la distribution est entravée par les autorisées locales. Cette information est
confirmée tous les jours par des témoignages émanant d'Algérie, sur les ondes des radios
parisiennes et par la presse algérienne », s'indigne Mohand. Une situation qu'aura oublié de
mentionner Abdelaziz Bouteflika devant le Parlement européen. Mais est-ce si grave que cela ? La France
ne fête t-elle pas l'année de l'Algérie ? L'heure est à l'émotion des retrouvailles
entre Paris et Alger. A celles des présentations entre le pouvoir algérien et les eurodéputés.
L'événement est historique. N'est-ce pas la première fois qu'un dirigeant est invité
à s'exprimer dans l'enceinte strasbourgeoise ? Une lune de miel qui indigne Samir et Nacer(1), anciens gardes
communaux, qui ont fui cette Algérie qu'ils aimaient tant. Les autorités algériennes pourront
ironiser sur cet attachement patriotique. On ne quitte pas un pays auquel on est attaché. Mais que dire
lorsque qu'un garde communal, après avoir dénoncé un peu trop ouvertement une dérive
des services de la gendarmerie algérienne, se retrouve nez à nez avec des hommes armés et
cagoulés, qui lui laissent le choix entre se taire ou mourir. |
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| >« Citez moi un seul journaliste poursuivi sous mon mandat » |
| Que penser lorsque Abdelaziz Bouteflika, qui prône, devant le Parlement
de Strasbourg, le respect des droits de l'homme et de la démocratie, botte en touche lorsqu'on l'interroge
sur les interpellations d'opposants berbères ? L'homme est indéniablement habile. Si l'on n'y prêtait
pas attention, on pourrait presque se persuader que son discours reflète la réalité du terrain.
Que les droits civils y sont à nouveau respectés, surtout quand il met au défi la presse européenne
de lui « citer un seul nom de journaliste ou de média poursuivi ou persécuté sous son
mandat ». Chiche, pari tenu : Ali Dilem, caricaturiste du quotidien Liberté, condamné par le
tribunal d'Alger à six mois de prison avec sursis et à une amende de 240 euros, suite à une
plainte du ministère de la Défense ; Hacène Bouras, correspondant du quotidien El Djazaïri,
frappé le 20 janvier dernier par deux fils de notables locaux. Il venait d'être condamné pour
avoir diffamé l'un d'eux ; Mohamed Benchicou, directeur du quotidien Le Matin, poursuivi, en décembre
2002, par le ministère de la défense pour avoir publié six chroniques du journaliste Sid Ahmed
Semiane, jugées diffamatoires ; Djamel Noun, caricaturiste du quotidien arabophone El Youm, disparu quelques
jours en août 2002, suite à des menaces proférées à son encontre par des employés
de ENTV, la télévision publique algérienne, puis soumis à une campagne de dénigrement,
le qualifiant de « terroriste » et le mettant sur le même plan que le chef du GIA, Antar Zouabri.
La liste n'est pas exhaustive. |
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| >Silence de Paris sur les attentats de 1995 |
| Mais on ferme les yeux. On se satisfait d'élections validées,
bien que boycottées. Paris joue la carte de l'amitié avec Alger même si, au travers d'une enquête
de deux ans menée par les journalistes Jean-Baptiste Rivoire et Romain Icard (2), tout indique que le pouvoir
algérien était le commanditaire des attentats de Paris, en 1995. Et lorsqu'on demande à Abdelaziz
Bouteflika ce qui l'empêche, en tant que défenseur de la « transparence » et de la «
démocratie », d'ouvrir une enquête interne sur la question, c'est avec calme qu'il répond
: « Puis-je vous demander de poser la même question au président français ? Ce qu'il
dira, je l'assumerai complètement et sans restriction aucune ». Les familles de victimes apprécieront
le sous-entendu. Oui, Paris savait et se tait. Mais est-ce vraiment nouveau ? |
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| >L'enjeu énergétique |
| Du passé, faisons table rase. Car la réalité des relations
euroméditerranéennes est empreinte d'un pragmatisme, sinon d'un cynisme, qui défie toute approche
humaniste de la question : l'Europe a au moins autant besoin de l'Algérie que l'Algérie de l'Europe.
Car si l'Union entend, d'ici 2030, rester un acteur majeur du commerce international, face à la Chine et
la zone d'accord de libre échange américain (Alena), elle ne pourra faire l'impasse sur de nouveaux
partenariats économiques et énergétiques, tant à sa périphérie est qu'avec
la rive sud de la Méditerranée, riche en gaz, en pétrole ou en main d'ouvre, nécessaire
pour palier le déficit démographique croissant des Vingt-cinq. Pat Cox, le président du Parlement
européen, l'a bien compris, lui qui, s'adressant à Abdelaziz Bouteflika, souligne que « l'Union
connaît une période de changements considérables ». Et d'ajouter que « ce nouveau
paysage est l'occasion de redéfinir nos relations avec nos voisins, de créer davantage d'interdépendance
avec eux ». Un souhait qui pourrait se traduire, au moins dans un premier temps par la mise en place d'une
assemblée interparlementaire euroméditerranéenne, sous la prochaine présidence italienne.
Une initiative bien évidemment saluée par le président Bouteflika, qui soutient plus que jamais
l'idée d'une « coopération privilégiée avec l'Europe, comme en témoigne
le pari lancé par l'Algérie en faisant de celle-ci son grand marché énergétique
». |
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