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| >L'école américaine... |
Le
public de Musica
a eu l'occasion d'assister à la première Française d'Akhnaten de l'Américain Philip Glass et aux Three Tales
(trois contes) créé en mai dernier à Vienne de son compatriote Steve Reich. Si l'on qualifie assez
facilement ces deux œuvres par le terme « opéra », il convient alors de revoir et d'élargir
la définition du mot. Car les principes techniques et esthétiques des deux compositeurs vont à
l'encontre du genre traditionnel.
Dans Akhnaten, la
musique se réduit à des arpèges tonals, qui se contentent de respecter les schémas
harmoniques de la musique classique, parfois plus vite, parfois plus lents. Pas de travail mélodique, rythmique
ou motivique, mais seulement ces sempiternels arpèges au profil invariant, et aux carrures harmoniques invariantes.
Le minimalisme de Glass échoue parce qu'il se contente de minimiser les caractéristiques de la musique
classique, mais sans aller jusqu'au bout. En effet, le fait d'avoir plusieurs harmonies, même si elles se
répètent inlassablement (sauf pour l'auditeur, qui s'ennuie très vite), vient gâcher
à la fois son intérêt dramaturgique et fonctionnel, sans apporter les avantages de la répétition,
à savoir, la tension exacerbée, voire incantatoire, qui tiendrait éveillée l'attention
de l'auditeur jusqu'au bout, ce que Reich a su exploiter à merveille.
Aucune dramaturgie donc dans la musique de Glass ; il en va de même dans le livret dont il est aussi lui
l'auteur. Il s'agissait de dépeindre le règne du pharaon Akhenaton, comment il prit le pouvoir, instaura
le monothéisme en Egypte, et fut finalement déchu. Malheureusement, les quelques répliques
des personnages sont répétées inlassablement et ne contribuent en rien à développer
l'intrigue. Il n'y a pas d'action, mais seulement quelques tableaux figés. Pour qui ne connaît pas
Akhenaton, ni la musique, ni le livret, ni la mise en scène ne peuvent être guide. Akhnaten est désespérément
vide, creux, et assume très mal son minimalisme, d'autant plus que nous sommes ici dans un contexte d'opéra
avec un sujet dramatique par excellence.
Si l'opéra traditionnel semble très mal s'accommoder des principes de l'école américaine,
Reich revisite le genre, ce que confirme le sous-titre « opéra-vidéo ». Spectacle multimédias,
il rompt avec les structures traditionnelles de l'opéra pour apporter sa propre dramaturgie, celle des «
contes » racontés. Il s'agit en fait de trois événements du XXe siècle : Hindenburg
dépeint l'écrasement du zeppelin allemand sur New Jersey en 1937, Bikini raconte les essais atomiques
sur l'atoll du même nom, tandis que Dolly nous montre la brebis clonée en 1997 et relate les aboutissements
de la recherche génétique et de la robotique. Dans les trois cas, la vidéaste Beryl Korot
a utilisé des images d'archives, des photos, des interviews télévisées, qu'elle a retravaillées
et restaurées à l'ordinateur, pour les adapter à un support vidéo et les faire projeter
sur grand écran.
Les principes de la musique répétitive servent admirablement le projet dramatique de chacun des trois
contes. Dans les deux premiers, il s'agit de gérer une croissance de tension (notamment le compte à
rebours de la bombe atomique) jusqu'à la catastrophe finale (le crash du dirigeable, l'explosion de la bombe),
avec tout ce qu'elle comporte d'angoisse. Reich crée de petits motifs mélodique-rythmiques qui reviennent
inexorablement et ne se transforment que très progressivement, comme pour montrer que les événements
qui vont arriver sont fatals et impossibles à empêcher. Le troisième conte décrit la
fascination de la technologie, mais aussi toutes les questions éthiques liées aux progrès
scientifiques.
Le projet de Reich et Korot assume pleinement le minimalisme, et sait en retirer tout ce qui peut lui servir. Plutôt
de d'essayer de raconter une histoire dramatique avec les moyens traditionnels de l'opéra mal conciliés
avec la répétitivité, les deux auteurs choisissent des moments essentiels, et suffisamment
forts pour se suffire à eux-mêmes sans nécessiter de quelque préalable que ce soit.
Les motifs rythmiques du compositeur portent un dynamisme autosuffisant, des accords consonants, tonals, mais sans
se référer aux lois de l'harmonie classique, et une évolution progressive et linéaire,
inexorable, ce qui donne à la musique une efficacité particulière. Si les moyens instrumentaux
sont assez réduits, Reich se soucie néanmoins de donner des couleurs sonores attrayantes avec notamment
les percussions à clavier (marimbas, et vibraphones notamment).
Si Akhnaten se révèle décevant parce que le compositeur cherche à imposer le minimalisme
à des genres et des principes musicaux anciens et qui ne sont pas du tout adaptés à cela,
Three tales constitue en revanche un chef-œuvre de l'école répétitive, car Reich a su créer
le contexte dramaturgique idéal par le choix des situations et un souci du travail de détails et
de prise en compte des capacités de perception du spectateur-auditeur. |
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