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29 juin 2003
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| Quiconque vient à Auroville doit se faire une idée de ce qu'est
la conscience divine. Ce concept que l'on retrouve à la fois dans les écrits de Sri Aurobindo et
ceux de la Mère est aux fondements de la cité, puisque pour y vivre, il faut "être le
serviteur volontaire de la conscience divine", selon la charte qui fonda la ville en 1968 (cf article "Auroville, la cité de l'aurore"). |
Ni politique, ni religion ! La Mère a bien insisté
sur ce point. Auroville fut conçue pour être un laboratoire à la recherche de l'humanité
future, à partir de ce qui a été accompli. Auroville part donc des échecs de nos systèmes
aujourd'hui de plus en plus remis en questions dans le monde entier. "On est ici pour trouver des solutions,
trouver autre chose dans le domaine économique, politique, éducatif, etc., quelque chose pour remplacer
les systèmes, quelque chose qui ne soit pas mécanique. Jusqu'à présent on a essayé
en faisant 3+3 et on obtenait tel résultat, alors on essayait 1+3 pour voir ce que ça donnerait.
Maintenant il faut passer à autre chose", me dit Serge, un Aurovilien. Ce quelque chose, les Auroviliens
pensent le trouver en eux-mêmes. Changer la forme ne change pas le fond, comme on dit. Auroville souhaite
changer le fond, d'où ce nécessaire passage par la conscience et donc le spirituel.
D'abord, il y a cette idée que l'homme n'est pas l'aboutissement de l'évolution. C'est donc vers
le surhomme (qui "succédera à l'homme") qu'il faut essayer d'aller. Ce surhomme, selon
Sri Aurobindo, développera des capacités que nous ne pouvons imaginer pour l'instant. La principale
de ces capacités, sera de se passer de l'étroitesse du mental (d'où l'adjectif "supramental").
Ce surhomme sera donc doté de connaissances immédiates, d'une vision globale et vraie des choses.
Cet homme n'aura plus besoin de systèmes, de règles, ni de lois.
Mais d'où viendrait alors sa connaissance, sa conscience "vraie" du monde ? Prenons la célèbre
image de l'horloge. Il n'y a pas d'horloge sans horloger, dit Pascal, pour signifier que quelque chose a bien dû
créer l'univers. Appelons l'horloger Divin. L'horloge ne connaît pas d'elle-même l'heure, c'est
l'horloger qui la met à l'heure. De même, c'est le Divin qui agit à travers nous selon Sri
Aurobindo. "Il faut grandir dans la conscience divine car il n'y a aucune différence entre sa volonté
et la vôtre, aucun motif excepté son impulsion en vous, aucune action qui ne soit son action consciente
en vous et à travers vous" [The Mother, 1928]. Ce que les chrétiens pourraient traduire par
l'omniprésence et la toute puissance de Dieu parmi les hommes. Le Divin, pour Sri Aurobindo, est donc conscient
(ce qui ne signifie pas qu'il soit vivant ou qu'il ait une apparence quelconque) et poursuit un but, qui est de
se concrétiser dans la matière. Le surhomme de Sri Aurobindo est donc la matérialisation de
la conscience divine sur Terre. Cette matérialisation s'effectue en plusieurs étapes : la matière
inerte, la matière vivante (végétale puis animale), la matière consciente mais mentale,
la matière consciente supramentale…
Mais Sri Aurobindo comme la Mère précisent bien que les mots qu'ils emploient ne sont que des mots.
En cela, ils reflètent de manière imparfaite les concepts qu'ils décrivent. En choisissant
d'utiliser le terme "conscience divine" dans la Charte d'Auroville, la Mère savait très
bien à quoi s'attendre : dans la charte, elle ne parle pas de 'citoyens' ni rien de ce type. "Je dis
: Pour vivre à Auroville, il faut être le serviteur volontaire de la conscience divine. Ils vont tous
grimacer à cause de 'divine', mais cela m'est égal !". La Mère sait que par "divine"
il faut entendre principe divin. Elle dit ailleurs, à propos du mot "Mère" utilisé
par Sri Aurobindo pour désigner la force créatrice du divin (la mère qui engendre) : "Je
dis 'Mère' parce que Sri Aurobindo a utilisé ce mot, sinon j'aurais utilisé quelque chose
d'autre comme 'principe de création' ou 'principe de réalisation', ou quelque chose de ce genre".
L'aspect spirituel est souvent effrayant pour l'occidental abreuvé d'images de sectes exterminant ses adeptes
à coups de suicides collectifs. Mais c'est oublier qu'un parcours spirituel est avant tout une quête
personnelle, en soi-même. La différence entre Auroville et les spiritualités "nouvelles"
qui émergent aujourd'hui en Occident, c'est que la somme des efforts individuels est concentrée vers
le bonheur collectif. On ne vient pas à Auroville pour trouver son bonheur personnel (ou du moins on ne
devrait pas !) mais pour participer à un effort commun visant à permettre le changement du monde.
"Auroville doit être un laboratoire et doit être en mesure de proposer quelque chose le jour où
tout le reste se sera écroulé. C'est à ça que nous devons travailler", me disait
Serge. Les Auroviliens sont donc des chercheurs du futur. Du moins dans la théorie, car la pratique se révèle
souvent plus capricieuse…
Note:
Il faut différencier La Mère 'principe de création' de La Mère (Mira Alfassa) que
Sri Aurobindo a surnommé ainsi car elle incarne pour lui le principe créateur sur Terre. |
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