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7 mai 2003
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| Les journées ensoleillées de l'Inde nous brûlent la peau,
alors que les nuits y sont d'une noirceur opaque. De même, Auroville, ni blanche ni noire, affiche ses différences
et ses particularités dans un pays où les contradictions sont presque élevées au rang
de normalité. Petit panorama d'une ville aux mille contrastes… |
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Les enfants d'Auroville,
un joli mélange de couleurs.
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Quand on est blanc, on est motorisé...
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Pour l'Occidental en mal de pauvreté, pour le Blanc qui
cherche à tout prix le spectacle de la misère et de l'exploitation, le plus frappant est bien sûr
le fossé qui sépare les villages indiens de la "cité idéale".
Le néocolonialisme, comme l'appellent certains. Car ici, la vie est très peu chère, ce qui
profite évidemment aux Européens.
Du coup, on a d'un côté des maisons très basses recouvertes d'un toit en kit (feuilles de palmier
tressées) devant lesquelles court la marmaille et travaillent surtout les femmes ; et de l'autre Auroville,
avec ses architectures multiples, l'eau courante, l'électricité, le ventilateur, la télévision,
le téléphone, parfois Internet. Tout ça dans des maisons en briques, en béton, avec
un ou deux étages, avec un ou deux domestiques…
Si l'habitat d'Auroville varie entre la cabane en feuilles de palmes et la villa avec piscine, c'est souvent l'existence
de domestiques qui choque le plus. Car l'habitat urbain en Inde ne diffère pas beaucoup de celui d'Auroville
(si ce n'est l'architecture) et l'objectif ici est bien de construire une ville. Mais les domestiques ! Cependant,
il faut se rendre à l'évidence, qu'ils soient au service d'un Blanc ou d'un Indien, les domestiques
(jardiniers, cuisiniers, employés de maison,…) font partie d'une hiérarchie sociale ancrée
depuis longtemps dans le pays, et qui assure l'emploi. Et ici, on préfère travailler pour un Aurovillien
que pour un Indien. D'une part, pour le salaire plus élevé que la moyenne, ensuite pour les conditions
de travail. Bien sûr, comme partout (y compris en France), il y a les abus, les exceptions. Et tout le monde
ne choisit pas d'avoir un domestique chez soi.
Mais les contrastes les plus importants sont ailleurs à Auroville. Certes il y a les contrastes entre l'Inde
traditionnelle et la modernité occidentale de la cité, entre les Indiens qui ramassent le bois et
qu'on croise portant leurs fagots sur la tête, et le 4x4 flambant neuf de quelque riche Aurovillien. Entre
l'Indien employé et le Blanc employeur. Mais là encore, il s'agit bien souvent du cliché qui
marque le touriste qui ne fait que passer. Car Aurovillien ne signifie pas Blanc ni riche : nombre d'Aurovilliens
n'ont pas de revenus de leur pays d'origine (certains possèdent un appartement dont la location rapporte
une somme non négligeable) et vivent avec les 3500 roupies (70 euros) que leur verse Auroville chaque mois.
Non vraiment, les contrastes importants sont ailleurs.
Rapidement, on se rend compte de la diversité des langues, des cultures et des peuples. "Noirs"
(les Indiens du Sud ont la peau très foncée) et Blancs se mélangent joyeusement partout… et
les jeunes générations nous offrent une palette de couleurs qui reflète la réussite
du mélange ! Non seulement du mélange de gènes, mais aussi de langues. Car ici le contraste
linguistique des parents tend à s'estomper chez les enfants qui intègrent, très jeunes, trois
ou quatre langues. Plutôt surprenant de voir un petit garçon parler tantôt français,
puis anglais pour finir par jouer en tamoul avec ses copains ! Tout aussi amusant de voir le Bharata Natyam (danse
classique indienne) et le Flamenco faire l'admiration de ce public international. Intrigante, également,
cette cohabitation des Védas et du Seigneur des Anneaux, des Tontons Flingueurs et du cinéma de Madras.
Enfin, il y a ce contraste étonnant entre désert et végétation. Dans l'histoire d'Auroville,
construite sur un plateau désertique où ont été plantés près de 2 millions
d'arbres en 35 ans, mais aussi dans le paysage actuel. Entre la Green Belt (ceinture de végétation
créée par les habitants), et les terres de sable rouge des villages alentours. Petit à petit,
Auroville reconstruit, avec l'aide des villageois des environs, l'écosystème de la région.
A vrai dire, le contraste le plus frappant, et le plus choquant certainement, ne se situe pas entre Auroville et
l'Inde car la cité s'intègre avec respect, ni même à Auroville où les nouvelles
générations harmonisent les différences de leurs aînés. Le vrai contraste se
situe plutôt entre un monde qui se scinde une fois de plus en deux blocs belliqueux, un Occident et un Orient
qui se referment sur eux-mêmes, persuadés de la supériorité de leurs acquis, et une
cité, certes encore petite, où chacun essaie de faire grandir la tolérance et où des
hommes et des femmes de toutes nationalités essaient de bâtir une "unité dans la diversité"
qui surpasse et dépasse les concepts idéologiques qui divisent notre monde. Une cité où
le contraste entre idéal et réalité, même s'il est très fort, s'estompe grâce
aux efforts de chacun pour atteindre les buts que la communauté s'est fixé. |
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