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| >Une musique envoûtante... |
La musique de Steve Reich
est fascinante, envoûtante. Elle cherche à subjuguer et à libérer l'imagination de l'auditeur,
en créant une atmosphère anti-intellectuelle. Elle est simple, facile à percevoir, et se présente
sous la forme de processus sonores très longs, et élaborés selon de courtes cellules mélodique-rythmiques
sans cesse réitérées, non pas de manière rigide mais avec d'infimes variations et décalages
de phases. Ainsi, le compositeur s'inscrit dans un courant que l'on qualifie par les termes « répétitif
» ou « minimaliste ». En effet, cette persistance obstinée du matériau limite l'univers
sonore à une extrême économie des moyens exploités. De la sorte, la musique évolue
de manière graduelle (pas de pause, pas de rupture, comme si on avait tué le temps), le processus
de composition et le son deviennent une seule et même chose. Car, en superposant un motif à lui-même
et en les déphasant progressivement, les accords commencent à se briser, et se décomposent
en mélodies : on a donc « la même chose toujours autrement », dit Reich en citant Webern,
tout en restant cependant attaché à une tonalité ou une modalité très élargie,
par souci de rendre la structure audible.
L'œuvre de Reich se situe à la croisée de nombreuses musiques, qui n'ont souvent aucun rapport les
une avec les autres. Cependant, elles sont toutes assimilées et intégrées en un style personnel
et particulier qui séduit l'oreille, et attire l'attention. Elle rappelle quelque chose de familier, mais
n'est pas vraiment ce quelque chose en tant que tel. Ainsi, s'opposant à Cage ou à la musique sérielle,
il cherche à valoriser les principes de résonance et de perception humaine qu'il considère
comme des données de la vie.
La tradition européenne ne marque pas beaucoup le compositeur, les seules références étant
Debussy, Ravel (le Boléro n'est-il pas une forme de minimalisme et de répétitivité
?), Satie, Stravinsky, Bartók, Weil, ainsi que Pérotin et la musique médiévale. En
fait, il y a surtout le jazz (John Coltrane, ou encore le be-bop de Miles Davis et Kenny Clarke), qui va l'ouvrir
aux musiques du monde, au gamelan de Bali, aux tambourinages d'Afrique de l'Ouest, et encore chants hébraïques.
Il ne s'agit pas d'imiter des sonorités en introduisant des instruments extra-occidentaux, ce qui ne serait
que de la décoration pure. En revanche, s'il ne reproduit pas ces moyens sonores, il en réutilise
les principes structurels. Enfin, Reich utilise les nouvelles technologies, pour enregistrer des sons concrets
de la vie quotidienne et les intégrer dans un morceau instrumental ou vocal, à l'aide du sampler
et du séquenceur pour les disperser sur les entrées de sa table multipistes. N'oublions pas non plus
le multimédia, avec les projections vidéos de documentaires et de films.
Il en résulte une musique colorée tout en restant structurée, efficace par l'économie
des moyens (mélodiques ou harmoniques) ou sa légèreté rythmique, tandis que les principes
répétitifs ne se limitent pas aux boucles sur magnétophones mais émergent de traditions
musicales où elles avaient un pouvoir de transe. D'où cette impression d'être entre deux mondes,
cette sensation de familiarité, mais qui ne se laisse pas cependant cerner réellement. C'est cette
confrontation de l'ici et de l'ailleurs, du présent et du passé (réactualisé), qui
confère à l'œuvre de Reich son pouvoir d'euphorie et de fascination énigmatique, hypnotique.
Œuvres jouées à Musica :
— 24 septembre, 20 heures, à l'Illiade
: Fase — Four mouvements of the music of Steve Reich,
4e partie du film : Clapping Music (dans le cadre de la Résidence Thierry de Mey au CNR de Strasbourg).
— 27 septembre, 20H30, Festspielhaus de Baden-Baden : Three Tales, opéra vidéo de Steve Reich et Beryl
Korot.
(Musica assure des voyages en bus, départ 18H15, Palais de la musique et des Congrès, côté
Wacken, réservation obligatoire avant le 26 septembre
par téléphone au +33(0)3.88.23.47.23 ou
par e-mail à billeterie@festival-musica.org).
— 2 octobre, 22H30, auditorium de France 3 Alsace : Loops, un portrait de Steve Reich (avec Violon Phase, Phase Patterns,
Electric Counterpoint, Nagoya Marimba, New York Counterpoint, Four Organs, Clapping Music).
A propos de Three Tales, on peut consulter une interview en anglais des auteurs sur le site |
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