Le week-end prochain, préparez-vous à reculer vos montres. Dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 octobre, à 3h du matin, il sera 2h. Un passage à l’heure d’hiver qui intervient particulièrement tôt dans le mois. Il faut remonter à 2014 pour retrouver un changement d’heure aussi précoce. Pourquoi cette année est-elle différente ? Explications.
Un calendrier capricieux
Si vous avez l’impression que le changement d’heure arrive plus tôt qu’à l’accoutumée, votre intuition ne vous trompe pas. En 2021, il avait fallu attendre la nuit du 30 au 31 octobre. L’année suivante, c’était le 29 octobre. Puis le 28 en 2023. L’an dernier, déjà le 26 octobre. Cette année, même date, mais l’année prochaine, ce sera encore pire : le 25 octobre 2026.
L’explication tient à la règle européenne. Depuis 1998, tous les pays de l’Union changent d’heure simultanément, le dernier dimanche d’octobre pour l’hiver et le dernier dimanche de mars pour l’été. Problème : ce dernier dimanche ne tombe pas au même moment selon les années.
Une année classique compte 365 jours, soit 52 semaines et un jour. Ce jour supplémentaire fait que chaque date se décale d’un cran dans la semaine d’une année sur l’autre. Quand 2024 a ajouté un jour de plus avec son année bissextile, le décalage s’est accentué. Résultat : le dernier dimanche d’octobre peut tomber aussi bien le 25 que le 31 du mois.
En 2026, le 31 octobre sera un samedi. Le dernier week-end complet du mois sera donc celui des 24-25, soit encore plus tôt. En revanche, dès 2027, on reviendra à la toute fin du mois avec un changement dans la nuit du 30 au 31 octobre.
Une mesure héritée du choc pétrolier
Remontons aux années 70. La France instaure le changement d’heure en 1976, juste après le choc pétrolier de 1973-1974. L’objectif semblait limpide : économiser l’électricité en profitant mieux de la lumière du jour et en limitant l’éclairage artificiel.
À l’époque, le passage à l’heure d’hiver se faisait fin septembre. Depuis 1996, il a été décalé à fin octobre pour harmoniser les pratiques européennes. Aujourd’hui, 27 pays européens changent d’heure exactement au même moment. Une synchronisation qui facilite les transports, le commerce et les télécommunications entre États membres.
Seule exception française : l’outre-mer. À part Saint-Pierre-et-Miquelon, les autres territoires ultramarins gardent la même heure toute l’année.
Des économies réelles mais dérisoires
Cinquante ans plus tard, quel bilan tirer de cette mesure ? Selon l’ADEME, le changement d’heure permet d’économiser 0,07% de notre consommation électrique annuelle. Autant dire une goutte d’eau. En 2009, cela représentait 440 gigawattheures, avec une prévision à 470 GWh pour 2030.
Ces chiffres équivalent à la consommation d’environ 100 000 foyers. Pas négligeable sur le papier, mais relativement modeste à l’échelle nationale. Les économies concernent principalement l’éclairage, secteur où l’impact reste visible. Mais avec la généralisation des ampoules basse consommation et l’évolution de nos modes de vie, le bénéfice réel s’est considérablement réduit.
Côté environnement, on parle d’une économie de 70 000 à 100 000 tonnes de CO2 d’ici 2030, soit 0,02% des émissions françaises. L’ADEME le reconnaît : « Le changement d’heure permet des économies réelles, mais modestes, pour un coût quasi nul. »
Notre corps paie la facture
Si les économies d’énergie restent marginales, c’est sur notre organisme que le changement d’heure pèse le plus lourd. Notre horloge biologique fonctionne sur un cycle de 24 heures précisément calé sur l’alternance jour-nuit. Quand on modifie brutalement ce rythme, même d’une heure, le corps trinque.
Le passage à l’heure d’hiver, qui nous offre une heure de sommeil en plus, se révèle moins perturbant que celui du printemps. Mais il faut généralement trois à sept jours à notre organisme pour s’adapter complètement. Pendant cette période, beaucoup de gens ressentent fatigue, irritabilité, troubles de concentration et difficultés d’endormissement.
L’INSERM souligne que les Français dorment déjà trop peu, avec un déficit quotidien entre 30 et 90 minutes selon les études. Le changement d’heure vient aggraver ce manque. Les enfants et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables à ces modifications.
Des recherches récentes alertent sur des conséquences plus graves. Une étude de 2025 établit un lien entre changement d’heure et augmentation des risques d’AVC et d’obésité. La Sleep Foundation a calculé que les gens dorment en moyenne 40 minutes de moins le lundi suivant le passage à l’heure d’été, avec une hausse des accidents du travail et de la route à la clé.
L’autre inconvénient majeur du passage à l’heure d’hiver : la nuit tombe brutalement plus tôt. Dès fin octobre, il fait noir avant 18h, ce qui affecte le moral et favorise les dépressions saisonnières.
Quelques astuces pour mieux encaisser
Pour faciliter la transition, commencez par modifier progressivement vos horaires de coucher quelques jours avant. Quinze minutes par jour suffisent pour habituer votre corps en douceur.
Profitez au maximum de la lumière naturelle. Une balade quotidienne, même sous un ciel gris, aide l’horloge biologique à se recaler. L’activité physique améliore aussi la qualité du sommeil.
Côté alimentation, privilégiez des repas légers le soir et évitez café, thé ou alcool après 16h. Certains trouvent utile la prise de mélatonine ou de vitamine D pour compenser le manque de luminosité.
Maintenez des horaires réguliers de coucher et de lever, week-end compris. Cette stabilité aide le corps à conserver un rythme malgré le changement. Pour les parents, adaptez progressivement les horaires de repas et de coucher des enfants dès maintenant.
La suppression promises qui n’arrive jamais
En mars 2019, le Parlement européen votait massivement pour supprimer le changement d’heure : 410 voix pour, 192 contre. Application prévue en 2021, avec le choix laissé à chaque pays entre heure d’été ou heure d’hiver permanente.
Six ans plus tard, rien n’a bougé. La crise sanitaire a d’abord gelé les discussions. Depuis décembre 2019, le dossier reste bloqué au Conseil de l’Union européenne sans perspective de déblocage.
Le problème principal : sur quelle heure se mettre d’accord ? L’heure d’été permanente offre des soirées lumineuses mais des matinées sombres en hiver. L’heure d’hiver respecte mieux notre fuseau naturel mais sacrifie la luminosité des soirées estivales. Experts, politiques et citoyens restent profondément divisés.
Autre casse-tête : si chaque pays choisit librement, l’Europe risque de se retrouver avec une mosaïque de fuseaux horaires. Un cauchemar pour les transports, le commerce et les communications transfrontalières.
En France, une consultation citoyenne de 2019 a recueilli plus de deux millions de réponses. Une majorité souhaitait supprimer le changement d’heure, mais les avis divergent sur l’heure à conserver. Le nord préfère l’heure d’hiver, le sud penche pour l’heure d’été.
Face à ces blocages et à des urgences plus pressantes, la suppression du changement d’heure n’est clairement pas à l’ordre du jour pour 2025 et 2026. Le rituel biannuel devrait donc perdurer encore longtemps.
Une nuit pas comme les autres pour certains
Le changement d’heure crée une situation particulière pour les travailleurs de nuit. Dans la santé, la sécurité, les transports ou l’industrie, cette nuit-là dure une heure de plus. Les salariés en poste entre 2h et 3h (anciennes heures) travaillent mécaniquement 60 minutes supplémentaires.
Le Code du travail et les conventions collectives prévoient généralement que cette heure soit rémunérée ou récupérée. Au printemps, la situation s’inverse : les travailleurs de nuit effectuent une heure de moins. Dans les hôpitaux notamment, cette particularité nécessite une organisation minutieuse des équipes et des relèves.
La technologie simplifie la vie
Heureusement, la plupart de nos appareils changent d’heure automatiquement. Smartphones, ordinateurs, tablettes et objets connectés se mettent à jour sans qu’on lève le petit doigt. Finie l’époque où il fallait faire le tour de la maison appareil par appareil.
Restent toutefois les irréductibles : montres classiques, réveils non connectés, horloges murales, thermostats programmables. Pour ceux-là, pas d’échappatoire, il faudra les régler manuellement. Mieux vaut dresser la liste dès maintenant pour n’en oublier aucun dimanche matin.
Une heure de sommeil en cadeau
Concrètement, ce dimanche 26 octobre à 3h du matin, il sera 2h. Nous gagnons une heure de sommeil, ce qui ravira les amateurs de grasses matinées. C’est le principal avantage du passage à l’heure d’hiver.
Revers de la médaille : les soirées raccourcissent brutalement. Dès dimanche soir, le soleil se couchera une heure plus tôt, créant cette impression de nuit précoce qui caractérise l’automne. Il faudra s’habituer à voir l’obscurité s’installer avant même de quitter le bureau.
Cette année, le caractère précoce du changement pourrait accentuer cette sensation de basculement brutal dans l’hiver. L’année prochaine, avec un passage à l’heure d’hiver dès le 25 octobre, le phénomène sera encore plus marqué. Ces variations calendaires illustrent la complexité d’un système qui, un demi-siècle après sa création, continue de diviser autant qu’il rythme nos vies.

Yann, 35 ans, passionné par les enjeux de société et de politique, porte un regard libre et attentif sur le monde qui l’entoure. Installé à Strasbourg, ville qu’il affectionne tout particulièrement, il décrypte l’actualité avec curiosité, rigueur et une volonté constante de comprendre et faire comprendre les dynamiques à l’œuvre dans notre époque