|
|
 |
| >Opéra ou non-opéra ? |
Samedi
21 septembre, en partenariat avec le Festival Musica, l'Opéra
National du Rhin donnait la création française d'Akhnaten de Philip
Glass. Cette œuvre fait partie de ce que l'on appelle la Trilogie
d'opéras portraits de Philip Glass avec Einstein on the Beach et Satyagraha.
L'opéra Akhnaten retrace l'histoire du pharaon Akhenaton, fils d'Aménophis III, qui régna
de 1365 à 1349 avant J.C. On lui attribue une réforme religieuse amorcée par son père.
Il décida de faire admettre par tous Aton, un des aspects du divin, en tant que l'Unique, le Père
du Globe solaire, source de vie et vers quoi tout remonte pour se confondre en lui. C'est à dire que certains
y voient la naissance du Dieu unique, réforme religieuse bouleversante. Il s'agit évidemment d'un
sujet passionnant pour un opéra, d'autant plus qu'Akhenaton a aussi réformé l'art : nous trouvons
dans l'Histoire de L'Egypte Antique des Editons du Rocher cette phrase concernant le règne d'Akhenaton :
" Le naturel dans l'art devint une constante autant dans l'expression
des corps que dans l'intimité des scènes familiales représentées." Ceci va mieux nous guider dans l'approche du théâtre musical de Philip
Glass. |
 |
 |
| >Une dramaturgie particulière : qui est vraiment Akhenaton? |
Le
livret nous raconte l'existence d'Akhenaton à partir de son accession au trône suite à la mort
de son père, puis son mariage avec Nefertiti, fidèle et solidaire compagne. Vient ensuite la réforme
religieuse qu'Akhenaton impose aux prêtres qui , bien évidemment, ne l'apprécient guère
et enfin, après plusieurs scènes de bonheur conjugal et familial, Akhenaton doit faire face aux attaques
des barbares et voit son empire s'écrouler. Mais on peut aussi reprocher à l'opéra et au livret
le fait que la psychologie du personnage Akhenaton, sa façon de voir le monde et ce qui le pousse à
réformer la religion de son empire ne sont pas abordés, c'est à dire que rien, aucune philosophie
ne sont clairement exprimés, comme si l'intérêt n'était pas là. |
 |
 |
| >L'intérêt dramatique... |
Il
nous faut nous dégager d'une approche volontaire et peut-être consciente d'un spectateur du XIXème
siècle pour aborder l'œuvre de Philip Glass. En effet, la musique répétitive, par son principe
minimaliste, fait évoluer son discours par des changements harmoniques et rythmiques soudains, car la puissance
du système tonale est effacée par la répétition. On se retrouve dans des harmonies
plus molles. Tout ceci dilue l'action, la rend plus lente et contemplative. Dans son excellent article présent
dans le guide préparé par l'Opéra du Rhin, Olivier Lussac cite Glass : " L'auditeur aura donc besoin d'une approche différente d'écoute, en
dehors des concepts traditionnels de recollection et d'anticipation. La musique doit être entendue comme
un événement sonore pur, un acte en dehors de n'importe quelle structure dramatique." Il semble qu'une partie du public ait été décontenancée
par la distanciation nécessaire entre le phénomène sonore d'une part et l'activité
visuelle, scénique et l'histoire présentes sur scène d'autre part. |
 |
 |
| >Et si Philip Glass n'avait retenu qu'une seule chose ? |
Et
si Philip Glass
n'avait retenu de toute la vie d'Akhénaton qu'une seule chose : " l'expression
des corps" et "l'intimité
des scènes familiales". En effet, plusieurs scènes
très touchantes ont été applaudies, comme la scène des "fenêtres d'apparition"
avec Akhénaton, sa mère et son épouse, ou le bain nuptial ou encore la scène familiale
du dernier acte. Elles baignent toutes dans une ambiance douce et heureuse. Il faut dire que la musique de Philip
Glass s'applique particulièrement bien à ces moments tendres et délicats. La mise en scène
a su, par son contraste dynamique, compenser "l'extase" musicale que peut donner la musique de Glass.
Les nombreux mouvements de danse l'ont beaucoup aidée.
Ainsi, dans cette esthétique du détachement du spectateur, qui pourrait être discutée
sur le plan du narcissisme du spectateur – Phlip Glass flatte-t-il trop son public par un discours simpliste ?-,
Philip Glass nous donne un nouvel opéra. La prestation des chanteurs, de l'orchestre et de son chef ont
été salué par le public. Mais une partie non négligeable du public n'a pas su trouver
ses marques à l'écoute de cette œuvre. Justement, pour apprécier la musique parfois de transe
de Philip Glass,
doit-on "rentrer dedans",
et si oui, que doit-on faire pour y rester ? |
 |
.
|
|