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| >L'invité d'honneur du festival Musica... |
Alors
que le festival Musica de Strasbourg vient à peine de commencer, quatre œuvres du Britannique Jonathan Harvey (né en 1939)
ont déjà été exécutées : la première française de White as Jasmine pour soprano
et orchestre, et Mortuos plango, vivos voco pour bande magnétique lors du concert d'ouverture, le 20 septembre,
puis Correspondances pour soprano et piano et la création mondiale de Chu pour soprano, clarinette et violoncelle
par l'ensemble Accroche Note, le lendemain.
A l'écoute de cette musique de l'invité d'honneur du festival, on est frappé par la profonde
spiritualité qui la marque. Non pas une religiosité tributaire d'un catholicisme clairement revendiqué
comme chez Messiaen (qui le côtoyait dans le concert d'ouverture avec sa dernière œuvre, Eclairs sur
l'au-delà), mais plus intime. Si White as Jasmine et Chu se réfèrent plus ou moins explicitement à l'hindouisme ou au bouddhisme,
Mortuos plango, vivos voco porte des matériaux très personnels et chers au compositeur. En effet,
il s'agit d'enregistrements de la cloche de Winchester et de la voix de son fils, choriste dans cette cathédrale,
deux objets précieux que le compositeur avait emmenés avec lui lors de son premier séjour
à l'IRCAM, et qu'il a retraités par le biais de l'informatique.
Il faut dire que le compositeur a toujours vécu dans une ambiance austère, il était souvent
solitaire, faisant de longues promenades nocturnes ou se laissant enfermer la nuit dans l'église du Saint
Michael's College de Tenbury, petite école chorale qui enseignait la musique d'église aux jeunes
garçons (l'équivalent de nos anciennes maîtrises) où il était interne dès
l'âge de 9 ans, étudie les manuscrits de la bibliothèque ou improvise au piano pendant de longues
heures. Cette situation est évidemment propice à développer la méditation et la réflexion
chez le jeune compositeur. Toutefois, bien qu'impressionné par les cérémonials de l'Eglise
anglicane, il ne devient pas un fervent pratiquant (contrairement à Messiaen), mais considère la
religion d'un point de vue philosophique et rationaliste.
En 1957, à l'âge de 18 ans, il rentre à l'Université de Cambridge, et se plonge dans
les écrits mystiques de Saint-Jean de la Croix, le conduisant au-delà du cadre chrétien de
son enfance, vers une conscience plus générale et hétérodoxe, plus en rapport avec
les religions orientales. En 1966, la rencontre avec Stockhausen à Darmstadt se révèle capitale
:il découvre la musique comme une sonorité physique, qu'il peut sentir et manipuler entre ses doigts
dans les studios électroniques, à l'intérieur de laquelle il peut pénétrer.
Il reste un modèle fascinant de rapprochement entre le rationnel, le scientifique, le mystique, l'intuitif
et le chaotique. Dès lors, commence à se développer l'idée de méditation transcendantale,
renforcée et pratiquée suite à la découverte vers 1972 des écrits de Rudolf
Steiner, faisant ressortir la nature spirituelle de tout ce qui entourait le compositeur, donnant un regard particulier
sur les choses ordinaires de la vie (les gens, les objets, la nature, les minéraux, les végétaux,
les animaux, etc.). Ainsi, petit à petit, le compositeur glisse vers le bouddhisme.
Ricercare una melodia (rechercher une mélodie) évoque une recherche perpétuelle dans le stylée
la fugue, mais on peut y voir aussi une idée plus spirituelle, la recherche de soi. Le Quatuor à
cordes n 3 montre une mélodie innocente qui se développe peu à peu et « grandit en sagesse
par l'ornementation, le rayonnement des doublures, ou en développant ses segments (…) et en absorbant violemment
les explosions d'énergie et d'émotion » (Harvey). Death of light, light of death (mort de la
lumière, lumière de la mort) s'inspire du Retable d'Issenheim de Grünewald, tandis que Wheel
of emptiness (la roue du vide) se propose de réconcilier une musique fluide à des objets séparés
et discrets, en suggérant l'idée de vacuité, très importante dans la religion bouddhiste.
Les œuvres chorales du concert du 1er octobre avec l'ensemble vocal les jeunes solistes nous rappelle l'univers
de la jeunesse d'Harvey, lorsqu'il était dans les chœurs du Saint Michael's College de Tenbury, et que son
fils fut à son tour petit chanteur à la cathédrale de Winchester :comme son titre le laisse
entendre, Marahi est un hymne à la Vierge Marie mais aussi et en même temps à la déesse
bouddhique Vahari ; tandis que la Missa Brevis (à ne pas confondre avec celle de Ferneyhough dans le même
concert) est beaucoup plus classique et adaptée à un usage liturgique. Curve with plateaux décrit
la personne humaine avec ses qualités physiques, passionnelles, émotionnelles et intellectuelles,
avant d'atteindre le niveau de la transcendance spirituelle, puis la déchéance de la vieillesse et
enfin la mort. Enfin, Madonna of winter and Spring (la madone de l'hiver et du printemps), nouvel hommage à
la Vierge, dépeint « la douce et bienfaisante influence [de cette dernière] sur les forces
brutales, autoritaires ou découragées » (Harvey).
D'autres œuvres du compositeur sont également programmées au cours du festival Musica. Ce ne sont
pas moins de 22 pièces dont 5 premières françaises et une création mondiale, qui sont
programmées cette année. Elles font appel aux effectifs les plus diversifiés depuis le solo
jusqu'à l'orchestre en passant par les formations de chambre traditionnelles (quatuor à cordes) ou
plus inhabituelles. Les nouvelles technologies occupent aussi une place de choix, puisque Harvey a beaucoup travaillé
dans des studios de musique électronique, et qu'elles aident de manière efficace à affirmer
sa spiritualité.
Œuvres d'Harvey jouées à Musica :
— Vendredi 20 septembre, 20H, PMC, salle Erasme : White as Jasmine*, Mortuos plango, vivo voco, avec Anu Komsi (soprano)
et l'orchestre symphonique du SWR de Baden-Baden et Freiburg, dirigé par Sylvain Cambreling.
— Samedi 21 septembre,
17H, auditorium de France 3 Alsace : Correspondances, Chu‡, avec l'ensemble Accroche Note.
— Mercredi 25 septembre, 20H, Palais des fêtes : Ricercare una melodia, par l'ensemble Les temps modernes
dirigé par Fabrice Pierre.
— Jeudi 26 septembre,
20H, Eglise Sainte Aurélie : Quatuors à cordes n 2 et 3, par le Quatuor Arditti.
— Samedi 28 septembre,
18H, auditorium de France 3 Alsace : Death of light, light of death, Wheel of emptiness par l'ensemble Ictus dirigé
par Georges-Elie Octors.
— Mardi 1er octobre,
20H, Eglise Saint-Pierre le Jeune : Marahi, How could the soul not take flight, Sweet/winter heart, Dum transisset
sabbatul, Missa Brevis, par l'ensemble vocal Les jeunes solistes, dirigé par Rachid Safir.
— Mercredi 2 octobre,
18H, Palais du Rhin : Curve with plateaux, dans le récital de violoncelle d'Arne Deforce.
— Mercredi 2 octobre,
18H, Palais des fêtes : Persephone Dream, avec l'orchestre philharmonique de Strasbourg, dirigé par
Jan Latham-Kœnig.
— Jeudi 3 octobre,
18H, Palais du Rhin : Vers, Tombeau de Messiaen, Flight-Elegy*, Piano trio, par le trio Fibonacci.
— Vendredi 4 octobre,
18H, auditorium de France 3 Alsace : Hidden Voice* par l'ensemble Linea dirigé par Jean-Philippe Wurtz.
— Vendredi 4 octobre,
20H, Palais des fêtes : Madona of winter and spring*, par l'orchestre philharmonique de Radio-France, dirigé
par Pierre-André Valade.
* première française ‡ création mondiale
Emissions radio et conférences :
— Dimanche 22 septembre, 14H30, TNS : Cordes sensibles, présenté par Jean-Michel Damian et rediffusé
le 28 septembre à 15H30 sur France-Musiques. |
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