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Nos belles différences…
..David Zurmely
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7 mai 2003

Les journées ensoleillées de l'Inde nous brûlent la peau, alors que les nuits y sont d'une noirceur opaque. De même, Auroville, ni blanche ni noire, affiche ses différences et ses particularités dans un pays où les contradictions sont presque élevées au rang de normalité. Petit panorama d'une ville aux mille contrastes…

Les enfants d'Auroville,
un joli mélange de couleurs.

Quand on est blanc, on est motorisé...

Pour l'Occidental en mal de pauvreté, pour le Blanc qui cherche à tout prix le spectacle de la misère et de l'exploitation, le plus frappant est bien sûr le fossé qui sépare les villages indiens de la "cité idéale". Le néocolonialisme, comme l'appellent certains. Car ici, la vie est très peu chère, ce qui profite évidemment aux Européens.

Du coup, on a d'un côté des maisons très basses recouvertes d'un toit en kit (feuilles de palmier tressées) devant lesquelles court la marmaille et travaillent surtout les femmes ; et de l'autre Auroville, avec ses architectures multiples, l'eau courante, l'électricité, le ventilateur, la télévision, le téléphone, parfois Internet. Tout ça dans des maisons en briques, en béton, avec un ou deux étages, avec un ou deux domestiques…


Si l'habitat d'Auroville varie entre la cabane en feuilles de palmes et la villa avec piscine, c'est souvent l'existence de domestiques qui choque le plus. Car l'habitat urbain en Inde ne diffère pas beaucoup de celui d'Auroville (si ce n'est l'architecture) et l'objectif ici est bien de construire une ville. Mais les domestiques ! Cependant, il faut se rendre à l'évidence, qu'ils soient au service d'un Blanc ou d'un Indien, les domestiques (jardiniers, cuisiniers, employés de maison,…) font partie d'une hiérarchie sociale ancrée depuis longtemps dans le pays, et qui assure l'emploi. Et ici, on préfère travailler pour un Aurovillien que pour un Indien. D'une part, pour le salaire plus élevé que la moyenne, ensuite pour les conditions de travail. Bien sûr, comme partout (y compris en France), il y a les abus, les exceptions. Et tout le monde ne choisit pas d'avoir un domestique chez soi.


Mais les contrastes les plus importants sont ailleurs à Auroville. Certes il y a les contrastes entre l'Inde traditionnelle et la modernité occidentale de la cité, entre les Indiens qui ramassent le bois et qu'on croise portant leurs fagots sur la tête, et le 4x4 flambant neuf de quelque riche Aurovillien. Entre l'Indien employé et le Blanc employeur. Mais là encore, il s'agit bien souvent du cliché qui marque le touriste qui ne fait que passer. Car Aurovillien ne signifie pas Blanc ni riche : nombre d'Aurovilliens n'ont pas de revenus de leur pays d'origine (certains possèdent un appartement dont la location rapporte une somme non négligeable) et vivent avec les 3500 roupies (70 euros) que leur verse Auroville chaque mois. Non vraiment, les contrastes importants sont ailleurs.
Rapidement, on se rend compte de la diversité des langues, des cultures et des peuples. "Noirs" (les Indiens du Sud ont la peau très foncée) et Blancs se mélangent joyeusement partout… et les jeunes générations nous offrent une palette de couleurs qui reflète la réussite du mélange ! Non seulement du mélange de gènes, mais aussi de langues. Car ici le contraste linguistique des parents tend à s'estomper chez les enfants qui intègrent, très jeunes, trois ou quatre langues. Plutôt surprenant de voir un petit garçon parler tantôt français, puis anglais pour finir par jouer en tamoul avec ses copains ! Tout aussi amusant de voir le Bharata Natyam (danse classique indienne) et le Flamenco faire l'admiration de ce public international. Intrigante, également, cette cohabitation des Védas et du Seigneur des Anneaux, des Tontons Flingueurs et du cinéma de Madras.


Enfin, il y a ce contraste étonnant entre désert et végétation. Dans l'histoire d'Auroville, construite sur un plateau désertique où ont été plantés près de 2 millions d'arbres en 35 ans, mais aussi dans le paysage actuel. Entre la Green Belt (ceinture de végétation créée par les habitants), et les terres de sable rouge des villages alentours. Petit à petit, Auroville reconstruit, avec l'aide des villageois des environs, l'écosystème de la région.

A vrai dire, le contraste le plus frappant, et le plus choquant certainement, ne se situe pas entre Auroville et l'Inde car la cité s'intègre avec respect, ni même à Auroville où les nouvelles générations harmonisent les différences de leurs aînés. Le vrai contraste se situe plutôt entre un monde qui se scinde une fois de plus en deux blocs belliqueux, un Occident et un Orient qui se referment sur eux-mêmes, persuadés de la supériorité de leurs acquis, et une cité, certes encore petite, où chacun essaie de faire grandir la tolérance et où des hommes et des femmes de toutes nationalités essaient de bâtir une "unité dans la diversité" qui surpasse et dépasse les concepts idéologiques qui divisent notre monde. Une cité où le contraste entre idéal et réalité, même s'il est très fort, s'estompe grâce aux efforts de chacun pour atteindre les buts que la communauté s'est fixé.
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