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11 juillet 2000
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| > Dans les magazines |
Nous vivons en pleine frénésie du corps, et nos médias
font périodiquement leurs gros titres et leurs choux gras, de cette frénésie. QUELLE SILHOUETTE AUREZ-VOUS CET ETE ? Interpellent
les magazines féminins dès Carnaval - sans parler des mâles injonctions des récents «
abdomadaires » pour hommes...
LE JOURNAL DE MON CORPS, titre un magazine
pour jeunes filles - avec la couverture qui va avec... Le corps est devenu une religion, un mode
de vie sacralisé - et son entretien une raison de vivre ... Notre société occidentale s'adonne
à une véritable exaltation mythique du corps, à une sacralisation païenne et mercantile du corps ferme
et sain qui nous tient lieu de religion
superficielle. Cette religion épidermique
succède au culte de l'âme - dont elle hérite la fonction idéologique. Voilà quarante
ans (un siècle ?), les Californiens proclamaient le règne du corps, de la nature, de la spontanéité,
de la fête. A la suite du mouvement hygiéniste du siècle précédent, la vague
des thérapies psychocorporelles déferla sur les Etats Unis avant de se propager sur le vieux continent.
Le corps était devenu la seule valeur sûre, immédiate, palpable,
quotidienne et lisible au sein d'une humanité conditionnée par tout un système érotico-publicitaire
- et rendue étrangère à elle-même : immergés en pleine mystique du corps,
devenu le signifiant majeur de « l'essence positive » de l'homme, notre droit au plaisir est désormais
le devoir de l'éprouver selon les canons d'un nouveau conformisme...
Il y a un siècle, la psychanalyse
a ouvert l'accès à la parole,
au discours. Désormais, observait le Dr
Richard Meyer, psychiatre à Strasbourg (1),
l'accès au corps est un acquis fondamental
de notre
époque... Le top model, constatait
Tony Anatrella, un autre psychiatre au chevet de notre surmodernité convulsive, a pris le relais
du maître à penser : quand on ne sait plus penser, on présente son corps... Le corps surérotisé
exulte et s'exhibe partout, musclé, huilé, tout nu et tout bronzé - il s'épuise à
s'alléger, à se transformer en sculpture vivante et inaltérable, à
se façonner et se refaçonner pour approcher la perfection - et buter finalement sur sa réalité
irréductible - et sur cette non moins irréductible difficulté : celle de communiquer avec autrui....
Cette quête du corps sain et exultant, ces tentatives successives et désespérées
(aerobic, fitness, body building et autres body attack ou body combat...) pour faire tenir le corps.
Mais cette contrainte par corps, ne révèleraient-t'elle pas en définitive, que le désir
éperdu de faire
corps avec l'Autre ?
(1) Richard Meyer, Le corps aussi, Maloine, 1982. |
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