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2 juillet 2003
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| Créer une cité où l'argent n'existerait pas, tel est l'idéal
d'Auroville.
Si sur le papier ce rêve qu'une poignée d'hommes ont décidé de réaliser semble
possible, la réalité du terrain ramène ces chercheurs d'un nouveau genre aux dures vérités
de la mentalité humaine. |
La Mère rêvait d'un endroit où "l'argent
ne serait plus le souverain" et où "la valeur individuelle aurait une importance bien plus grande
que celle des richesses matérielles et du statut social". A plusieurs reprises, la Mère précise
qu'à Auroville, il n'y aura pas d'argent. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement, une cité
sans argent. Car si l'argent existe, c'est pour faciliter les échanges entre les hommes, donc pour les rapprocher.
Or on constate aujourd'hui que l'argent n'a pas cette capacité, puisqu'au contraire les hiérarchies
sociales des pays dits développés sont en grande partie fondées sur la possession de la richesse
(dont fait partie l'argent). Comment peut-on alors supprimer les effets néfastes de l'argent, sans en revenir
à un troc archaïque ou passer par un communisme dont l'égalitarisme serait meurtrier ? Telle
est la question que se posent les Auroviliens.
Au départ, Auroville ne possédait pas d'argent. L'argent nécessaire aux constructions ainsi
qu'aux besoins élémentaires des Auroviliens transitait par la Sri Aurobindo Society (SAS), organe
dépendant de l'ashram de Pondichéry. Tout au début de l'histoire de la cité, les Auroviliens
ne voyaient même pas la couleur d'un billet. Les produits étaient acheminés directement là
où ils étaient nécessaires. Puis avec l'agrandissement de la ville, chaque communauté
recevait une certaine somme destinée à financer son fonctionnement.
Après le décès de la Mère en 1973, les Auroviliens accusèrent la SAS de vouloir
prendre le contrôle d'Auroville et la séparation entre les deux entités fut brutale (plusieurs
Auroviliens firent un séjour en prison). La séparation faite, Auroville se retrouva sans moyens financiers
: tout était à construire. Pour Tous prit alors la responsabilité de gérer l'argent
d'Auroville. Chaque Aurovilien déposait dans cette "banque" l'argent qu'il possédait. Pour
Tous se chargeait ensuite de fournir les besoins minimums à chacun. Cela permit de survivre 5 ans : en 1978,
Pour Tous fit faillite. En 1980, l'Auroville Emergency Provisions Act permit à Auroville de se placer sous
l'aile de l'Etat indien et de clore définitivement la rupture avec l'ashram. Peu à peu, différentes
industries s'établirent à Auroville. Production d'encens, de textiles, de papier, imprimerie mais
aussi agriculture, fromagerie et divers services permirent à Auroville d'attirer de l'argent et de subvenir
à une partie de ses besoins. Mais comme le besoin primaire était financier, les entreprises se concentrèrent
premièrement sur la vente à l'extérieur d'Auroville. Résultat : la cité ne parvient
pas à subvenir à ses propres besoins alimentaires. La place de l'argent devient donc croissante.
Pour Tous a aujourd'hui laissé place à un Service Financier qui accueille les comptes des Auroviliens
et des unités de production ou de services. Le Central Fund reçoit les contributions des unités
de production et des services (Auroville leur demande 33% de leur bénéfice mais il n'y a aucune obligation),
et les distribue aux Auroviliens qui travaillent, sous forme de maintenance. La maintenance est la solution trouvée
par Auroville pour éliminer la notion de salaire.
En effet, un nouveau système économique se doit, pour Auroville, de changer les conceptions du travail,
de la monnaie et du salaire. Le travail n'est plus une marchandise que l'on échange contre un salaire (conception
marchande du travail) mais un don de soi à la communauté qui prend alors en charge les besoins élémentaires
de l'individu (nourriture, logement, etc…). A la différence du système communiste, Auroville entretient
ses habitants en leur versant une certaine somme d'argent. Concrètement, cela revient à un salaire.
On est donc de retour à la case départ avec le même problème face à nous.
De même pour l'argent qui n'est plus sensé circuler à Auroville. Tout se paye par compte, dans
une monnaie fictive qui ne peut être ni placée (pas d'intérêt), ni transmise (pas d'héritage),
ni accumulée dans de l'immobilier par exemple (pas de possession), ni être utilisée en dehors
d'Auroville. L'argent, selon la Mère, est une force qui ne s'exprime que lorsqu'on l'utilise, c'est à
dire lorsque la monnaie circule. Mais là encore, le système s'avère rapidement déficient,
car la conception de l'argent et de son utilisation restent les mêmes.
Il faut donc en conclure que le système économique actuel d'Auroville est en échec car il
ne parvient pas à changer les mentalités ni les conceptions. L'expérience a toutefois le mérite
de ne pas s'attaquer simplement à la structure économique (comme le fait un FMI) mais d'essayer d'y
allier une redéfinition de ce que la théorie du marché fait passer pour une marchandise. Malheureusement,
si la théorie semble réalisable, cette réalisation se heurte aux habitudes des individus pour
qui le salaire reste la récompense du travail. Preuve en est sans doute, après 35 ans, que changer
de structure économique peut permettre de redresser la barre un temps, mais qu'un changement profond et
durable passe nécessairement par un changement des mentalités individuelles. Auroville est donc,
de ce point de vue théorique, sur la bonne voie.
Note:
L'ashram et Auroville ont tous deux été fondés par la Mère mais sont deux entités
bien distinctes. L'ashram accueille les disciples de Sri Aurobindo tandis que le but d'Auroville est de créer
une véritable ville-laboratoire. |
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